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385 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

385 rue des pyrénées

Dans un appartement du 385 rue des pyrénées, un homme est penché sur son écran d'ordinateur sur lequel il vient d'écrire, il corrige la dernière page qu'il vient de rédiger:

"Le son de sa voix, le son de son cœur qui bat contre mes mains, le son de ses seins quand je les prends dans mes paumes et la souplesse du corps qui virevolte au dessus des nuages. Le son de ma douleur quand je veux me faire du mal pour savoir. L’élégance un peu discrète de ne pas y toucher, l'illusion un peu refaite que la douleur ne viendra plus. Les mains, qui se tendent, qui se croisent, parfois les regards qui se fendent d'une illusion propice à la noirceur. Elle se retourne de douleur non exquise, elle veut savoir sans savoir, elle ne veut plus savoir tout en sachant. J'entends des voix, j'entends sa vie qui continue sans moi, j'entends le son de sa voix, loin de moi, si proche de l'émoi qui me prend, qui redevient tout à coup ma propre vie, mon propre temps, mon propre sang, ma vie écarlate, ma vie sans stigmates. La vie n'est que du temps qui passe, les autres ne sont que des gens qui passent, les instants sont déjà dépassés, fracassés, oubliés. Je recense mes émotions, je contiens mes sanglots, j'ai une propension a la douleur que je ne peux expliquer. Mes jambes me portent vers elle, la vie me ramène a toi, je n'existe plus, tu n'existe pas, nous ne sommes plus l'un et l'autre, nous ne sommes qu'un. Pas deux. Un. Elle me dessine un sourire a l'autre bout du fil, elle retient ses larmes devant les murs en quinconces, nos illusions ne sont qu'architecture. Je balaie la vie de mon énergie sentimentale, elle nettoie son cœur pour le rendre plus pur. Nous sommes des menteurs en sursis, des tricheurs qui n'ont plus le goût du jeu. Nous sommes nous-mêmes, nos corps sont devenus abrasifs, nos vies sont rendus a la douleur, car nos vies ne sont plus. Nous sommes l'un et l'autre, l'un en l'autre; le reste est sans importance. Il reste nos mains qui s'unissent, nos vies qui frémissent, nos corps qui s'unissent. Il reste tout. Il ne restera rien. Rien d'autre. Rien pour les autres. L'amour est sans pitié. L'amour est sans partage. Nous nous voyons si peu, enfermés dans nos vies, nous savons que nous sommes tout l'un pour l'autre, nous sommes les amants d'un jour, les amants qui ne se retrouvent qu'une fois par mois, un mardi tous les mois, je vais l'attendre à la gare et puis nous prenons le métro et puis nous prenons le bus, et nous descendons a la station ermitage et elle regarde belleville, et belleville lui dit bonjour, nous marchons dans la rue du guigner, nous marchons dans la rue des pyrénées. Nous entrons chez moi, nous nous déshabillons et elle tire les rideaux."

Dans un appartement du 385 rue des pyrénées, un homme les larmes aux yeux, abandonne son écran et regarde l'horizon comme s'il devinait quelque chose.

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