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393 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

393 Rue des pyrénées

Dans l'immeuble qui est un peu en retrait de la rue des pyrénées, une enfant lit un livre, elle voudrait pouvoir se battre elle aussi, elle aimerait traverser la cour pour que d'autres filles la regardent avec admiration, elle voudrait juste être un garçon pour embrasser des filles car c'est ce qu'elle veut désormais, embrasser des filles, les serrer dans ses bras. L'année prochaine elle changera d'école pour aller en sixième, et elle espère trouver d'autres filles comme elle, qui préfèrent embrasser des filles plutôt que des garçons, qui ne veulent pas jouer à la poupée ou passer leur temps dans les magasins, elle espère que la sixième sera un nouveau monde ou même si les rapports humains seront plus difficiles, un nouveau chapitre de sa vie pourra s'ouvrir, la porte de l'enfance enfin refermé. Elle semble curieusement confiante en l'avenir. Dans l'immeuble qui est un peu en retrait de la rue des pyrénées, au 393, un homme allongé sur son lit regarde le plus long message qu'il 'ai jamais reçu sur son téléphone, une femme lui demande pardon, il écoute un vieil album des jesus and mary chain très fort sur sa chaine hi-fi, une femme lui demande pardon de son silence, elle lui dit qu'elle va lui rembourser l'argent qu'elle lui doit, elle raconte sa vie pour se justifier. L'homme se rase minutieusement ensuite devant la glace de la salle de bains, la veille au concert il a remarqué a quel point le monde était devenu barbu, tout les types arboraient maintenant des pilosités impressionnantes et des grosses lunettes ad-hoc pour compléter le tableau, du coup il se rase méticuleusement et enfile ses lentilles, l'homme rêve d'une femme qui n'existe plus, qui ne reviendra pas, il se demande si en fin de compte il ne devrait pas rester avec une femme qui ne le comprend pas, ainsi il pourra rester seul en couple, il se rend compte qu'il aimait bien la fille de banlieue juste pour sa fille de 6 ans, comme si seuls les enfants le comprenaient. L'homme n'a plus de rêve d'avenir, il veut juste meubler sa solitude quand l'occasion se présente, il est a cet âge ou le compte a rebours commence, d'une manière diffuse et imperceptible, d'une façon confuse mais sereine. Il n'a plus de rêves au fond, il ne croit plus a l'amour, a dieu, ou autre balivernes. La vraie vie commence, la vie a bien infusé lui semble t'il, et maintenant c'est la vie de l'esprit qui lui succède, une vie intérieure, moins contemporaine, comme si on regardait un film avec soi-même pour personnage principal. D'un oeil extérieur. Dans l'immeuble un peu en retrait de la rue des pyrénées, au 393, un homme dit a une femme, tu veux aller vivre dans le sud vraiment, bordel mais il y a quoi dans le sud ? Canicule en été, inondations en hiver, et maire front national ? C'est ça que tu veux, jouer aux boules avec des gens qui croient qu'ils ont inventé la civilisation parce qu'ils ont un accent à la con. C'est quoi ces rêves d'avenir, ton rêve c'est de vivre dans le sud et bien tu iras toute seule dans le sud, moi je reste ici, va dans ton bled pourri, ou des connards engoncés dans des costards avec couilles apparentes tuent un taureau pour se faire applaudir par de vieilles momies refaites de partout. Va cuire dans ta ville sur ta plage de merde, collés a d'autres cons qui grillent enduits de crême solaire, qui commentent les séries télés de la veille et qui n'ont comme obsession que le temps qu'il fera demain. Bordel le sud c'est ça, oh il fait beau, on a une telle qualité de vie. C'est comme ça que tu vois l'avenir ? Sans moi. Le magasin grolle se situe au pied de l'immeuble sis 393 rue des pyrénées et comme son nom l'indique le magasin grolle vend des chaussures. L'employée est seule dans la boutique, ou aucun client n'est présent, c'est le matin, il n'y a jamais foule, juste après l'ouverture. Elle regarde fébrile son téléphone portable, se demande s'il va l'appeler. Elle partirait ou il voudrait. Au bout du monde. Ailleurs. Il présente bien, il est riche, il semble équilibré. C'est vrai, elle n'a passé qu'une soirée, une nuit (et quelle nuit !) avec lui mais elle sait que c'est le bon. Sa mère lui a toujours dit, tu seras tout de suite que c'est le bon. Sa mère ne rajoutait pas qu'elle avait toujours su que pour le père de la vendeuse de chaussures elle avait tout de suite que ce n'était pas le bon. Il est un peu vieux pour elle dirait sa mère, il a quinze ans de plus, une petite quarantaine mais elle préfère cela la vendeuse du magasin grolle, elle se dit qu'il sait ce qu'il veut et qu'il ne va pas perdre de temps comme les garçons de son âge a elle, a vouloir ci et pas ça, a espérer ce qu'ils n'ont pas, a se prendre pour ce qu'ils ne seront jamais. Elle se demande quand il va la rappeler, parce que c'est sur il va la rappeler. Bien sur, elle l'a rencontré dans un bar, et il dormait a l'hôtel et il repartait pour sa province le lendemain mais il va revenir, il va la rappeler. Elle aurait du prendre son téléphone. mais il lui a expliqué qu'il était en instance de divorce que c'était compliqué, une histoire d'avocat et de juge, il faut mieux que tu ne m'appelles pas. Mais je te rappelle il lui avait promis, je te rappelle et on va se revoir. La vendeuse du magasin de chaussures regarde la femme qui vient d'entrer dans la boutique. Voilà une nouvelle journée qui commence. Elle va attendre qu'il rappelle. Peut-être ce soir. Ou ce midi. Oui pendant sa pause déjeuner ce serait bien. Ce midi.

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