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395

Publié le par drink 75

395

Le 395, L'immeuble ou habite l'homme qui connait tout du quartier, ou habite l'homme que tout le quartier connaît; il semble parfois de plus en plus usé, tellement usé qu'on ne sait plus trop quel est son âge. Sa femme est morte depuis longtemps, ses enfants sont vieux eux aussi. Il donne parfois une pièce au clochard qui squatte devant le café tabac rue des Pyrénées. Il connait toutes les histoires, celles encore présentes et celles oubliées depuis longtemps. Il dit qu'il entend encore les enfants emmurés dans la cave du 299 bis parfois la nuit, quand ils réclament a manger. Il sait aussi que l'homme d'origine sri-lankaise qui tient le bazar qui vend un peu de tout un peu de rien - c'est comment déjà la devanture, bazar-cadeaux-hifi-jouets-linge de maison, enfin bref la boutique ou l'on va quand on a besoin de quelque chose de précis du genre un ouvre-boîte un dimanche a onze heures du matin - cet homme donc est un ancien tigre tamoul. Ils ont déjà parlé de la situation du pays, il a déjà vu le corps dénudé de l'homme avec les traces de torture encore apparente plus de 30 ans après. Ils ont parfois parlé de révolution, l'homme qui connait toutes les histoires du quartier, lui a expliqué a l'ancien tigre tamoul que la rue des pyrénées était une rue de révolutionnaire. Encore récemment en 2012, un leader séparatiste tamoul a été assassiné rue des pyrénées, vers le 300, il y a une manifestation chaque année place du guigner juste en face de l'endroit de l'assassinat. C'est aussi rue des pyrénées que les gens d'action directe avait une plaque, plus vers gambetta, tout près du père lachaise. C'est rue des pyrénées qu'il y avait une barricade du temps de la commune, quand la rue des pyrénées s'appelait encore le boulevard puebla, le vieil homme va chaque année jeter une fleur dans le caniveau ou une petite centaine de communards trouvèrent la mort. Le vieil homme discute aussi avec le vieux stalinien qui vit vers la rue des rigoles a deux pas des trois arts, ils boivent parfois un verre même s'il refuse toujours que ce soit en terrasse du syrien qui soutient bachar. Le vieil homme a des principes. Quand il est forme il va jusqu'au buttes chaumont a pied pour errer dans le parc, même s'il préfère parfois effectuer le chemin inverse pour se retrouver au père lachaise. Le vieil homme n'a plus vraiment de famille, alors il traîne dans tout le quartier, il s'engueule avec le sympathique marchand de journaux pour des détails politiques qu'eux seuls maîtrisent. Il discute parfois avec le vieil espagnol de la rue des cascades, et ils maudissent encore les staliniens qui ont voulu écraser le POUM pendant la guerre civile. Il trainait parfois à la veilleuse de belleville rue des envierges, un café autogéré mais qui a fermé il y a quelques mois avec une promesse jamais tenue de réouvrir, c'est dommage car il rencontrait pas mal d'anarchistes bien plus jeunes que lui, les mêmes qu'ils croisent dans les manifestations ou au départ du premier mai de la CNT, place des fêtes. Le vieil homme aime son quartier, il se fiche de ceux qui vivent dans une nostalgie déprimante, il veut juste se souvenir, ne pas oublier, il aime errer dans ce quartier, parmi sa famille, ces gens aux destins fugaces et fracassés qui viennent de partout et de nulle part, parmi les siens de la rue des pyrénées. Parmi les bellevillois comme lui.

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