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399 Bis

Publié le par drink 75

Un homme d'une cinquantaine d'années attend une femme qui ne viendra peut-être jamais, il fume une cigarette accoudé au rebord de la fenêtre, il occupe une chambre a 80 euros la nuit qui donne sur la rue et qui est fort bruyante. L'homme vit a saint pourçain sur sioule dans l'allier, département rural au début de l'auvergne quand on vient de paris. Il pense peut-être a ses enfants, il pense peut-être a sa femme, il pense peut-être a sa maîtresse qui ne vient pas et qui viendra peut-être ou qui ne viendra pas. Il entend le goutte a goutte du robinet de la salle de bains dont la porte est ouverte et il a l'impression que toute la chambre attend avec lui que la femme le rejoigne, il ne sait pas si elle viendra. Il imagine son propre corps nu, un peu flasque, et celui de la femme, la cinquantaine elle aussi, ou peut-être un peu plus, ses seins un peu gros, un peu mou, son ventre un peu gros, un peu mou, ses fesses un peu molles, un peu grosses. Son téléphone portable lui signale qu'il a reçu un message, c'est sa femme qui lui demande de ne pas oublier de lui ramener un produit de beauté qu'on ne trouve pas a saint pourçain sur sioule dans l'allier, et qu'il faut aller chercher jusqu’à vichy. Pendant que tu es a paris, n'oublie pas d'aller chez yves rocher elle lui écrit. Il termine sa cigarette sur la nuit tombée et allume d'un geste mécanique la télévision pour meubler le silence qui l'oppresse un peu. L'homme a la réception de l'hôtel du 399 bis de la rue des pyrénées paris vingtième arrondissement se demande s'il pourra un jour prendre sa retraite. Bien entendu le fait que sa fille se marie lui est plutôt agréable mais il est en train de poser les chiffres sur un papier et il a un peu le tournis devant toutes les sommes qu'il faut additionner. La nourriture, les vêtements, le voyage au maroc qu'il faudra payer, dieu t'a donné une seule fille lui a dit sa femme, tu dois la choyer. Il va falloir en assurer des nuits a l'hôtel pour rembourser tout les frais, il pensait finir l'année tranquillement, tirer encore un mois ou deux et puis prendre sa retraite. Il lui faudra travailler une année de plus. Il a été voir un conseiller de la caisse de retraite dans l'après-midi, il s'est levé un peu plus tôt d'habitude après sa nuit de travail, a enfilé son beau costume et il s'est rendu au rendez vous. Le jeune homme était gentil mais il parlait très vite et montrait des chiffres et des chiffres, et lui a bien compris qu'il devrait travailler un an de plus peut-être deux, pour pouvoir payer tout les frais du mariage de sa fille unique. Il quitte l'accueil de l'hôtel et sort dehors dans la bruyante rue des pyrénées. Un homme marche emmitouflé dans un manteau et un chapeau sur la tête, promène ses deux petits chiens, il fume une cigarette, ils se saluent avec le gardien de nuit de l'hôtel comme deux habitués, le serveur du mistral lui a dit que c'était un réalisateur de cinéma mais le nom ne lui a rien dit, bon c'est vrai qu'il ne va jamais au cinéma mais il regarde parfois un bon film a la télé. Il a voulu répéter le nom a son fils celui qui fait des études un peu artistique a la faculté de censier mais il a eu du mal a s'en souvenir, alors il a redemandé au serveur du mistral en allant chercher son café avant d'embaucher et il a noté sur un papier. Son fils lui a dit que c'était le plus grand réalisateur français vivant même s'il n'avait pas fait beaucoup de films. La femme qui occupe la chambre 8 regarde le plafond. Elle se dit qu'on est toujours seule dans la vie, elle a gardé ses chaussures de marque méphisto aux pieds et s'est allongé sur le lit, elle regarde le plafond, elle voudrait boire un verre et fumer un gros pétard mais elle reste allongée sans bouger et se dit qu'on est toujours seul dans la vie même si on se persuade du contraire, même si on se marie, même si on baise, même si on vit près de quelqu'un toute sa vie, au fond on est toujours plus ou moins seul. Elle défait les boutons de son jean et elle hésite entre prendre un bain et se masturber. Peut-être les deux mais dans quel ordre ? Une autre chambre, un homme originaire de géorgie regarde la carte de paris, il a une rude journée devant lui et il doit se coucher tôt mais d'abord il étudie minutieusement le plan de paris qu'il à déplié devant lui sur son lit. Tout est question de précision. Dans une autre chambre, un enfant regarde un programme a la télévision alors que sa mère prend une douche, il se demande si un jour ils vivront dans un appartement, il est lassé de cette vie d'errance même s'il ne comprend pas le mot errance. Une femme se change dans le petit réduit ou sont entreposés les produits d'entretien pour nettoyer les chambres de l'hôtel, elle pense a son fils, compte les années, les mois et les jours depuis qu'il est mort, elle va rentrer comme tout les soirs, va prendre la ligne 11, puis a chatelet un RER qui va la ramener chez elle, dans une heure et demie quand elle ouvrira la porte de son appartement, elle pourra s'asseoir dans son canapé, et se reposer un peu. En attendant ses varices lui font mal aux jambes. Un homme se regarde une dernière fois dans le miroir de la salle de bains, il s'asperge d'un peu de parfum et se sourit à lui-même. Il enfile son manteau et referme la porte de sa chambre. Il prend l'escalier pour descendre les étages d'un pas décidé, il se sent tout excité a l'idée de rencontrer pour la première fois cette jeune femme qu'il a repéré sur une site internet de rencontre. Il salue en partant l'employé de nuit de l'hôtel et il croise le réalisateur de cinéma qu'il ne connaît pas. Il laisse derrière lui le 399 bis de la rue des pyrénées. Le 26 est à l'arrêt pyrénées-belleville et il monte dedans tout en fredonnant une chanson, un air a la mode. Le plan lui indique qu'il doit descendre tout en bas de la rue des pyrénées à l'intersection du cours de vincennes. Il s'assied près de la fenêtre pour regarder la rue défiler. La rue des pyrénées.

399 Bis

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