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371

Publié le par drink 75

Je toque a la porte du quatrième étage de l'appartement du 371 rue des pyrénées. Je suis un peu essoufflé car j'ai voulu monter a pied pour faire le malin au lieu de prendre l'ascenseur. Je sors ma carte professionnelle quand la porte de l'appartement s'ouvre et j'explique a la femme qui se tient sur le seuil de son appartement que je suis de la police, mon adjoint fait de même et la femme qui semble totalement au bout de sa vie, s'efface sur le palier et nous invite a entrer. Nous la suivons dans le salon, ou je m'assieds dans un fauteuil passé de mode alors que la mère de la victime s'assoit au bord du canapé comme si elle voulait déjà s’éclipser, quitter cette place. Je lui présente nos plus sincères condoléances pour la mort de sa fille, je lui dis le baratin habituel, que nous mettons tout en œuvre pour retrouver la personne qui a fait cela et qu'elle sera lourdement condamné. Des larmes commencent a couler sur le visage de la femme. Elle a une cinquantaine d'années, peut-être soixante. Je me souviens que la victime a 22 ans. La femme se mouche et essaie de garder contenance. Mon adjoint prend le relais. Avec sa voix douce et son visage avenant et imberbe d'asiatique mon adjoint ressemble a un gamin alors qu'il a presque 40 ans. Il entame la ronde des questions habituelles. Mes yeux courent à l'intérieur de l'appartement de la femme. Il y a des photos de la jeune fille que nous avons découverte morte, au 387 de la même rue. Elle était si gentille si vous saviez messieurs, elle était si douce, si prévenante, tout le monde l'adorait. La femme se mouche. Je regarde les photos de la victime, disséminée un peu partout dans l'appartement. Fille unique, un père absent, qui n'a peut-être jamais existé. La femme est dévastée, sa fille était sa vie, son absolue, son unique enfant. Hospitalisation pendant quelques jours a tenon, puis retour a son appartement. J'ai lu et relu, son audition dans sa chambre d'hôpital, le même discours, sa fille formidable, studieuse, elle habitait le petit appartement du 387 rue des pyrénées depuis quelques mois, études sérieuse, du droit, elle voulait devenir avocate, travaillait dans un cabinet d'assistance juridique pour payer ses études. Pas de père, la mère travaille comme puéricultrice a la clinique des bluets vers le père lâchaise. Pourriez-vous nous parler du père de votre enfant, je demande après que mon adjoint se soit tourné vers moi pour montrer qu'il avait fini de reposer ses questions sans importance pour mettre en confiance la mère de la victime et vérifier quelques points de détail. Rien a en dire, elle soupire, un garçon qui a prit peur quand je lui ai dis que j'étais enceinte, nous sortions ensemble depuis quelques semaines, ce n'était pas dans mes plans de me retrouver enceinte aussi rapidement mais que voulez-vous, il a bien fallu que j'assume et je ne l'ai jamais regrettée. Sa voix se brise. C'est toujours un moment délicat quand vous interrogez les proches d'une victime. Il faut avancer dans l'enquête sans les brusquer. Excusez moi se reprend la femme. Je lève la main comme pour dire que c'est normal. Je ne vais pas vous ennuyer beaucoup plus longtemps. Vous avez déclaré que votre fille n'avait pas de petit ami mais il semble qu'elle connaissait son agresseur, il n'y a pas trace d'effraction, vous n'avez pas la moindre idée sur qui aurait pu faire une chose pareille. Elle secoue la tête. Elle dit que sa fille était une sorte de bon samaritain, elle pouvait accueillir un sans domicile fixe pour dormir au chaud, ou quelqu'un qu'elle connaissait peu. Plus tard alors que nous sortons de l'immeuble du 371 rue des pyrénées, mon adjoint me dit que tout le monde dit la même chose. Une copine extra, une fille bien. C'est un rôdeur il dit, elle a accueillie quelqu'un, il a voulu la violer, elle a résisté et il l'a tuée sauvagement. 10 jours qu'elle est morte, 10 jours de perdus. J'ai été occupé par cette merde qui a ruisselé sur paris et je n'ai pas pu m'occuper de l'affaire. L'autopsie de la jeune fille ne raconte pas la même histoire que mon adjoint. Elle n'a pas vraiment résisté a son agresseur, comme si elle acceptait son sort. Je commence a marcher en direction de gambetta pour rejoindre le commissariat. Le visage de Louise, 22 ans, assassinée dans son appartement, brutalement, sauvagement, me hante. Je vais trouver son assassin, je lui jure. Je vais trouver ton assassin.

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