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344 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Dans l'immeuble assez moche du 344 rue des pyrénées, juste au-dessus du garage qui fait le contrôle technique, dans cet immeuble assez moche, un homme pose deux petits verres a pied et dit on va se boire un communard. Il verse d'abord la crème de cassis puis ensuite le vin rouge. Ils trinquent, allez a la tienne marcel, l'autre rigole de cette vieille blague éculée qui fait référence a une station de métro de paris. Qui est aussi une rue. Faut pas croire les médecins dit l'homme qui habite là, seul, depuis que sa femme est morte, faut pas croire tout ce qu'ils disent. L'autre homme, celui qui habite un peu plus loin dans la rue, en fait juste dans l'immeuble à côté, hausse les épaules. Non cette fois c'est fini, je vais devenir aveugle. Il vide son verre, le communard pense t'il, voilà une boisson qui va disparaître, c'est pas une boisson pour les jeunes, c'est pas une de ces conneries de cocktail raffiné que boivent les gens d'aujourd'hui, le communard va disparaître, comme les communards ont disparus, combien sont morts sur la barrière qui se trouvait a ce qui est maintenant l'angle pyrénées-ménilmontant ? Une centaine ? Le type qui habite ici, dit que ça l'empêchera pas de boire, et il rempli les verres de cassis et de vin rouge. Je pourrais t'aider si vraiment tu vois plus grand-chose. A mon âge pense l'homme qui va perdre la vue, à mon âge tu crois que je vais apprendre a me servir d'une canne blanche, lire en braille, tout ces machins pour ceux qui voient que tchi, tu crois vraiment que je vais apprendre tout cela a soixante-dix piges ? Ils trinquent. Tu as entendu cette histoire de cette pauvre gamine assassinée juste en face demande celui qui y verra encore dans quelques années quand son ami sera devenu aveugle. Oué répond celui qui va devenir aveugle, ils sont venus habillés comme des cosmonautes pour trouver des traces. Ils boivent en silence leur deuxième communard, le jour un peu gris s'éteint tout doucement rue des pyrénées, ils se mettent tout les deux a la fenêtre pour regarder ce qui se passe en entendant une voiture de police, puis une ambulance et une voiture de pompier passer dans un fatras de sirène, et continuer leur route après le virage au niveau de la rue du jourdain. Ils ne voient donc pas les voitures qui s'arrêtent devant le 345 qui est hors de leur vue. Et ils retournent s'asseoir a leur table recouverte d'une toile cirée. Un petit dernier propose celui qui y verra encore. Un petit dernier ?

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