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355 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

355 rue des pyrénées

Un homme qui a tellement bu pendant des années qu'il ne sait plus tout a fait comment il s'appelle, il se souvient de son père, il se souvient encore de la pologne, de la terre dure comme de la pierre en hiver, de la nuit qui tombait si tôt. Par la fenêtre de sa petite chambre du 355 rue des pyrénées, il attends l'hiver qui n'arrive pas. Un autre homme, une autre petite chambre, il n'y a que cela ici, des hommes et des petites chambres, des cabossés, des alcooliques, des perdus, des largués, des losers. Des vivants. Un homme est allongé sur son lit, il a envie de boire, mais il n'y a pas d'alcool, il faudrait sortir dehors, il faudrait s'éloigner un peu, il faudrait boire et rentrer au foyer sans que ça se voit, il faudrait se cacher, et c'est tout ce qu'il a fait toute sa vie, se cacher, se cacher des autres, se cacher de sa famille, être un étranger dans sa propre ville, être un fantôme dans sa propre vie, il se cachait toujours, il risquait sa vie. Ici les gens comme lui peuvent se marier, mais s'il ne se cache plus, il n'est plus tout a fait le même, il a été dans le quartier de paris fréquenté par les gens comme lui mais il ne s'est pas reconnu. Il n'a pas retrouvé ses amis dans cette exubérance, dans ces paillettes et cette musique hystérique, il a bien compris qu'il n'aurait pas les moyens financiers de sortir dans le marais, alors maintenant allongé sur son lit, il se souvient de ces amis, ceux qui sont morts, ceux qui se cachent, ceux qui sont en prison, ceux qui ont disparus. Un homme regarde les voitures par la fenêtre de sa chambre, il ne va plus pouvoir rester longtemps, il se demande si ses parents sont encore vivants, sans doute que oui, il faudrait qu'il retourne en Auvergne, il faudrait qu'il s'abaisse a s'excuser, il faudrait qu'il demande qu'on lui pardonne, il faudrait qu'il bosse avec son con de père, il faudrait qu'il bosse avec ses enculés de frères, sous le regard haineux de ses salopes de belles-sœurs, sous les quolibets de ses couillons de neveux et nièces, il ne pourra pas, il savait en partant qu'il ne rentrerait jamais, il savait bien que ce n'était pas possible, alors il se demande ou il va aller aprèsi, s'il va continuer cette fuite en arrière, cette fuite de son passé, de ce qu'il était. Un homme dans sa chambre, lit le journal. Il l'achète a Belleville, un journal de son pays, il regarde si l'on parle de son pays, il regarde s'il y a des nouvelles, tout a l'heure il ira téléphoner, juste avant de repartir travailler, depuis qu'il est ici, il ne fait que travailler, alors pour lui ici c'est bien, il peut dormir et se reposer, boire un café le matin a la machine, faire une petite toilette, il est bien ici, il ne pourra pas rester si longtemps, le type avec lequel il travaille dans le restaurant pourrait lui avoir une chambre pour pas cher, 500 euros pour 12 mètres carrés, la moitié de sa paye, ils pourrait partager, ils ne paieraient que 250 chacun, ensuite il pourrait envoyer 500 euros par mois a sa femme, et il lui resterait 100 euros pour vivre, de toutes façons il travaille tout le temps. Il se lève, sort de sa chambre, il descend l'escalier qui mène à l'escalier, il fait un signe de tête à l'éducateur de permanence, et il sort du 355 rue des pyrénées, ce foyer d'accueil qu'il devra bientôt quitter. Il s'éloigne vers le métro pyrénées, il s'éloigne vers son boulot, il est juste là pour ça, travailler. Juste la pour ça.

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