Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

357-359 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Un seul immeuble qui regroupe ces deux adresses. Il y a eu le feu il y a un an ou deux. De sombres histoires de syndic véreux, de sous location de sous location. Plus d'ascenseur, plus d'eau, plus d'électricité. Ça va mieux je crois. Mais c'est de tout même des gens de peu, dans cet immeuble un peu vétuste, des locataires qui sont tous sur des cordes raides. Un homme trempe ses mains dans l'eau froide, il a coupé les cheveux de 30 personnes aujourd'hui, il n'a pas de papiers depuis 5 ans qu'il vit en france, il est entré comme touriste et il n'est jamais reparti. Il est en co-location avec un ami, un vague cousin. L'homme a mal aux mains, a force de couper des cheveux, a force de virevolter, il a aussi mal aux jambes. Il n'a pas de contrat de travail bien entendu, il n'a pas de papiers, son patron l'appelle parfois pour lui dire de ne pas venir, il ne peut rien demander, il ne peut pas se plaindre, il n'a pas de papiers. Il travaille tous les jours, six jours sur sept, du matin au soir, du soir au matin, sauf le dimanche. Il ne se plaint pas, il a toujours travaillé, toujours survécu, toujours vécu ainsi au jour le jour. Il se demande parfois ce qu'il serait advenu s'il était resté chez lui, auprès de sa mère, de ses frères, le pays n'était pas en guerre, le pays allait cahin-caha, on va dire. Après les attentats de paris, il a eu un peu peur de sortir, que les policiers lui demandent ses papiers, il est resté prostré quelques jours, son patron lui avait demandé de ne plus venir. Et puis il a bien fallu se remettre au travail, il n'avait plus de rentrée d'argent, il ne pouvait pas rester ainsi sans sortir de chez lui. Ce torrent qu'est la vie a recommencé, reprit son cours, comme un fleuve qui emporte tout sur son passage, la vie ne semble jamais devoir s'arrêter, elle continue inexorable jusqu'a ce que l'être humain, lui même a bout de souffle, demande grâce. Il écoute les gens auxquels il coupe les cheveux les sans papiers, la vie est bien loin de ce qu'en disent les journaux, la radio. Il est parfois presque fasciné, par les débats qui se déroulent en france, ces enculages de mouche pour des sujets qui ne concernent personne et qui n'intéressent personne, comme si au fond, la france vivait toujours pour mettre en avant des gens détenteurs d'un savoir inconnu qui assénait des vérités qui ne concernaient qu'eux. Il est fatigué, l'homme qui fait tremper ses mains dans une bassine d'eau, il n'a eu que le jour de l'an de repos, c'est comme si tout les hommes voulaient se faire couper les cheveux pendant les fêtes de noël. Il regarde la rue des pyrénées par la fenêtre, il a envie d'aller boire un café, de se reposer, il sait que l'hiver risque d'être un peu long. Il va continuer de couper des cheveux.

Commenter cet article