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341

Publié le par drink 75

Au second étage du 341 rue des pyrénées, un homme frôle les touches d'un ordinateur portable, voici ce qu'il écrit :

"Elle étend son bras, ça fait comme un reflet dans l'eau du canal, elle sourit soudain aussi soudainement qu'elle a pleuré un peu avant, et ça fait comme une grimace dans l'eau du canal. Elle dit tu ne peux pas me faire ça, tu ne peux pas. Ben non je peux pas en fait, je peux d'ailleurs pas grand chose pour qui que ce soit. Je suis comme qui dirait inapte a la compassion. Elle rit c'est bizarre on dirait le feulement d'un tigre dans la savane, enfin un truc dans le genre, oui vu que je fréquente à peu près autant la savane que la campagne ça te donne une idée de ma connaissance de la savane. On marche le long du canal, j'ai envie de picoler, c'est dingue comme l'alcool peut donner de l'amplitude a ces choses là, ce quotidien débile qui bout à bout devient une sorte de vie, l'alcool c'est un peu comme la caméra dans les road movies. T'as déjà vécu un road movie moi oui crois moi les milliers de bornes sur les routes désertiques, crois moi tu t'emmerdes alors que dans les films tout paraît magique. Au fil du temps, tu vois au fil du temps, ben crois moi j'ai fais la version américaine avec april, notre couple de pacotille n'a pas survécu...L'alcool c'est ça, pour ceux qui suivent, l'alcool ça te donne l'impression que tu vis un truc formidable alors que tu marches le long du canal, une fille cinglée qui se traîne un peu ivre, tu as peur qu'elle tombe, juste parce que toi tu es à jeun, et que tu attends le message d'une autre qui est pas loin de là, à quelques mètres tu sais, tu le sens qu'elle n'est pas loin. Mais elle n'appelle pas. L'alcool tu arriverais à gérer, à jeun tu sais pas, comme les camés tu sais, les filles sous speed sous champignons tu sais pas, tu n'as jamais trop su. Café, café, pas dormir. Elle se jette sur le canapé, tu te dis allez je vais y aller, elle pleure, elle rit on sait plus trop, les murs ça tourne elle dit, tu la regarde vautrée dans ce canapé, et tu te dis combien de mètres, combien pour aller sonner chez l'autre sur le boulevard à côté. Je suis capable de tout. Je vais dans la cuisine, j'ouvre le frigo toutes ces bières qui te tendent leur goulots, toutes ces bouteilles qui t'appellent, tu ris bêtement, tu souris tu as envie de pleurer. Ton esprit s'envole, il reste plus que ça, ton corps débouche une bouteille, l'amène à la fille vautrée, mais ton esprit est ailleurs, tu attends qu'elle dorme plus tard tu t'en vas et tu te retrouves au bord du canal. Tu marche, tu longes, tu te dis pourquoi elle m'appelle pas elle avait dit qu'elle m'appellerait, une mélopée dans la tête, il est minuit, tu serais ivre tu irais tu serais ivre tu serais normal, tu voudrais qu'elle appelle. Juste pour te donner raison. Alors dans le métro tu parles tu pense aux mots d'une autre, à cet échange virtuel, tu penses que tu aimerais faire comme elle, parler avec les mots des autres c'est ça la liberté, c'est à ça qu'il faudrait arriver, tu voudrais lui parler comme elle te parle, mais tu n'y arrive pas, tu n'as pas la légèreté suffisante. Trop lourd, tu as toujours été un peu trop lourd. Tu veux que je te dise boire c’est plus possible, boire, sortir, plus vite, plus vite, ces éléments disparates qui se regroupent tu veux que je te dise pas possible, le corps à l’agonie les respirations par la bouche à la recherche de l’air, la langue qui happe l’air en pleine nuit à la recherche de la fraîcheur et les jambes mêmes pas le courage de se lever pour aller chercher de l’eau tu veux que je te dise pas possible tout ça et toi qui y retourne encore et plus vite et toi l’agonie ça te plait on dirait mais c’est plus possible. C'est donc ainsi que les choses se passent dans ta tête ? Tu aimerais retrouver cette légèreté, tu aimerais tant, tu aimerais effacer les fantômes, les ombres tutélaires, tout ceux auxquels tu penses chaque jour. Chaque matin, effacer la photo des morts sur le tableau, chaque matin s'ébrouer gaiement comme pour se secouer des cauchemars de la nuit, chaque matin tu nettoies ton cerveau des scories qui parsèment ton corps. Dans la chambre verte de ton existence, ils sont tous la, à te regarder, te regarder t'échouer, tomber, pleurer. Tu pleures chaque jour, les larmes dans ton cœur, les larmes de ton cerveau, chaque jour la maison des morts de ton existence se doit d'être aérée. Pourquoi tu ne peux pas vivre pour toi, comme si tu refusais de laisser les morts sur le côté, comme si la lumière de ta propre existence pouvait les faire disparaître. Tu devrais brûler la maison des morts, tu devrais évacuer tout ces cadavres, tout ces visages tu devrais les oublier un peu. Mais tu n'arrives pas tu y reviens toujours tu ne comprends pas que les vivants ne veulent pas de tes souvenirs, tu ne comprends pas que les lèvres qui se tendent ne veulent pas partager tes propres images et souvenirs de détresse. Les fantômes de ton existence, ils sont la près de toi, ils sont lourds, ils sont comme des boulets mais toi tu continues de les soigner, de les garder et tu en accueilles même des nouveaux régulièrement. Tu empiles les morts comme des souvenirs de ton existence. Ta petite troupe de fantômes. Il serait tant tu ne crois pas ? Il serait tant que tu vives pour toi, et plus dans le souvenir rance, dans le souvenir des autres. Ça peut s'apprendre ces choses là. Vivre n'est pas la pire des choses après tout. Par contre vas-y plus doucement, la prochaine fille qui te tends la main, tu n'es pas obligé de lui arracher tout le bras. Pas tout de suite. Ma vie est miel. Ma vie m'attache, me colle, est un peu écœurante parfois. Ma vie est miel, je suis ta tartine, tu m'émiettes, tu me donnes vie. Tu me dissous dans le rhum, tu préfères le grog, à cause de l'alcool sans doute. Ma vie est mienne. Ce sera toujours ainsi. Je ne parviendrais jamais à la partager je crois. Ma vie est miel, tu m'as étalé, je ne serais plus jamais le même. Le troisième lieu, une table de neuf, 8 filles et moi, ma vie est miel. Bon ultra majorité de lesbienne, hein, on se calme. Ma vie est foie gras, je suis ta confiture aux airelles. Une pinte, deux pintes, trois pintes, et l'ivresse qui ne vient pas. C'est sans doute cette impression de foncer tête baissé dans le mur, j'ai plus trop d'appétence pour l'alcool. J'ai envie de me voir tomber, juste pour la beauté du geste. Des rires en cascades, No est complètement bourré, puis peu à peu, son ivresse se transmet, aux unes et aux autres, je vois les lumières qui explosent en feu d'artifices multicolores dans leurs yeux enivrés. Hell me dit je crois que fille du canal c'est mort pour toi, elle hausse les épaules après que je lui ai dit je crois que tout le monde c'est mort pour moi. Ben t'as jamais de projets d'avenir elle me dit, les filles elles ont besoin de projets d'avenir, pas de vivre dans l'abominable présent. Ma vie est miel, je dis à ma belle So, je lui raconte des blagues juste pour entendre son rire hallucinant, je lui dis tes dents sont si belles, tu te rends compte que je suis africaine me dit ma belle So, tu t'en rends compte dis, que je suis toute noire et que la blancheur de mes dents fait contraste avec ma peau. T'es tellement déphasé elle dit je t'aime tellement pour ça. Ma vie est cacao, tu seras le lait qui me noiera. Mon pseudo fils m'appelle quand je suis dehors, un piercing à l'arcade tu crois que ça fait mal il me demande ? En tout cas je veux ça pour noël. Je t'ai donné mon ordinateur portable je lui dis. C'était pour mon anniversaire, il dit sans se démonter. Ma vie est ruine, j'ai même pas d'enfants et mes virtuels me foutent déjà sur la paille. Je suis dans la rue, j'ai envie de courir, il fait un froid qui vous glace le sang mais je ne sens plus rien, je n'ai plus froid, je n'ai plus soif, je n'ai plus faim. Juste envie de me perdre encore un peu, encore un peu plus. Ma vie est lèvre. Elle est gercée."

L'homme arrête le mouvement mécanique de ses doigts qui frôlent l'ordinateur portable. Il prend sa tasse de café et va se poster près de la fenêtre. Il est 8 heures du matin, et il regarde la rue des pyrénées, c'est jeudi, c'est jour de marché, il pourrait peut-être descendre acheter des fruits.

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