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330 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

330 Rue des pyrénées

Nous pénétrons au 330 rue des pyrénées, la minuscule entrée de l'immeuble prise en sandwich entre le restaurant africain et un magasin d'optique. Je continue encore et encore a sillonner le quartier, même si l'enquête n'avance pas, il est question qu'on me retire l'affaire. La veille j'ai été voir la mère de louise et je lui dis que je cherche et que je chercherais encore et encore. Je monte les escaliers, mon adjoint me suit, il ne me parle pas depuis que nous avons quitté le commissariat, il a comprit que ce n'était pas le jour, que je n'étais pas d'humeur. La veille j'ai tellement retourné l'affaire, tellement étudié le dossier, j'ai regardé chaque photo, lu chaque mot de tous les rapports, et je n'ai rien trouvé. A la fin de la soirée, j'ai bu une bouteille de whisky et le cd qui passait sur ma chaîne était terminé depuis des heures. Le juge m'a parlé d'un oeil neuf, le commissaire m'a parlé d'un oeil neuf, tout le monde semble comme interdit que nous n'ayons pas le plus petit début d'une piste. Il a un sourire narquois quand il ouvre la porte. Je n'ai pas appelé pour le prévenir mais c'est comme s'il m'attendait. Commissaire, il entame, capitaine je corrige, mais entrez donc, il glousse en s'effaçant pour nous laisser entrer avec mon adjoint. Trois minutes plus tard, nous sommes tout les trois assis autour de la petite table de son misérable deux-pièces, en même temps les prix sont tellement fous a paris que ce taudis qui n'est plus entretenu a la même valeur qu'un beau trois-pièces dans moult ville de province. Il me verse un café dans une tasse crasseuse et je lui dis que je constate qu'il a toujours l'argenterie de sa pauvre mère. Elle est morte depuis combien de temps déjà, cette femme qui a passé sa vie a se tuer au travail pour racheter les conneries de son fils ou pour qu'il puisse cantiner en prison. Alors maurice, quelles sont les nouvelles ? je demande en trempant les lèvres dans le café qui a ma grande surprise s'avère plutôt bon. Il hausse les épaules et me dit que c'est la crise. Il doit toucher une retraite maintenant, il devrait vendre cet appartement et s'acheter un petit appartement dans une petite ville de province, il vivrait peinard, mais non, il va mourir ici, il n'a toujours vécu qu'ici, j'ai connu son père, un sacré loustic aussi, quand je pense a sa mère, a ce qu'elle du supporter avec les deux branquignols que malheureusement pour son matricule elle aimait, j'ai une bouffée d'amour pour elle. J'ai pas d'alibi capitaine pour cette pauvre petite mais croyez moi j'y suis pour rien. Je ricane. Je sais bien que tu y es pour rien, tu verrais le spectacle, une vraie boucherie, du sang, des viscères, des dizaines et des dizaines de coups de couteaux, je sais que tu n'aurais aucun scrupule a voler le sac d'une petite vieille pour lui piquer 10 euros, mais tu es le genre a tourner de l’œil quand tu t'érafles le doigt. Mon adjoint semble dépité. Il ne connaissait pas maurice, il croyait quoi, que c'est le fils caché de mesrine et de marie besnard. Non c'est un petit truand de quartier sans aucune envergure et avec le charisme d'un aspirateur. J'aimerais juste savoir si tu as entendu quelque chose, j'embraye, il ne semble pas qu'il y ait eu vol mais on ne t'a parlé de bijoux a refourguer, ou ce genre de choses. Je suis a la retraite capitaine, me lance ce con de maurice d'un ton sentencieux. Je devrais toucher 300 balles vu que j'ai été souvent retenu derrière les barreaux, mais royalement la société française m'attribue le minimum vieillesse, je palpe mes 800 biftons par mois, alors vous savez je dis pas que parfois j'ai pas un tuyau pour jouer au tiercé, ou même qu'on me demande mon avis sur une table ancienne ou une petite bagouze qu'une personne aurait trouvé dans la rue, mais je suis hors service maintenant,le trafic de drogue, le meurtre, c'est pas mon rayon. Je termine le café, je suis presque sur le point de finir son petit laïus en disant amen tellement c'est émouvant. Qu'est ce qui se dit au café du coin entre deux courses de canasson, je lui demande. C'est pas un type du quartier, il répond.. Avec tous les zonards qui trainent dans le coin. Entre les étrangers, les tarés en liberté, les drogués, vous avez le choix. Vous voulez que je vous dise capitaine, même moi j'ai peur de sortir le soir, c'est devenu dangereux ici, la rue des rigoles c'est bagdad, je reste pour honorer la mémoire de mes parents, mais j'ai peur capitaine. Je ne t'ai pas demandé ton programme de candidat front national pour les prochaines élections maurice, je te demande si tu as entendu quelques chose sur ce meurtre ? Tout le monde pense que la fille a rencontré un type dans un café, il répond, les jeunes filles de maintenant elles n'aiment que les zonards les drogués et les chevelus. Comment elles disent, les bad boys ? Le gars a dû péter une durite et il a massacré la gamine. C'est pas quelqu'un du quartier capitaine, c'est une ordure du dix-huitième ou du dix-neuvième mais pas un gars de chez nous capitaine. Dans le vingtième on est pas des sauvages ! Vous savez capitaine, on aurait jamais du accepter le rattachement de ménilmontant a paris, on était bien mieux entre nous. Plus tard, dans la voiture mon adjoint me demande si c'est utile d'interroger ce genre de bras cassés. On est tellement dans la semoule je dis, il va falloir se taper tout les crétins du quartier, ils sont nés ici, ils ont toujours vécu ici, on ne sait jamais. Je commence moi-même a douter que je retrouverais ton assassin louise, je vais essayer je te promets, je vais tout essayer. Je te promets.

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