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312

Publié le par drink 75

Au 312 rue des pyrénées, un homme heurte les touches d'un clavier d'ordinateur portable. Il boit une gorgée de kir de temps en temps. L'homme rédige son journal comme chaque jour. Voici ce qu'il écrit. " 28 Avril. Les dépressifs tentent de se suicider pour briser le tourment, parce qu’ils n’en peuvent plus. L’alcoolique ne boit pas pour effacer la douleur mais pour retrouver l’ivresse. Juste parce qu’il s’habitue à vivre dans un monde parallèle, car il n’aime que l’ailleurs. Plonger dans l’inconnu, s’oublier, ne plus savoir ce que l’on fait, ce que l’on va devenir. Je ne tire aucune gloire à picoler énormément mais je ne me sens pas coupable. Je veux juste boire des coups et jouer aux cons. Ne plus espérer, ne pas vouloir s’en sortir, juste boire. Nous étions dans un état assez difficile à décrire, les estomacs remplis d’alcools. Nous marchions dans le froid pour nous revigorer un peu. Ben ne parlait pas et je n’essayais même pas de tenir une conversation avec lui. Après une demi-heure de marche, mon état s’est un peu amélioré, pas beaucoup plus haut que le niveau de la mer mais je me sentais un petit peu mieux. Nous nous sommes arrêtés devant un bar qui semblait ouvert. Il se faisait déjà tard et ceux qui avaient commencé la soirée assez tôt brandissaient le drapeau blanc et rassemblaient de l’énergie pour parvenir à rentrer chez eux. Pour les noctambules, la soirée ne faisait que démarrer. Nous avons pénétré dans ce lieu ou il y avait de la lumière à défaut d’avoir de la vie. Tous les gens se regardaient comme si des tueurs de la mafia rôdaient dans le coin. Je compris immédiatement que ce n’était pas une bonne idée d’être venu ici. Je n’avais malheureusement pas le courage de repartir. Le portier nous a regardé comme si nous avions la lèpre et que nous allions lui refiler en nous approchant à moins de cinq mètres. J’ignore encore aujourd’hui les raisons pour lesquelles il nous a laissé rentrer. Nous donnions sans doute l’impression d’avoir de l’argent. J’essayais de me souvenir comment était le quartier de la bastille quand j’étais jeune. Tous les cafés du coin étaient devenus comme celui-ci, des lumières tamisés pour faire intime, une musique hurlante à réveiller les morts pour être sûr que les clients ne somnolent pas et continuer de consommer et fasse tinter le tiroir-caisse, un portier pour donner l’impression que c’est un endroit chic réservé à une élite et des serveuses dont on veut nous donner l’impression qu’elles ont renoncé à une carrière de mannequin pour avoir l’insigne honneur de nous servir des cocktails aux couleurs criardes. Le lieu était fréquenté par des types habillés comme s’ils avaient à peine de quoi manger et qui brandissaient aux bouts de leurs doigts des clés de voitures sans doute pour montrer aux filles qu’ils avaient une voiture pour les raccompagner. Les filles avaient trop peu de personnalité pour que je puisse en dire quoi que ce soit. Je suis resté ainsi pendant plusieurs minutes à observer autour de moi. Nous étions accoudé au comptoir et je me suis dit que je boirais juste un petit verre. Nous avions un peu de route avant de rentrer à la maison et je me dis qu’il faudrait prendre un taxi. Je me sentais déjà dans une autre dimension et j’avais l’impression qu’un nouveau verre me serait fatal. Je voulais m'en aller mais je voulais boire un verre. La musique était du domaine de l’insupportable. Je sirotais ma bière en regardant dans le vide, la serveuse derrière le bar me regardait d’un air sévère comme si le fait que je sois en face d’elle était déjà un crachat à sa face. C’était cela le nouveau Paris, tout le monde voulait faire son trou et pensait que le mépris était un marchepied. Benoît s’ennuyait prodigieusement, il n’y avait pas de mecs à draguer. J’aime le côté galvanisant dans l’alcool, cette impression que l’on ne baissera jamais les bras, ce désir de tout renverser, cette idée qu’on sera toujours plus fort. Oui j’aime ça ! Oh mon dieu, j’aime l’alcool, oh j’aime…C’est curieux quand vous buvez, vous pensez à des gens auxquels vous ne pensiez plus, comme si cela enclenchait la machine à souvenir, comme si les pensées dérivaient enfin libérés, comme si la douleur s’estompait…Et je voudrais ne plus boire, ne plus penser, ne plus être moi-même, ne plus comprendre…". L'homme pose son verre et se dit qu'il faudra un jour que son journal parle d'autre chose que d'alcool. Un autre jour peut-être.

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