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285 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

285 Rue des pyrénées

Au troisième étage du second bâtiment qui donne sur la cour du 285 de la rue des pyrénées, un homme rédige un article qu'il doit rendre le jour-même. Ses doigts effleurent les touches de son ordinateur, il n'a pas encore trouvé le nom qu'il pourrait donner a son article. Peut-être retour vers le passé, c'est tellement le sujet du livre. Voici son article : Quand on referme le livre, on peut lire au dos de la dernière page une citation d'un critique qui parle d'écho de pelecanos et de lehane. Oui, mais pas seulement. Pour tout les admirateurs de david goodis comme moi, l'écho vient d'encore plus loin. Le malin françois guérif nous a tous pris par surprise. Tout le monde en effet, s'attendant a ce que le numéro 1000 de rivages-noirs soit la version poche d'un succès de rivages-thiller. On louchait fortement du côté du dernier ellroy. François guérif donc, - dont un jour il faudra bien souligner l'extraordinaire rôle qu'il a joué et qu'il joue toujours dans le domaine du polar, du noir, du hard-boiled et même de la littérature tout court (pour ceux qui comme moi considèrent ellroy ou peace parmi les plus grands écrivains de notre temps toute catégorie confondu) - sort de son chapeau le premier roman d'un inconnu comme numéro 1000 de rivages-noir. On comprend mieux pourquoi en le refermant. Gravesend de william boyle peut déjà être considéré comme l'un des plus formidables premier roman jamais paru. C'est un roman a plusieurs voix, qui se déroule donc dans le quartier éponyme du titre du livre, et qui est un retour vers le passé. Un présent chargé, un passé non nettoyé et bien sur la moindre étincelle, le moindre battement d'aile du papillon comme dirait l'autre, sera l'occasion désiré ou non de régler l'addition douloureuse du passé. La trame du livre est des plus classiques, vingt ans après un meurtre accidentel (sic) dans le quartier, l'assassin sort de prison, le frère de la victime se consume de vengeance, une femme revient de la côte ouest auprès de son père devenu veuf, sans oublier le neveu de l'assassin, jeune adolescent qui vit dans le mythe de son oncle. La force du livre ne vient pas seulement de ces différentes voix, même si on peut être bluffé par le talent de l'auteur pour se mettre dans la peau d'un adolescent, d'une femme qui a perdue ses illusions, ou d'un homme brisé par la mort de son frère, la force du livre vient surtout de sa force narrative et du talent de l'auteur pour prendre le chemin inverse de ce a quoi on s’attend. Et puis bien sûr, le vrai fond du livre c'est la vie du quartier. C'est là ou l'on peut revenir a pelecanos avec washington ou lehane avec boston, willian boyle décrfi la vie de quartier, celle ou les gens ne quittent jamais le leur, et même si new york est de l'autre côté d'un pont, on y va jamais, on y a parfois jamais été mais pas toujours. Les parisiens qui ne fréquentent jamais certains arrondissements et restent dans le leur comprendront bien de quoi l'on parle. Ce livre est un chant funêbre, comme l'était il y a un demi-siècle les livres de goodis, ce n'est pas la fin qui est tragique, c'est le présent, et même s'il changeait rien ne serait vraiment différent. Malgré toutes ses références pesantes que je lui colle, boyle a une voix, une de celles qu'on rencontre tout les 5 ou 10 ans, je n'avais pas eu un tel engouement pour un nouvel auteur de polar depuis emily st john mandel, et je crois que c'est le meilleur premier polar que je lis depuis le 1974 de david peace. La voix de william boyle résonne désormais, en moi, et gravesend est un grand livre, si par malheur il devenait un film, prions pour que james gray s'attelle a la tâche, lui seul saurait rendre ce parfum de mélancolie qui entoure le livre. En attendant on le relira, juste pour le plaisir du style, de la voix et de l'émotion. Surtout pour le plaisir de le relire. L'homme arrête de taper sur les touches de son ordinateur. Il n'est pas très content de son article mais il a la trame. Il doit maintenant tout retravailler.

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