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232 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 232 de la rue des pyrénées, un homme pose le pistolet qui tout à l'heure lui permettra d'en finir avec la vie. Il s'installe devant son ordinateur dans son petit appartement. Il ouvre sa boite mail et inscrit trois noms de destinataires, les deux salariées et la trésorière de l'association dont il était président. Il lance son regard sur le courrier du tribunal qu'il a punaisé au mur comme une explication pour ceux qui trouveront son corps. Un courrier qui indique qu'il doit des dizaines de milliers d'euros. L'homme commence la rédaction de son mail. " Mes très chères (oh combien) salariées, ma chère trésorière, j'essaie de me souvenir comment je suis devenu président, et pour quelles raisons. Je me souviens, mes chères, oh combien très chères salariées, comme vous êtes venues me supplier de devenir président, puis comme vous m'avez demandé de le rester quand les finances de la structure et l'ambiance délétère entre vous, me poussait a rendre mon tablier. Je suis donc rester pour gérer la merde, puis je suis allé seul au tribunal pour liquider cette association que nous avions tous portés ensembles, et puis j'ai liquidé les biens avec le commissaire priseur et maintenant je suis seul, comme depuis que tout est fini, depuis que je vous ai vu une dernière fois pour vous aider dans vos démarches afin d'obtenir vos indemnités et les meilleures conditions pour votre chômage. J'ai su depuis que l'une avait obtenu son diplôme puisqu'un aménagement de travail lui avait permis d'étudier la dernière année (payée temps plein en  travaillant a mi-temps, merci patron), et que l'autre a reprit certains contrats et s'est mise a son compte pour travailler avec nos anciens prestataires. Du matériel a disparu entre l'inventaire que j'avais réalisé et la saisie du commissaire priseur, et je n'ai eu aucune nouvelle de vous trois. Ce que je peux comprendre, c'est pas très marrant de gérer la merde. Aujourd'hui je vous écris juste pour vous apprendre mon décès puisque après la rédaction de ce mail je mettrais fin a mes jours, et je voulais vous remercier de m'avoir donné le courage d'en finir. Si je vous écris ce n'est pas pour solder une quelconque dette mais pour dire que quelque soit la façon dont je vais finir, que ce soit dans un cercueil sous terre ou tas de cendre dans une urne, je vous intime de ne pas vous rendre a une quelconque cérémonie. Je ne veux pas de votre pitié et de votre présence. Je ne peux accepter de vivre comme un clochard pour le reste de mes jours, c'est pour cela que je vais en finir, je n'aurais pas assez du peu qu'il me reste a vivre pour payer les dettes, vous savez ces dettes que vous avez continuée de creuser en voyageant a travers le monde aux frais de l'association alors que vous saviez pertinemment que la situation ne le permettait pas et sans me le signaler. Je ne veux pas de votre pitié et je vous envoie ce mail pour vous assurer de tout mon mépris. A toutes les trois. Mon plus profond mépris. " L'homme appuie sur envoyer. Il prend le pistolet. Il est un peu plus lourd qu'il ne le pensait, un tout petit plus lourd qu'il ne le pensait.

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