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Articles avec #299-250 tag

250 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 250 de la rue des pyrénées, une femme entre dans la poste et se dirige vers les machines qui servent a oblitérer soi-même son courrier. Un homme fait la queue avec son recommandé a la main et il regarde la plaque sur lequel est inscrit le nom d'une femme qui est morte. Une employée de la poste du 250 de la rue des pyrénées, attends que l'homme qui vient d'envoyer de l'argent dans un pays d'afrique range ses affaires et que la personne suivante se présente au guichet, elle se demande ce qu'elle va préparer a manger en rentrant pour ses enfants. Une femme ouvre le courrier recommandé avec accusé de réception a la poste du 250 rue des pyrénées, elle extrait la lettre et lit la prose d'un huissier de justice qui lui réclame de l'argent, elle froisse la lettre et la jette dans une poubelle avant de sortir de l'édifice années 30. Un homme introduit sa carte de retrait dans le distributeur d'argent, il vient ici car on peut retirer dix euros et il lui semble qu'il lui reste douze ou treize euros sur son compte ce lui permettrait de faire quelques courses au lidl de la place des fêtes pour finir le mois, il tape son code en priant, la vie est devenue beaucoup plus difficile depuis que lidl refuse les chèques, la dernière semaine devient de plus en plus difficile, surtout quand le mois compte cinq semaines pleines. Un conseiller clientèle surfe sur internet en attendant son prochain rendez-vous, il sent l'appel du sexe, l'envie de s'accoupler sauvagement, alors il va sur un des sites sur lequel il rencontre des femmes, si on réfléchit bien c'est comme au supermarché, sauf que le fruit choisit sur l'étal doit accepter d'être cueilli, se dit-il en rigolant. Un enfant regarde les téléphones portables exposés sur les présentoirs a droite quand on entre dans la poste du 250 rue des pyrénées, sa mère le surveille de loin en faisant la queue pour retirer de l'argent sur son livret d'épargne. Au 250 de la rue des pyrénées, les gens vont et viennent, absorbés par des pensées futiles, des plaintes infantiles. Une femme déclenche l'alarme en sortant de la poste, mais personne ne fait attention, les employés sont absorbés par autre chose ou peut-être sont ils blasés de cette alarme qui se déclenche inopinément. Un homme entre et se demande ce qu'il fait là, pourquoi est-il soudain venu a la poste ? Son regard erre et il essaie de se remémorer la raison pour laquelle il est ici ?

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251 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

 

Tu sais je suis a cet endroit ou l'on faisait la manche tout les deux et tu ne te souviens pas mais c'était tellement bien parce que nous étions deux, et je crois bien que peu a peu tout s'efface et que j'aimerais encore et encore continuer a te bercer près de moi, près de la place gambetta et tu t'endormais dans mes bras malgré le froid je crois parce que tu n'étais pas vraiment d'une grande aide et que tu ne savais réellement faire la manche, tu ne savais pas crever de faim puisque tu ne crevais pas de faim puisque tu n'avais jamais faim putain et je me souviens comme nous étions unis, comme nous étions toi et moi et je sais juste que je n'oublierais pas, que je ne saurais pas quoi te dire ou quoi ne pas te dire mais je me souviens de toi chaque jour de ma vie, je me souviens de chaque seconde près de toi, tes murmures, tes halètements et tout ton corps contre moi, et tes petits seins qui tressautaient alors que nous voulions nous endormir, et je ne veux que me souvenir de cela, de moi, de toi, et toi émoi, de tout ce qui n'arrivera pas, de tout ce que nous ne sommes plus, j'espère te revoir mais je sais bien que ça n'arrivera pas, j'espère la revoir mais je sais bien que ça ne se peut pas...Tu sais je suis a cet endroit...

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252 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Au 252 de la rue des pyrénées, la vie s'imagine, un homme est assis, au fond de la petite boutique du tailleur, il est syrien lui, réfugié, l'homme l'héberge, un cousin d'un cousin. Voici ce que l'homme écrit sur un cahier a petits carreaux, d'une écriture fin et serrée. Allongé sous les bombes. Le sol qui vibre. Des bruits sourds. Des cris d'hommes au loin, des hurlements d’inquiétude, des résonances de partout et de nulle part. Des vibrations qui font trembler la terre, essayer d'avancer un peu plus loin vers le noir et le néant. Avancer un tout petit plus loin pour se tenir à l'abri. Allongé sous les bombes. La vie qui s'arrête. Ramper encore et encore. Continuer de ramper pour se réfugier ailleurs. Écouter le bruit au-dehors, entendre le fracas de l’extérieur, imaginer les cœurs qui s'arrêtent, les corps déchiquetés, les membres arrachés. Ramper encore et encore. Pour se réfugier nulle part, pour se retrouver ailleurs. Pour continuer de ne pas vivre. Toujours les déflagrations au loin. Celui qui courait près de moi pour se réfugier est mort il me semble, c'est quand j'ai pris l'éclat dans la jambe, le moment ou je suis tombé juste a l'entrée du tunnel. Je suis a l'abri dans le noir, je suis a l'abri alors que le sol vibre, je suis a l'abri alors que les bombes explosent à la surface du sol. Je suis dans le noir. Un autre combattant finit de serrer mon garrot de fortune sur ma jambe. Maintenant il nous faut entendre le bruit des morts, maintenant il nous faut attendre un léger répit. Ma jambe me fait souffrir a chaque fois qu'une bombe explose au sol. Je ressens une douleur mais peut-être n'est ce pas seulement ma blessure, peut-être est-ce la rage alors que celui qui courait près de moi est mort. Alors que tout le monde est mort. Je suis vivant parmi les morts. Errant dans le néant. Allongé dans le tunnel j'écoute le bruit des bombes, je devine les tombes qui s'ouvrent, tous ces corps qui tombent, toutes ces vies fauchées, si j'avais encore des larmes je pourrai pleurer. L'homme près de moi dit tout mes amis sont morts. Je suis fatigué. Tout mes amis sont morts. Disparus. Il faudrait sortir de la ville. Il faudrait quitter cette vie, ne plus prendre part a cette guerre. Mon âme est comme ma jambe, boursouflé, orpheline de ce que fut ma vie d'avant. Je devine ma fille et ma femme qui me regardent dans ce tunnel, se demandant comment je suis encore en vie. Pourquoi je suis encore en vie. Porter les morts, enterrer les morts, opérer les vivants, réparer les vivants. L'ami qui se réveille dans un lit de fortune avec quelques tuyaux qui le recouvrent. Regarder ses yeux qui s'ouvrent. Courir plus tard dans les rues, entre deux bombardements, courir pour éviter les bombes. Courir pour ramasser les corps, courir pour ramasser les blessés, courir tout le temps, le nez en l'air, courir tout le temps. En attendant son tour, en attendant sa mort, en attendant." L'homme pleure, pose son stylo, un homme pleure au fin fond de la petite boutique du 252 de la rue des pyrénées.

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253 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

On parle bien de séries actuelles ? demande le type en face de moi que je trouve vaguement sympa. Je hoche la tête en vidant mon godet de kir en me préparant a passer au vin rouge. Alors je dirais master of sex, c'est novateur quand tu y penses, le sujet est totalement improbable, et puis sincèrement c'est la première fois que je trouve une série qui se déroule a l'hôpital regardable. Je suis d'accord, même si a mon sens on a plus l'impression que ça se passe dans une fac, je réponds. Nous sommes assis a la table ronde, dans le petit salon de cette fille qui réside au 253 rue des pyrénées. J'aime bien master of sex j'approuve, mais la série la plus déroutante de ces derniers temps je dirais que c'est fortitude, tu vas dire que je reviens toujours aux séries nordiques mais fortitude c'est la série la plus déroutante de ces dernières années. Oui un twin peaks dans le cercle arctique, il approuve. Un twin peaks regardable et compréhensible, j'ajoute. Les revenants j'enquille, la première saison ça m'avait vraiment scotché, mais la saison 2 j'ai rien pané. J'ai pas accroché. Comme the leftlovers il enchaîne, la saison 1 je trouvais ça tellement improbable et cosmique mais la 2 j'ai rien de rien compris. La sirène d'une ambulance sirène retentit et passe sous les fenêtres du 253 de la rue des pyrénées, la fille chez qui on est ouvre la bouteille et gromelle qu'on ne va pas parler de série toute la soirée. Leftlovers et les revenants ils ont vu trop grands pour la seconde saison, ça a trop bien marché et du coup ils se sont un peu emballés. Les nordiques j'aime bien leur série mais c'est toujours un peu trash, un peu trop tout much, tu vois. The bron j'adore mais c'est toujours un peu trop. J'adore the bron je réponds, surtout la saison 3, ce qui est balèze c'est que le remplacement du mec apporte un truc, je souligne. The bron c'est vraiment la fille qui tient la série, et d'ailleurs l'adaptation franco-rosbeef et beaucoup moins bien parce que la fille d'harry potter, elle tient pas le machin. Je comprends rien a votre conversation souligne la fille qui habite au 253 rue des pyrénées. Tu vois je dis dans une sorte de tirade définitive, l'actrice de the bron c'est une enfant-femme, alors que l'actrice de tunnel c'est une femme-enfant. Les nordiques, ils alignent quand même les séries, il reprend mon compagnon d'analyse, quand tu pense. Fortitude, the bron, il souligne. Real humans, borgen, il enchaîne. Occupied, acquitted, je continue. Trapped, the killing il rajoute. On  peut parler d'autre chose dit la fille après avoir vidé son verre. Lilyhammer la plus poilante des séries, il clôture. Oui c'est poilant. Casual c'est vraiment drôle aussi, je reprends, j'adore ce genre de série qui se veut drôle mais qui est assez sérieuse. Un peu comme the last man on earth, une série qui veut sérieuse mais qui est drôle. The last man on earth  c'est vraiment un ovni il enchaîne, c'est vraiment surprenant et frais, et vraiment bien. Quand l'actrice de mad men débarque tu te dis que la boucle est bouclée. Oh putain la soirée, ricane la fille qui vit ici au 253 rue des pyrénées, vivement que les autres arrivent.  Mad men je continue c'est quand même la série parfaite, il ne se passe rien et c'est parfait. Il ne se passe rien et c'est tout; toute la vie, 10 ans de la vie d'un pays. Mais tu réfléchis bien il ne se passe rien. Oui il reprends the last man on earth, c'est pas comparable mais je vois ce que tu veux dire, il ne se passe pas grand-chose. On sonne a la porte. La meilleure série toujours en cours c'est quand même the affair il souligne. Et la plus glauque american crime je réponds. Rectify la plus introvertie il enquille. La fille revient avec des invités en expliquant qu'elle est contente qu'ils arrivent car nous ne faisons que parler de séries depuis que nous sommes la. Ray donovan et Banshee dit le gars qui vient d'arriver en me serrant la main, ça c'est des séries qui ont des couilles.

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254 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Un téléphone sonne au 254 de la rue des pyrénées, c'est la fin de la matinée et l'homme qui vit au troisième étage pose la tasse qu'il est en train d'essuyer. Il se dirige vers son téléphone qui est posé sur la petite table proche de la fenêtre qui donne sur la rue. L'homme écoute la voix au téléphone, il ne reste pas debout, il s'assied dans le petit fauteuil cigare qui se trouve près de la petite table de son appartement du 254 de la rue des pyrénées. L'homme dit j'arrive, l'homme raccroche, l'homme pose le téléphone. L'homme se lève de son fauteuil, ouvre la fenêtre et regarde la circulation de la rue des pyrénées. Son regard accroche sur la silhouette d'une femme assise sur un siège, dans la laverie automatique qui se trouve en face. L'homme dit merde, se redresse et referme la fenêtre. Il sent un peu pluvieux,  un peu plus vieux d'un siècle ou deux comme chantait philippe pascal. Il se demande s'il ne voudrait pas écouter recueillement par marc seberg mais ce serait sans doute un peu too much. Il se sent vide, comme si un souffle de vie le quittait, soudain, un peu comme s'il était un peu moins vivant que l'instant précèdent. Il se dit qu'il doit s'habiller, se préparer, sortir dehors, marcher jusqu'au métro gambetta. Dehors, la ville continue son rythme quotidien, de bruits, d'odeurs, de klaxons, de rires d'enfants. Il doit se préparer et rejoindre le métro qui l'emmènera vers cette femme qui ne respire plus. Sa mère.

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255 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Tu sors du U express qui se trouve au 255 rue des pyrénées a quelques jets de la place gambetta. Tu as acheté une brick de sangria qui ne vaut pas deux euros et qui te permettra de te bourrer un peu la gueule sans trop dépenser d'argent. Les bricks de sangria c'est meilleur que le mauvais vin. Le jour est froid, nous sommes dimanche soir, il n'y a plus grand-monde dans la rue, tu aimes bien trainer au père lachaise en rentrant par la rue des rondeaux mais en hiver a 6 heures du soir, le cimetière est fermée. Pour toi le père lachaise n'est pas un cimetière mais un parc. C'est d'ailleurs le plus grand espace vert de paris intra-muros. Tu ne sais plus trop quoi faire ni trop ou aller. Tu ne sais pas. Tu croises des gens que tu ne connais pas, tu effleures des âmes qui ne te parlent plus. Boire un verre dans le sangria dans ce dimanche plus si froid. Se frotter les mains l'une contre l'autre comme pour se donner du courage. Tu traînes encore et encore dans la rue des pyrénées, tu retournes a gambetta, tu retournes vers le métro pyrénées, tu redescends jusqu'à maraîchers ou cours de vincennes. La douleur vient toujours un peu plus tard, quand tu ne sais plus ou es ton amour, ou es ton âme, c'est dans ces moments précis ou l'alcool te ramène en arrière, vers ta vie oubliée, en direction du néant. Tu bois encore pour t'endormir, tu bois encore et encore, car c'est tout ce qu'il te reste, car c'est tout.

 

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256 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Dans un appartement de l'immeuble sis 256 rue des pyrénées, un homme se réveille avec la gueule de bois. Il émerge de son lit. Puis se souvient de la soirée de la veille, de ce que lui a jeté a la gueule son ex-copine qu'il a croisé a un moment ou il était déjà bien bourré. Voici de ce dont il se souvient. "J'ai prié pour te revoir, j'ai tellement voulu que tu réapparaisse. Je ne comprends pas ce qui nous à séparé, l'hôpital, l'alcool, la drogue, les infidélités ? Je crois que nous n'avons jamais su vivre, tout simplement. Nous ne sommes que l'impression de nos propres possibles, nous ne sommes pas nous-mêmes. Nous rêvons peut-être trop tout simplement. Tu refuse le sérieux, je peux comprendre tu sais, je sais que nous ne sommes pas obligé de tout prendre au tragique mais parfois c'est fatigant. Parfois je ne comprenais pas ce refus de responsabilité. Tu sais, quand on va mal, vraiment très mal, que les médocs ne font plus d'effet, quand on à envie de s'arracher la peau avec les ongles parfois on sature de ce refus du combat. Je hurle à en mourir, je te demande d'ouvrir ton cœur et tu me réponds que tu n'as pas d'ouvre-boîte ! Je ne riais pas toujours quand tu appelais tout tes copains au téléphone pour leur demander pour quelles raisons la danette en gros pots n'a pas le même goût que la danette en portion individuel. Je voulais me battre et toi tu planais, à lire tes livres, à écouter ta musique, à aller voir tes films, à écrire. Tu es égoïste, je ne te le reproche mais tu refuses de communiquer. Tu sais, je crois que tu es la personne que j'aime le plus au monde mais tu es la dernière personne avec laquelle je voudrais vivre et construire une relation amoureuse. Oui je sais tu n'es pas maçon, tu ne veux rien construire. J'ai toujours entendu dire que dans un couple, il y en à un qui souffre et un qui s'emmerde. Tu n'es pas celui qui souffre ça c'est sur. Mais tu ne t’emmerdes pas non plus, non, tu t'en fous. Tu t'en contrefous. Tu es insensible aux autres, ce n'est pas une critique, je crois même que ça te satisfait." Bordel ce laïus a la con qu'elle lui a débité. L'homme boit quelques gorgées de l'eau gazeuse qui traîne dans son frigo puis retourne se coucher. Au 256 de la rue des pyrénées, l'homme retourne se coucher.

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257 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Une idée du rien. L'homme qui réside au 257 de la rue des pyrénées se pose cette question. Il a tellement bu l'homme qui habite au troisième étage du 257 de la rue des pyrénées, qu'il aimerait ne plus être rien, pour ne pas être si mal. Un homme assez agé lit "slow dancer" un recueil de poèmes de david kresh. Il lève la tête et réajuste ses lunettes, il regarde au-dehors. Il entend le taré du dessus qui exécute des cabrioles comme pour le rendre encore plus dingue. Il ne pensait pas que sa vie serait parfois pimentée par les crises alcooliques du voisin du dessus. Au troisième étage, l'homme ouvre son coffre qui contient les bouteilles pour essayer de trouver quelque chose a boire. Son coffre est vide alors il saute a pieds joints plusieurs fois et il rit comme un damné en imaginant la tronche de cake du vieillard d'en dessous. L'homme âgé qui vit au second étage du 257 de la rue des pyrénées écoute l'alcoolique du dessus qui joue a saute-mouton. Ce type est complétement débile, il a l'âge mental d'un enfant de 10 ans. Il ressent une forme de pitié pour ce poivrot pathétique. Il va falloir sortir dehors pour chercher a boire songe l'homme qui vit au troisième étage. Ou aller buter le connard du deuxième. Un truc qui lui passerait les nerfs. L'homme au second étage du 257 de la rue des pyrénées se lève de son fauteuil et va chercher son manteau pour aller acheter le monde chez le marchand de journaux de la rue des pyrénées. Deux hommes sortent de chez eux et ferment leur porte a clés au 257 de la rue des pyrénées. Un jour comme un autre. Un jour comme les autres.

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258 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

 

Au 258 de la rue des pyrénées, un homme lave un verre dans la cuisine de son appartement du troisième étage. Il chancelle un instant, et puis il essuie ses lèvres d'un revers de la manche. Il a un goût de dépit et de tristesse.  Il relit la lettre qui explique sa situation. Avis a tiers détenteur il est écrit en haut et a droite, la première lettre explique que l'on va lui prendre l'argent de son compte bancaire, la seconde lettre explique que l'on va lui prendre l'argent de son salaire. L'homme froisse les deux lettres et les jette dans sa poubelle. Ce n'est plus vraiment important. Il aimerait s'asseoir dans un endroit chaud et rassurant pour ne pas avoir peur. A défaut il traverse la petite pièce de son appartement pour se rendre dans la chambre. Il pourrait prendre un cioran pour lire quelques lignes avant de fermer les yeux. Ce serait peut-être encore plus angoissant. Ou ça le ferait rire. Il doit y avoir une cigarette quelque part, il a encore l'énergie de chercher pour fumer une dernière cigarette. Et puis il renonce. Sa vie n'aura pas été si pénible, au fond, il aura toujours été amoureux, aimé, et il ne comprends pas pour quelles raisons il est en train de se jeter dans le précipice. L'argent aura été son unique problème dans la vie, cet argent qui lui aura toute sa vie brûlé les doigts, qu'il aura dépensé a tort et a travers, pour aider des gens, beaucoup par naïveté, un peu par lâcheté. Il ferme les yeux pour essayer de se détendre. Il sait que le breuvage qu'il a absorbé va l'endormir pour le tuer. Il ne voit pas d'image défiler devant ses yeux. Il ressent une forme de tourment mêlé a un apaisement, il ferme les yeux pour appréhender la mort. En attendant. Il ferme les yeux. En attendant la mort. Il ferme les yeux.

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258 bis rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au troisième étage du 258 bis rue des pyrénées, premier appartement a droite quand on débouche sur le palier, un homme hoche la tête avec dépit. L'entrée de cet appartement est minuscule, on débouche presque immédiatement sur une petite salle a manger avec au fond une cuisine américaine. L'homme avec un sentiment qui pourrait s'apparenter au désespoir relève la fourchette de son récipient et le liquide jaunâtre qui dégouline n'est pas celui espéré. Il y a un poster dans la salle a manger, un vieux film de jarmusch du temps ou il ne se prenait pas pour un artiste mais pour un cinéaste, une photo de gene tierney dans laura, le plus grand film de tout les temps d'après le type qui vit ici. A moins que ce ne soit l'avis d'une femme qui a vécu ici et qui est parti depuis longtemps en laissant cette photo accrochée au mur. L'homme soupire, chantonne en même temps que tom waits dont la voix sort par les enceintes, la chanson "poor eward" sixième piste de l'album "alice". Des bibliothèques remplies de livres remplacent les murs. Le premier dans l'ordre alphabétique parfaitement respecté est un james agee, "louons maintenant les grands hommes", le dernier livre de la bibliothèque est un ievgueni zamiatine, "l'inondation". L'homme jette le contenu du récipient dans l'évier et regarde le liquide jaunatre  disparaître dans le siphon. Son regard s'écrase sur l'affiche du grand incendie, un web-documentaire assez riant sur les personnes qui s'immolent sur leur lieu de travail. L'homme va maintenant se préparer pour aller au supermarché. Il pense a sa mère, qui elle non plus, ne la réussissait jamais, alors que c'était une cuisinière hors pair. L'homme comprends que lui aussi, comme sa mère, comme une forme de maladie héréditaire, lui aussi est atteint de ce mal incurable, bref, lui aussi  est atteint du syndrome de la mayonnaise ratée.

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