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Articles avec #349-300 tag

300 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Je passe au tabac et j'achète deux paquets de cigarillos et du tabac a rouler. La jeune vendeuse chinoise me donne du commissaire entre chaque phrase, bonjour commissaire, comme d'habitude commissaire. Le gérant du café tabac qui ressemble a un gamin, chinois lui aussi, me prépare un demi. Je dépose un peu de monnaie sur le zinc alors qu'il me dit non commissaire, c'est offert. Je hausse les épaules. Le jeune couple croit toujours que c'est grâce a moi qu'ils ont eu certains papiers qui leur facilite la vie. Je prends mon picon bière et je sors dehors ou je m'allume un cigarillos. J'habite la, au 300 rue des pyrénées. L'affaire n'avance plus. Je commence a me demander si je suis réellement a la hauteur. Je bois une gorgée de picon. Je classe et reclasse encore tout les éléments dont je dispose sur la mort de Louise. Pourquoi est-elle morte ? Pas de réponses. Est-ce qu'il y a un mobile ? Pas de réponses. Quelqu'un en voulait a Louise ? Pas de réponses. Un petit ami : négatif. Une vie secrète : négatif. Des amis : négatif. Des ennemis : négatif. Je bois une seconde gorgée de mon picon, tire sur mon cigarillos. Une ambulance toute sirène hurlante passe en direction de la rue de belleville. Une femme qui tient un téléphone dans une main et qui dirige une poussette de l'autre main explique dans le combiné en parlant fort que ce n'est pas possible de continuer ainsi. Qui es-tu Louise. Tu avais peu d'amis, tu avais peu de passion. Ta famille c'était ta mère. Tu semblais effacée, discrète. Je descends une troisième puis une quatrième gorgée de mon picon. Un autre verre commissaire me demande le jeune serveur chinois. Négatif je réponds alors que dans ma tête je souligne que je suis capitaine. Je me demande pour quelles raisons Louise avait quitté le domicile de sa mère. Après tout, son petit appartement était impersonnel, elle habitait près de chez sa mère. Souvent elle allait chez sa mère. Elle ne recevait pas. J'ai l'impression d'une incohérence. Il faut que je trouve un fil. Pourquoi prendre un appartement seule si c'est pour passer tout le temps chez sa mère, avec cette dernière ? Elle connaissait son meurtrier c'est certain. Aucune trace de lutte. Je finis mon picon. Cette histoire me rend dingue. Chaque soir je m'endors en devinant le visage de Louise. Chaque soir. Chaque matin je me réveille en devinant le visage de Louise. Chaque matin. Je me lève, je fais un signe au patron du bar tabac et je rentre dans mon immeuble au 300 rue des pyrénées.

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302 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Rester la. Je vais rester la et ne plus bouger. Il fait nuit. Je viens de vomir un peu plus loin. C'est le vin qui est dégueulasse. Je suis assis contre un immeuble, je suis exactement au 302 rue des pyrénées. Il est bien trop tard pour aller dormir dans un foyer. Je vais passer la nuit dehors. Une fois encore. Une fois de plus. J'aime bien le coin et puis demain je serais juste devant les bains-douche pour me laver. J'essaie parfois de retrouver ce qui m'a fait couler. Peut-être quand ma femme m'a quitté. Peut-être quand quand j'ai perdu mon boulot. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je vais me lever pour rejoindre la petite place devant les bains douches quelques mètres plus loin ou il y a un ou deux bancs accueillants malgré les travaux. Le vent fait frissonner les arbres. J'ai bien de la chance si la pluie ne me tombe pas dessus cette nuit. J'aimerais encore écouter les bruits de la nuit, les voitures qui passent. Un petit commerce est encore ouvert en face. C'est un vieil homme indien ou pakistanais qui tient le lieu, je ne sais pas s'il ferme la nuit, il est toujours ouvert, quelque soit l'heure ou je passe. Je n'ai plus d'argent, j'ai juste encore un ou deux tickets pour les bains douches. Le mois n'est même pas terminé, il me faut encore attendre dix jours pour toucher mon rsa. J'essaie de penser a ma femme, de me souvenir de son si beau visage, J'aimerais encore et encore l'embrasser mais elle ne veut plus de moi. Dans mon état aujourd'hui elle ne me reconnaitrait pas. Je quitte le 302 de la rue des pyrénées, les trottoirs ne sont plus très larges, ils ont creusé des grandes tranchées. C'est pour commémorer la guerre de 14 a plaisanté un gars de la cloche que je connais dans le quartier. Je vais rejoindre la place et essayer de dormir. Je vais rejoindre la place pour m'allonger sur un banc. Quelques heures encore avant la douche. Quelques heures encore.

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303-301 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Serge range ses affaires dans le placard de sa chambre du centre éducatif du 303 rue des pyrénées. Il va bientôt en partir. Il a presque 12 ans, il est le plus vieux ici. Ils vont le mettre ailleurs, il sait bien qu'il ne retournera jamais vivre avec sa mère. Elle n'est déjà pas capable de s'occuper d'elle-même. La femme de son oncle lui a dit une fois, qu'il avait échappé de peu a la mort quand on l'avait découvert petit. Au milieu des détritus. Il n'en veut pas a sa mère, l'assistante sociale lui a dit une fois qu'il est aussi mature qu'elle est immature. Il parle parfois ici avec les petits qui arrivent, ceux de 6 ans. Depuis le temps qu'il est la. L’expérience. Il a reçu une lettre de son père l'autre jour, une carte postale qui venait du nord de la france, il disait qu'il travaillait sur un chantier. Ça semblait vrai. En règle général quand son père lui écrit c'est qu'il est en prison. Il raconte qu'il voyage, mais il est juste en taule. Ici c'est courant. Il y a cette fille élise, dont la père est en prison parce qu'il a tué sa mère. Elle sera peut-être adopté. Elle dit qu'elle ne veut jamais revoir son père. Il parait qu'elle pleure souvent la nuit. C'est caroline qui lui a dit ça. Caro va bientôt partir elle aussi, dans un centre pour adolescents entre 13 et 16 ans. Elle ne peut pas aller en famille d'accueil. Un trop lourd bagage psychologique lui a dit le médecin, caroline c'est un cas un peu lourd, il l'aime bien, mais elle est un peu ravagée. C'est glauque son histoire. Violée par toute sa famille. Elle lui a un peu raconté. Parmi la soixantaine de jeunes qui vivent ici, il est le seul a savoir. Il vient de passer vingt minutes dans parc avec faudil, depuis quelques jours il a appris la mort d'un de ses frères et il semble complétement perturbé. C'est celui dont il disait qu'il allait venir le chercher et qu'ils partiraient tout les deux pour vivre au bord de la mer. Il est retourné un peu chez lui. Faudil ne parle jamais de sa famille, il parle toujours de son frère. Et celui-ci est maintenant mort. Il semble perdu. Serge avait rendez-vous avec une éducatrice le matin, elle lui a dit qu''elle aimait bien son prénom. Je m'appelle comme ça parce que mes parents m'ont conçu sur je t'aime moi non plus il lui a expliqué. Ma mère dit toujours que j'ai de la chance d'être un garçon, si j'avais été une fille je me serais appelé brigitte. L'éducatrice n'a pas moufté alors qu'il s'est mis a rire. Serge range ses affaires, demain il doit rencontrer le juge aux affaires familiales, il l'aime bien, elle ne lui parle pas comme a un débile, ça change de ses parents. C'est parce qu'elle n'a pas peur de lui. Ses parents ne comprennent pas ce que c'est d'être parent, d'avoir un enfant, ses parents sont deux largués de la vie qui pensaient que un plus un faisait deux. Il ne leur en veut pas. Mais il doit passer son chemin. S'il veut s'en sortir, il doit passer son chemin.

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304 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Au 304 rue des pyrénées une femme sort de l'immeuble. C'est une jeune femme. Elle a 27 ans, elle habite au dernier étage dans un studio de 17 mètres carrés, un appartement qui passerait pour un taudis dans la ville d’où elle vient, mais nous sommes a Paris et un studio dans le quartier c'est pas si mal, nous sommes rue des pyrénées, c'est belleville, c'est ménilmontant, c'est la que tout parisien rêve de vivre. Enfin non, mais les gens du quartier aiment a le penser. Il y a les salles de concerts, pleins d'endroits sympas, si tu es jeune et que tu aimes sortir, c'est la que tu dois vivre. La jeune femme entre dans la laverie automatique qui se trouve en bas de l'immeuble. Au 304 de la rue des pyrénées. La jeune femme de 27 ans, entre dans la laverie automatique du 304 rue des pyrénées. Elle pose son sac et commence a déposer son linge sale dans le tambour vide d'une des machines a laver. Elle aimerait s'y déposer aussi, et tourner et tourner encore, se purifier, se nettoyer, elle aimerait être totalement lavé et devenir quelqu'un d'autre. Elle essaie d'oublier, de ne plus penser a l'homme qu'elle aime. Enfin qu'elle aimait. Enfin qu'elle aime toujours mais qui lui ne l'aime plus. Elle pose son séant sur une des chaises prévus a cet effet, après avoir déclenché le début du lavage. Elle pourrait remonter chez elle, après tout personne ne vole le linge pendant un lavage, et d'habitude elle ne reste que pour le séchage du linge. Oui elle pourrait remonter dans son appartement du 304 rue des pyrénées, au cinquième étage sans ascenseur, dans son studio de 17 mètres carrés. Mais elle préfère rester assise dans cette laverie automatique. Elle veut continuer le livre fleuve qu'elle est en train de lire. Blonde de joyce carol oates. L'histoire de marylin. Quand elle sera remonté, il faudra peut-être appeler la police. A moins qu'elle l'appelle plus tard. Il ne la quittera pas. L'homme qu'elle aimait ne la quittera pas, et elle continuera de l'aimer. Elle reprend la lecture de son livre. Dans son appartement, l'homme qu'elle aime dort dans son lit. Il ne se réveillera jamais. Il est mort dans la nuit. Elle espère qu'il a apprécié son dernier repas. Elle l'espère vraiment.

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310-308-306 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Les trois adresses sont regroupées sous un même porche, puis ensuite quand on rentre il y a plusieurs immeubles dans une cour. Au 308 de la rue des pyrénées, au second étage, une femme regarde des photos de sa fille, celle qui est morte, celle qui restera toujours jeune, elle caresse doucement le visage de sa fille sur la photo. Elle n'a pas de larmes, elle n'a plus de larmes, cela fait plus de vingt ans que sa fille est morte, cela fait plus de 20 ans. Au 308 rue des pyrénées, au rez de chaussée, une enfant se demande si elle doit en parler a sa mère, si elle doit lui dire, ou ne pas lui dire. C'est difficile, elle se souvient encore des larmes de son père, elle se souvient encore comme il disait que c'était un secret. Elle ne veut pas qu'il revienne, elle ne veut pas que son père revienne cette nuit dans sa chambre, elle a peur de dormir. Elle se demande si elle doit en parler a sa mère. Au 310 de l'immeuble de la rue des pyrénées, celui un peu sur la droite quand on rentre dans la cour de l'ensemble où sont situé les trois adresses, au 310 donc de cet immeuble, au troisième une femme prépare un tiramisu. Pour ces enfants. Pour qu'ils soient heureux. Le café, l'important c'est de faire du café très fort. Elle a hâte de revoir ses enfants, ils viendront demain comme tout les dimanches. Les garçons reviennent toujours manger chez leur mère, c'est ce qui est bien avec les garçons. Au 308, la femme se demande ce que serait devenu sa fille si elle n'était pas morte. Elle ne serait plus seule aujourd'hui. Son mari l'a quitté quelques années après que leur fille unique soit morte. Il doit avoir d'autres enfants maintenant. L'enfant qui habite au 308 est un peu terrorisé dans son lit, elle voudrait dormir mais elle ne peut pas. Elle a tellement peur. Il faut qu'elle parle a sa mère, elle va devoir lui dire, il faut aider son père. Il semble si malheureux. Elle doit parler a sa mère. Au 310, la femme pose un plat sur son tiramisu pour bien le tasser. Il sera bien meilleur demain après avoir passé la nuit dans le réfrigérateur. Elle pense a ses deux garçons, a l'amour qu'elle a pour eux et comme elle attends chaque dimanche, qu'ils viennent la voir. Elle boit un verre d'eau dans sa cuisine. Elle aimerait être a demain.

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312

Publié le par drink 75

Au 312 rue des pyrénées, un homme heurte les touches d'un clavier d'ordinateur portable. Il boit une gorgée de kir de temps en temps. L'homme rédige son journal comme chaque jour. Voici ce qu'il écrit. " 28 Avril. Les dépressifs tentent de se suicider pour briser le tourment, parce qu’ils n’en peuvent plus. L’alcoolique ne boit pas pour effacer la douleur mais pour retrouver l’ivresse. Juste parce qu’il s’habitue à vivre dans un monde parallèle, car il n’aime que l’ailleurs. Plonger dans l’inconnu, s’oublier, ne plus savoir ce que l’on fait, ce que l’on va devenir. Je ne tire aucune gloire à picoler énormément mais je ne me sens pas coupable. Je veux juste boire des coups et jouer aux cons. Ne plus espérer, ne pas vouloir s’en sortir, juste boire. Nous étions dans un état assez difficile à décrire, les estomacs remplis d’alcools. Nous marchions dans le froid pour nous revigorer un peu. Ben ne parlait pas et je n’essayais même pas de tenir une conversation avec lui. Après une demi-heure de marche, mon état s’est un peu amélioré, pas beaucoup plus haut que le niveau de la mer mais je me sentais un petit peu mieux. Nous nous sommes arrêtés devant un bar qui semblait ouvert. Il se faisait déjà tard et ceux qui avaient commencé la soirée assez tôt brandissaient le drapeau blanc et rassemblaient de l’énergie pour parvenir à rentrer chez eux. Pour les noctambules, la soirée ne faisait que démarrer. Nous avons pénétré dans ce lieu ou il y avait de la lumière à défaut d’avoir de la vie. Tous les gens se regardaient comme si des tueurs de la mafia rôdaient dans le coin. Je compris immédiatement que ce n’était pas une bonne idée d’être venu ici. Je n’avais malheureusement pas le courage de repartir. Le portier nous a regardé comme si nous avions la lèpre et que nous allions lui refiler en nous approchant à moins de cinq mètres. J’ignore encore aujourd’hui les raisons pour lesquelles il nous a laissé rentrer. Nous donnions sans doute l’impression d’avoir de l’argent. J’essayais de me souvenir comment était le quartier de la bastille quand j’étais jeune. Tous les cafés du coin étaient devenus comme celui-ci, des lumières tamisés pour faire intime, une musique hurlante à réveiller les morts pour être sûr que les clients ne somnolent pas et continuer de consommer et fasse tinter le tiroir-caisse, un portier pour donner l’impression que c’est un endroit chic réservé à une élite et des serveuses dont on veut nous donner l’impression qu’elles ont renoncé à une carrière de mannequin pour avoir l’insigne honneur de nous servir des cocktails aux couleurs criardes. Le lieu était fréquenté par des types habillés comme s’ils avaient à peine de quoi manger et qui brandissaient aux bouts de leurs doigts des clés de voitures sans doute pour montrer aux filles qu’ils avaient une voiture pour les raccompagner. Les filles avaient trop peu de personnalité pour que je puisse en dire quoi que ce soit. Je suis resté ainsi pendant plusieurs minutes à observer autour de moi. Nous étions accoudé au comptoir et je me suis dit que je boirais juste un petit verre. Nous avions un peu de route avant de rentrer à la maison et je me dis qu’il faudrait prendre un taxi. Je me sentais déjà dans une autre dimension et j’avais l’impression qu’un nouveau verre me serait fatal. Je voulais m'en aller mais je voulais boire un verre. La musique était du domaine de l’insupportable. Je sirotais ma bière en regardant dans le vide, la serveuse derrière le bar me regardait d’un air sévère comme si le fait que je sois en face d’elle était déjà un crachat à sa face. C’était cela le nouveau Paris, tout le monde voulait faire son trou et pensait que le mépris était un marchepied. Benoît s’ennuyait prodigieusement, il n’y avait pas de mecs à draguer. J’aime le côté galvanisant dans l’alcool, cette impression que l’on ne baissera jamais les bras, ce désir de tout renverser, cette idée qu’on sera toujours plus fort. Oui j’aime ça ! Oh mon dieu, j’aime l’alcool, oh j’aime…C’est curieux quand vous buvez, vous pensez à des gens auxquels vous ne pensiez plus, comme si cela enclenchait la machine à souvenir, comme si les pensées dérivaient enfin libérés, comme si la douleur s’estompait…Et je voudrais ne plus boire, ne plus penser, ne plus être moi-même, ne plus comprendre…". L'homme pose son verre et se dit qu'il faudra un jour que son journal parle d'autre chose que d'alcool. Un autre jour peut-être.

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313 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Au 313 rue des pyrénées une femme regarde l'homme qui est allongé dans le lit. Elle sait qu'il sera bientôt mort. Elle n'a pas de chagrin, elle n'y arrive pas. Elle ne peut pas imaginer la vie sans lui, elle ne peut pas. Elle se remémore leur rencontre et comme ils se sont tout de suite aimés. C'était il y a si longtemps, c'était hier, elle se rappelle ce visage qu'elle a aimé il y a si longtemps, il n'a pas changé tant que cela. Il sera bientôt mort. Il sent la main de sa femme dans sa propre main, il sait que ce sont ses dernières heures.Les dernières heures. Il aimerait lui dire de ne pas être trop triste, mais il n'a plus trop la force. C'est peut-être sa dernière soirée, peut-être sa dernière nuit, c'est donc ainsi que tout cela va se terminer. Il pensait qu'il saurait quoi lui dire mais il n'a plus tellement la force. Il doit accepter que tout soit terminé. Elle le regarde, il semble apaisé, depuis quelques jours il semble ne plus vouloir se battre, depuis quelques jours il veut que tout soit terminé. Elle aimerait le garder encore près de lui, elle aimerait continuer de lui parler chaque jour, de le regarder encore un peu. Elle continue de tenir sa main, elle continue de serrer sa main pendant qu'elle est encore un peu en vie. Il se sent comme apaisé désormais, il sait qu'il va mourir, mais il se sent apaisé, comme dans un soulagement, comme s'il ne pouvait espérer mieux de la vie. Elle le regarde alors qu'il tient a peine ses yeux ouverts. Il la regarde car c'est la dernière chose qu'il verra sur cette terre et ce sera elle. Au 313 rue des pyrénées, un homme va bientôt mourir. Bientôt mourir.

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314

Publié le par drink 75

C'est le 314 rue des pyrénées, au quatrième étage, il regarde la corde qui se balance et qu'il a accroché au-dessus de la douche, il lit et relit les analyses de son laboratoire médical et comprend que c'est fini désormais. Il devrait dire au revoir aux gens qu'il a aimé tout au long de sa pitoyable vie. Il devrait. Au 314 rue des pyrénées, au premier étage, une femme regarde et regarde encore la vidéo du dernier match de son équipe, elle est entraineur et analyse encore et encore, elle regarde les enchainements tout ces mouvements travaillés a l'entrainement, elle repère bien les problèmes comme les sorties de mêlées et la fluidité entre les arrières et les avants. C'est le 314 rue des pyrénées, c'est une vie qui continue, des gens boivent des verres, des gens poursuivent ce qui bientôt sera réduit en poussière et qu'on appelle la vie. Un homme frappe sa femme, peut-être qu'il a bu, peut-être pas, un homme frappe sa femme alors que celle-ci a la visage recouvert de larmes, alors que celle-ci le supplie d'arrêter. Il sait qu'elle continuera de l'aimer, il sait qu'elle ne lui en voudra pas, alors il frappe, pour passer sa mauvaise humeur, il frappe pour montrer qu'il commande et qu'elle doit le respecter. Un enfant lit un livre un peu plus haut, un peu plus bas dans l'immeuble du 314 rue des pyrénées, un enfant lit un livre pour essayer d'oublier ce qu'il subit au lycée. Ce qu'il subit a la maison. C'est le 314 de la rue des pyrénées, c'est un immeuble comme un autre, ce sont des vies comme des autres, c'est le 314.

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315 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

J'ouvre les yeux. C'est quoi cet appartement, c'est quoi ce lit ? J'ai trop bu et il me faut quelques secondes pour comprendre que je suis chez une de mes pseudos maitresses, depuis que la seule femme que j'aimerais réellement dans ma vie est partie, je passe des nuits dans le lit de femme accueillante. Nous sommes au 315 rue des pyrénées, un peu avant le carrefour avec la rue de ménilmontant. J'ai trop bu la veille puis je l'ai appelé, dans un de ces moments ou la solitude me givre le coeur et le corps. L'affaire est en train de m'échapper, je n'ai plus aucune idée, l'affaire est en train me bouffer le cerveau. J'ai lu et relu tout le dossier pendant le week-end. Chez moi, j'ai revu chaque photo, tourné chaque page du dossier. J'ai vu le visage de louise, j'ai vu les plaies sur le corps de louise, j'ai vu la douleur dans les yeux de louise, j'ai vu la mort sur le visage de louise, j'ai cherché encore et encore, j'ai lu encore et encore, j'ai relu encore et encore, j'ai essayé de trouver encore et encore. La femme bouge un peu dans le lit, je me lève et me rends dans le salon pour récupérer mon paquet de clope. Dans la cuisine j'en allume une alors que je fais couler le premier café de la journée. Il n'est pas six heures du matin mais je sais bien que je ne dormirais plus, je sais bien que ma nuit est terminée. Je regarde le jour qui se lève par la fenêtre, la rue des pyrénées qui se lève, des camions déchargent leur marchandise dans le petit matin pour le supermarché d'en face, je devine la silhouette de louise qui rentre chez elle, je devine la démarche de louise un peu ivre après une nuit a danser et boire, je voudrais ouvrir la fenêtre et la héler dans la rue, j'aimerais la rejoindre et la protéger, j'aimerais l'aider a rentrer chez elle. Je ferme les yeux. Je sais que louise va me hanter jusqu’à ma mort, je repense aux photos. Je n'arrive pas a l'oublier. Je n'arrive pas. Je vais retourner chez elle, je dois trouver son meurtrier. Je dois trouver ton meurtrier.

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316 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

L'immeuble du 316 rue des pyrénées est concomitant au 318 rue des pyrénées. Un homme est assis dans un canapé dans la salle a manger de sa mère. Un homme qui vient de sortir d'un hôpital psychiatrique en banlieue parisienne relit des extraits de son journal, écrits pendant ces journées a l'hôpital. "Je vais partir, je vais sortir, je vais retourner dans la ville, le premier truc que je fais c'est boire une bière en terrasse, le premier truc que je fais c'est poser mon gros cul rouquin sur une chaise et commander une putain de bière en terrasse. Place des grandes rigoles. Même s'il gèle, même s'il fait un froid de gueux, je m'assieds sur une chaise et je commande une bière que je bois en prenant tout mon temps. L'infirmier vient me reparler de sa secte et je l'envoie même pas se faire foutre. Une fille alcoolique que je connais un peu arrive dans le service. Elle part dans une semaine pour un établissement spécialisé dans le sevrage, un endroit vers Brest je crois. On parle un peu, elle me propose les clés de son appartement. Le souvenir de cette fille me revient, ça mets un peu de temps mais ça me revient, pendant quelques jours, alors que je m'étais embrouillé sévère avec elle, j'ai traîné un peu en ville. Et elle m'a proposé de venir squatter chez elle quelques temps. Jamais vu une alcoolique pareille. Elle ne jetait jamais aucun alcool. Elle gardait le fond des verres et les déposait amoureusement dans son frigo. La nuit parfois elle se levait pour finir un verre. On avait baisé un peu. Il me semble qu'il faisait si froid dans son appartement, qu'elle était monté sur moi avec mon perfecto sur les épaules. Je me souviens que le va et vient de ses hanches allaient de pair avec le bruit de mon perfecto bien trop grand pour son petit corps frêle qui venait heurter mes cuisses nues. J'ai regretté qu'elle arrive juste avant mon départ car on pouvait discuter avec elle. Ça passait le temps. Dès son arrivée, elle s'est mise a la colle avec un grand type un peu flippant, je ne sais plus s'il était alcoolique ou drogué, il venait d'arriver quelques jours auparavant, mais je l'avais plutôt évité, il me semblait dangereux sans que je sache trop pourquoi. Les histoires amoureuses occupaient une grande partie du temps en psychiatrie, a force de regarder des niaiseries a la télévision, les pensionnaires de l'étage reproduisaient les schémas crétins vu dans des séries ahurissantes de conneries." L'homme tourne les pages de son journal. Je lis beaucoup, je viens vite a bout de la bibliothèque de l'hôpital. Il n'y a rien d'intéressant en littérature. Alors je me rabats sur les policiers, c'est vieux et c'est sans intérêt mais ça passe le temps. En psychiatrie, on a un temps incroyable, on a même que ça, mais on ne peut rien en faire. Pas de supers livres a dévorer, pas de films a voir au cinéma, aucun pote avec lequel tenir des grandes discussions philosophiques, enfin bref on s'emmerde comme c'est pas possible. Je lis des romans policiers sans intérêt, je regarde des images défilées sur l'écran d'une télévision, je joue toute la journée au tennis de table avec un adolescent obèse qui joue tellement mal que c'est presque un art. Une semaine qui semble une année. L'homme regarde les images sur la télé, sa mère à côté de lui semble comme aimanté. Il se demande ce qu'il va faire. Il se demande ce qu'il va boire.

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