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322 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Au 322 rue des pyrénées, l'homme écrit sur son ordinateur. Chaque jour qui se lève est un lendemain de cuite et l’entame de la matinée se révèle une tentative assez pitoyable de reconstituer la chronologie des événements de la veille. C’est un peu comme un puzzle ou il manque la moitié des pièces et qu’on ne pourrait pas terminer. Il semble impossible de se remémorer la nuit précédente. La mémoire ne fait pas partie du quotidien quand on picole dur. Il ne reste que des images entourées d’un épais brouillard comme si le cerveau refusait d’enregistrer tout ce qu’il subit. Il ne reste souvent qu’une bouillie d’émotions, d’images mélangées, de phrases disparates. La vision du myope sans ses lunettes. Des souvenirs un peu flous. Je sais bien que mon esprit s’épuise de ces défaites répétées, de ces glissades sans retenue. Rien ne me rend plus vivant que de boire. J’aime l’agonie, ce volcan qui bouillonne en moi, mais je n’ai pas de bouée de sauvetage quand je coule à pic. Je suis un fantôme qui erre de corps en corps, sans jamais parler, sans jamais s’exprimer, sans jamais communiquer. C’est ma ligne de vie, descendre des verres sans se rebeller, juste pour se sentir bien pendant quelques heures. Pourquoi ne peut-on atteindre la légèreté quand on est totalement ivre ? Plusieurs fois dans ma vie je n’ai pas basculé, je suis resté au bord du gouffre, aérien, léger, juste sur la crête. Rester debout. Je ne suis jamais à la hauteur de mon alcoolémie. Forcément, je suis toujours décevant. Je me glorifie de petites scènes sans envergure. C’est juste une vie qui s’écoule au rythme de mes failles. Je bois. Je picole comme d’autres respirent. Et je ne peux m’empêcher de boire, je ne peux éviter de faire le malin, je ne peux retenir mes pulsions dévastatrices. J’ai toujours pensé que nous vivions dans des mondes beaucoup trop civilisés et qu’il fallait bien trouver des vices pour tromper l’ennui. Alors je cherche, et plus je vieillis, plus je m’enfonce vers l’inconnu. C’est sans doute la seule chose qui me retienne en vie, cette suite d’aventures qui ne revêt aucun sens. Quand je ne sais que faire, je bois des verres et ça me passe. C’est une habitude pour tromper l’ennui, pour contourner l’ennemi, pour éviter d’avoir à vivre. Boire c’est aussi savoir que l’on ne pourra jamais garder sa place à la table principale. Boire, c’est ne plus avoir d’existence sociale, ne plus rien prendre au sérieux, ne pas adhérer à tout ce cirque, et rire de l’incompréhension de ceux qui ne boivent pas. Boire c’est ne pas avoir d’illusions, c’est dévorer la nuit, être toujours à la limite de l’équilibre. Boire c’est ne plus faire partie du monde des vivants et ne pas s’en soucier. Voilà ce que nous sommes devenus. Juste bon à boire des verres, alignés les cuites comme des trophées de chasse, boire encore et toujours. Nous attendons qu’il se passe quelque chose et seule l’ivresse est au rendez-vous.

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