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232 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 232 de la rue des pyrénées, un homme pose le pistolet qui tout à l'heure lui permettra d'en finir avec la vie. Il s'installe devant son ordinateur dans son petit appartement. Il ouvre sa boite mail et inscrit trois noms de destinataires, les deux salariées et la trésorière de l'association dont il était président. Il lance son regard sur le courrier du tribunal qu'il a punaisé au mur comme une explication pour ceux qui trouveront son corps. Un courrier qui indique qu'il doit des dizaines de milliers d'euros. L'homme commence la rédaction de son mail. " Mes très chères (oh combien) salariées, ma chère trésorière, j'essaie de me souvenir comment je suis devenu président, et pour quelles raisons. Je me souviens, mes chères, oh combien très chères salariées, comme vous êtes venues me supplier de devenir président, puis comme vous m'avez demandé de le rester quand les finances de la structure et l'ambiance délétère entre vous, me poussait a rendre mon tablier. Je suis donc rester pour gérer la merde, puis je suis allé seul au tribunal pour liquider cette association que nous avions tous portés ensembles, et puis j'ai liquidé les biens avec le commissaire priseur et maintenant je suis seul, comme depuis que tout est fini, depuis que je vous ai vu une dernière fois pour vous aider dans vos démarches afin d'obtenir vos indemnités et les meilleures conditions pour votre chômage. J'ai su depuis que l'une avait obtenu son diplôme puisqu'un aménagement de travail lui avait permis d'étudier la dernière année (payée temps plein en  travaillant a mi-temps, merci patron), et que l'autre a reprit certains contrats et s'est mise a son compte pour travailler avec nos anciens prestataires. Du matériel a disparu entre l'inventaire que j'avais réalisé et la saisie du commissaire priseur, et je n'ai eu aucune nouvelle de vous trois. Ce que je peux comprendre, c'est pas très marrant de gérer la merde. Aujourd'hui je vous écris juste pour vous apprendre mon décès puisque après la rédaction de ce mail je mettrais fin a mes jours, et je voulais vous remercier de m'avoir donné le courage d'en finir. Si je vous écris ce n'est pas pour solder une quelconque dette mais pour dire que quelque soit la façon dont je vais finir, que ce soit dans un cercueil sous terre ou tas de cendre dans une urne, je vous intime de ne pas vous rendre a une quelconque cérémonie. Je ne veux pas de votre pitié et de votre présence. Je ne peux accepter de vivre comme un clochard pour le reste de mes jours, c'est pour cela que je vais en finir, je n'aurais pas assez du peu qu'il me reste a vivre pour payer les dettes, vous savez ces dettes que vous avez continuée de creuser en voyageant a travers le monde aux frais de l'association alors que vous saviez pertinemment que la situation ne le permettait pas et sans me le signaler. Je ne veux pas de votre pitié et je vous envoie ce mail pour vous assurer de tout mon mépris. A toutes les trois. Mon plus profond mépris. " L'homme appuie sur envoyer. Il prend le pistolet. Il est un peu plus lourd qu'il ne le pensait, un tout petit plus lourd qu'il ne le pensait.

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234 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 234 de la rue des pyrénées, une femme entre dans l'immeuble qui se trouve a côté d'une pharmacie et a mi-chemin entre les intersections avec la rue villiers de l'isle adam et la rue orfila. Au 234 de la rue des pyrénées, un homme exécute quelques pas de danse dans son appartement du second étage, il répète comme s'il s'échauffait, tout d'abord pointe, demi-pointe, et puis il repasse dans sa tête le début de la chorégraphie, il a envie d'espace et pour l'instant il est dans son petit appartement, alors dans son esprit il mime les gestes. C'est un rêve, l'homme est en chaise roulante. Au 234 de la rue des pyrénées, une femme entre dans la pharmacie qui est a côté de l'entrée de l'immeuble, elle vient chercher ses doses d'epo pour son cancer, il va falloir accepter la commisération de la pharmacienne, et elle n'a pas envie de sa pitié. Elle voudrait se cacher comme elle cache son crâne chauve sous un foulard.  Au 234 de la rue des pyrénées, un homme regarde ce qui lui reste a manger, presque rien, demain il n'aura plus rien, la paye est dans 4 jours. Il coupe les courgettes et les tomates qu'il a récupéré dans les cagettes que les maraîchers abandonnent a la fin du marché. Il coupe les tomates en petit morceau et puis il coupe les courgettes en petit morceau, les jette dans un poêle dans un fond d'huile, il attends que ça crépite un peu et puis il rajoute un fond d'eau, ensuite il sale fortement, il recouvre de curry et de paprika, puis il rajoute le riz qu'il a déjà fait cuire et il couvre en baissant a feu doux. Au 234 de la rue des pyrénées, une femme lit et relit les lettres d'amour que lui écrivait un homme, cela semble d'un autre temps, des lettres, ce genre de gestes d'amour que l'on recevait au siècle dernier. La femme lit et relit les lettres d'un homme qu'elle ne reverra plus et dont il ne lui reste que les mots, et dont il ne lui reste que le souvenir. Au 234 de la rue des pyrénées, une jeune fille cherche dans la bibliothèque un livre de bukowsky. Au quatrième étage de l'appartement ou la jeune fille vit avec son père, elle cherche un livre du vieux charles. Pour voir ce que ça raconte. Un homme sort de l'immeuble situé au 234 de la rue des pyrénées, il va vers le bureau de poste qui se trouve près de l'immeuble. Il va voir s'il peut prendre un peu d'argent dans un distributeur. Il sait qu'il ne pourra pas retirer mais il va quand même vers le distributeur. AU cas ou. Même s'il ne pourra pas retirer d'argent, il veut essayer.

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236 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

 

Au 236 de la rue des pyrénées, un homme relit une nouvelle qu'il vient d'écrire. Il est descendu en terrasse du café qui s'appelle "les ours" et dont la terrasse est toujours blindé, la nourriture est quelconque pourtant, peut-être est-ce la taille de la terrasse qui fait cela, très grande, elle fait un arrondi autour du rade le long du 236 de la rue des pyrénées et du bas des escaliers qui prolonge la rue villiers de l'isle adam. L'homme relit une dernière fois sa nouvelle, elle s'appelle funérailles. 

Nous avons enterré la mère de cousine givrée ce matin. Le soleil respirait une certaine joie de vivre, inondant de lumière le cercueil dans le petit cimetière de Gentilly, à la lisière du treizième arrondissement. Le soleil recouvrait une dernière fois le corps d'une femme qui ne l’a jamais beaucoup vue, même en rêve, la lumière. La mère de cousine givrée était ma tante. La sœur de ma mère. Elle est morte comme Maryline m'avait dit une de mes sœurs la veille, on ne sait pas si elle s'est suicidée ou si c'est un accident. Trop de médicaments, trop d'alcools. La mère de cousine givrée était alcoolique, dépressive, droguée. C'était comme la version négative de ma mère. Elle était aussi triste que ma mère était gaie, aussi pessimiste que ma mère était optimiste. Cousine givrée, ma cousine, ma sœur, ma meilleure amie, mon autre moi, me tenait la main. Une larme gelait sur le bord de sa joue. La neige à nos pieds, dans le cœur de l'hiver, nous regardions le cercueil descendre dans le caveau familial. Ma tante rejoignait ses parents. Le soleil commençait à décliner, le temps était légèrement plus sombre quand nous sommes partis du cimetière.

Il y eut un beau moment ridicule, en fin de matinée, avant la messe. Cousine buvait un café, assise sur un tabouret dans la cuisine aux cotés de ma mère, qui sirotait un thé. Je m'enfilais la cafetière pour me réveiller debout contre l’évier. Le tic-tac de l’horloge qui n’est jamais à l’heure mais qui fait un bruit à vous hérisser les taches de rousseur sous les poils résonnait imperturbable dans la cuisine immaculée et baignée de soleil. Dehors le givre fondait légèrement sur le balcon et se transformait en eau qui goutait vers le sol. Nous étions tous les trois, ainsi, perdus dans nos tasses et nos pensées quand ma mère a pris la parole.

- Caroline, – oui cousine givrée s'appelle caroline même si pour moi ce sera toujours cousine givrée - je t’ai toujours considérée et aimée comme mes propres enfants. Aujourd’hui je veux te dire que tu es ma fille. Tu seras comme ma troisième fille, comme mon cinquième enfant. Tu n’es pas orpheline. Ton pauvre père nous a quittés il y a bien longtemps et maintenant que ta mère est partie à son tour, tu n'as plus tes parents. Mais désormais nous sommes ta famille Tu as deux sœurs, deux frères, et tu peux me considérer comme ta mère même si je ne la remplacerai jamais bien entendu.

J 'ai attendu la nuée de violon, le « coupez » du réalisateur mais non elles sont restés figées comme des figurantes du musée Grévin. Du coup j'ai ouvert mon bec pour briser le silence monacal de la cuisine.

- Oh c'est cool tu es ma sœur, j'ai dit à cousine d’un ton guilleret pour détendre l’atmosphère, les deux autres ne faisaient pas l'affaire il m'en fallait une troisième.

J'ai trouvé que ma mère abusait de compter mon frère dans la famille. Il était mort depuis plus de dix ans et elle en parlait toujours comme s’il était vivant. Il faudrait que j'ai une conversation avec ma mère, j'ai pensé, il faudrait sans doute qu'un jour, elle accepte la mort de mon frère. J'entendais ces mots, tu as deux frères, j'entendais cette manière de considérer mon frère comme un être parmi nous. Pour moi, mon frère était un tas de cendres dans une boîte dont j'ignorais même la localisation. Pendant que mon cerveau turbinait dans la rancœur contre un être mort, pendant que je me demandais si je n'étais pas un peu jaloux, ce qui me semblait crétin, pendant que je me posais toutes ces questions vaguement existentielles, cousine s’est levé en même temps que ma mère et elles se sont tombées dans les bras dans une scène d'un kitsch lacrymal absolu. Alors que ma mère pleurait et que cousine lâchait le débit du Nil en cascades de larmes, j'ai tout à coup repensé a quelques mots de ma mère. Le père de cousine était mort. Je n’avais jamais entendu que quiconque l’ai connu. Je croyais que tante cinglée s’était retrouvé enceinte après une nuit de cuite suivie d’un coït et qu’elle gardait un souvenir pour le moins brumeux voire fumeux du gugusse en question ce à quoi personnellement je ne pouvais lui tenir rigueur étant moi même assez limité en souvenir de visages féminins suite à des cuites carabinées. Ma sœur ainée est arrivée dans la cuisine avec un sourire figé comme si elle avait pris une infusion de cœur de palmier un peu trop relevé. On aurait dit qu’elle planait, elle avait peut-être sniffé un peu de boulghour pour se donner du courage, vu qu'elle ne picolait pas et ne prenait aucune drogue, je la soupçonnais de se shooter à diverses plantes et infusions. Et pour faire bonne figure, ma seconde sœur a suivi derrière, pleurant elle aussi. Je suis resté interdit, regardant d'un air ahuri les 4 femmes pleurant dans les bras les unes des autres, en me demandant s'il ne restait pas une petite goutte de calva dans le placard à alcool pour agrémenter mon café. Je me sentais las et fatigué. J'avais besoin d'un remontant Je suis sorti de la cuisine avec l'impression que la journée serait longue et déprimante.

Pendant la messe d'enterrement, je me suis demandé si j’avais jamais eu une conversation à peu près cohérente avec la mère de cousine ces dernières années. Mon père, je me souviens, toujours caustique, m'avait dit un jour : « tu dois faire attention fiston quand elle allume une clope ta tante, mets toi un peu à l’abri, elle a tellement d’alcool dans le sang qu’un jour elle va s’enflammer comme un pipeline ». Je l’ai toujours connue entre deux cuites, entre deux gueules de bois, entre deux traitements, entre deux, toujours entre, jamais dans la vie, jamais dans le futur, jamais tournée vers l'avenir. Il fallait la voir à 10 heures du matin s’enfiler un blanc sec avec deux Prozac et tituber de son lit à la salle de bains avec la démarche chaloupée et improbable que l'on a parfois au petit matin quand on sort d'un bar où on vient de picoler toute la nuit. La famille fermait les yeux, toujours, c'est comme ça qu’ils sont tous morts, la famille souriait, rigolait, planait, vivait. Ma mère ne disait jamais rien à sa petite sœur, acceptait tout, allait la récupérer dans tous les états, dans tous les endroits, sans jamais lui faire la morale. Le soir de sa mort, cousine m'a dit qu'elle trouvait que c'était mieux ainsi, que sa mère avait assez souffert dans sa vie. Je crois que j'ai compris. Ma tante était un être qu'on ne pouvait sauver. Je l'avais toujours considérée comme une femme à la mer, et on pouvait lui lancer une bouée de sauvetage, on aurait dit qu'elle trouvait un malin plaisir à ne pas l’attraper, et à se laisser couler à pic.

La veille des funérailles, nous avons pas mal picolé et fumé avec cousine. Je restais avec elle depuis l'annonce de la mort de ma tante. Nous avions quitté chacun nos minuscules placards à balais qui nous servaient d'appartement pour nous retrouver dans la petite maison de banlieue de ma tante. Cousine était son seul enfant. Elle m'avait dit qu'on pourrait habiter tous les deux dans cette baraque en colocation comme des frères et sœurs que nous étions. J'étais un peu réticent à l'idée de vivre en banlieue, j'ai toujours vécu à paris, je ne franchis que rarement le périphérique. Il y a le métro avait souligné cousine, c'est pas tout à fait Paris mais c'est plus vraiment la banlieue, elle avait ajouté. Nous avions pas mal bu, comme d'habitude, Caroline avait fumé quelques joints. Pour ma part je ne fumais pas. Je n'avais aucune appétence pour les drogues. L'alcool me suffisait bien. Un peu ivres, nous avons ouverts quelques boites de photos, retrouvant des images de nous dans une autre vie, une autre dimension. Ma tante avait toujours son visage un peu triste, ou totalement exalté sans doute sous l'effet d'un médicament, d'un peu de drogue ou de quelques alcools. A moins que ce ne soit un mélange de tout ça. Caroline s'est mise à pleurer en souriant, jetant des larmes sur les photos. Nous regardions défiler la vie de sa mère, notre propre enfance, ne sachant trop comment réagir, ne sachant trop comment nous soutenir. Je crois qu'elle s'est mise à pleurer après que j'ai dit quelque chose qui se voulait optimiste. J'étais bien incapable de m'en souvenir, la seule chose dont j'avais l'absolue certitude quant à cette soirée, c'est que j'avais un mal de crâne carabiné.

Cousine monte dans le fourgon avec ma mère et une de mes sœurs, je descends vers le cimetière qui se trouve a une dizaine de minutes à pied accompagné d'Ely une des amantes régulières de ma cousine.

- Tu crois que c'est un suicide ? elle me demande alors que nous passons devant le centre d'hébergement de la mie de pain ou quelques dizaines de types font déjà la queue pour obtenir une place pour la nuit. 

- On ne sait pas trop, on l'a retrouvé avec une bouteille de vodka et des médicaments au pied de son lit, mais qu'est ce que ça prouve. Je crois qu'elle essayait de se tuer depuis des décennies.

On débouche place de l'abbé Georges Hénocque. A l'endroit où Pierre Goldman fut assassiné par le groupe honneur de la police, Ely se demande tout haut comment Caroline va s'en remettre. On continue de descendre vers Gentilly.

- Ta tante s'est toujours prise pour un être tourmenté, il aurait peut-être fallu que quelqu'un lui explique la vie, elle souligne avec son délicieux accent. Au lieu de la regarder s'enfoncer comme des spectateurs, il fallait lui mettre deux baffes dans la tronche. Mais vous ne savez pas faire ça dans votre famille, vous respectez tellement la vie des autres, que vous laissez les gens mourir.

Je la regarde, surpris, alors qu'on passe sous le pont du boulevard extérieur et qu'on débouche poterne des peupliers.

-  C'est comme toi elle reprend, tu trinquais toujours avec elle, tu n'as jamais essayé de l'aider. Tu devrais faire attention à Caroline au lieu de picoler avec elle, n'oublie pas que ce n'est qu'une enfant. Ne fais pas comme ta mère avec ta tante, ne lui passe pas tout.

-  Elle est majeure, Caroline. Vous la prenez toutes pour ce qu'elle n'est pas.

Nous entrons dans le petit cimetière de Gentilly ce qui met fin à la conversation. Je reste à l'entrée, attendant le fourgon, et je regarde la jolie géorgienne qui continue d'avancer au milieu des tombes. Mon regard se perd dans le ciel anthracite alors que les questions se bousculent et restent sans réponses.

La veille, déjà, ma sœur est venue me parler . Nous étions sortis de la chambre funéraire et fumions une cigarette dehors. Le vent nous ramenait à la réalité après la froid et le silence de la pièce où, allongée dans un cercueil, ma tante attendait la nuit. Mon autre sœur et ma mère étaient restées avec Caroline, qui semblait vouloir camper là. J'avais taxé une cigarette à ma sœur qui m'avait demandé surprise si je fumais à nouveau. Seulement, pour les grandes occasions, je lui ai expliqué.

- Tu dois t'occuper de Caroline, m'a dit ma sœur. Tu es la personne la plus proche d'elle. C'est une orpheline. Sa mère était malade et Caroline aussi est malade.

J'ai haussé les épaules en tirant sur ma clope.

- Tu ne veux pas l'accepter mais elle souffre des mêmes symptômes que sa mère.

- Qui sont ? J'ai demandé d'un air bonhomme en connaissant très bien la réponse.

- Elle est maniaco-dépressive, bipolaire, appelle ça comme tu veux, mais elle est malade, tu le sais. Tu n'es pas capable de t'occuper de toi, a soupiré ma sœur, mais j'ai comme l'impression que tu peux t'occuper de ta cousine.

Je voulais répliquer mais cousine givrée, mon autre sœur et ma mère sont sorties dans la cour à ce moment-là. Alors j'ai jeté ma clope a terre en souriant niaisement, j'ai fait un clin d'oeil à ma cousine qui pleurait à chaudes larmes, elle m'a prise par le bras et nous sommes sortis dans la rue glacée de la fin de l'hiver.

Comme ma mère et cousine me l'ont demandé, je lis un texte devant le cercueil de ma tante, avant la mise en terre, un truc qui parle de résurrection. De la buée sort de ma bouche dans le froid intense de la fin de la journée. Le jour se grise déjà. Quelques instants plus tard, le cercueil descend dans le caveau familial, j'ai une vision de ma tante, buvant un dernier verre avant la mise en bière. Nous sommes tous un peu engourdis par le froid, ma mère explique à la cantonade que tous ceux qui le désirent peuvent venir chez elle pour se réchauffer, manger un peu, boire une boisson chaude. Picoler oui, je me dis dans ma tête. Caroline me sourit, chacune de mes sœurs lui tient un bras, j'ai envie de boire un verre. Très envie.

La veille, nous finissons par nous coucher un peu avant l'aube. Nous savons déjà que le lendemain, nous tiendrons une bonne gueule de bois, sauf qu'au lieu d'aller bosser, il faudra enterrer ma tante. Caroline dort tout près de moi dans le lit, sa main posée sur mon bras, je prendrais bien un peu de lithium si je pouvais dormir, je prendrais bien un peu de son malheur si je pouvais l'absorber. Elle dort mais on dirait qu’elle a encore des traces de larmes sur le visage. Je ne parviens pas à dormir, j'ai l'énergie de l'alcool et ça me carbonise le peu de neurones qui me restent, je sens des petites particules de haine qui dégringolent le long de mon échine. La rue des Pyrénées résonne des bruits de la fin de nuit, des morsures de cuites qui ne veulent plus en finir, comme le dernier râle d’une génération à l’agonie. Je regarde Caroline, les soubresauts de son visage, sa respiration qui siffle dans mes oreilles, son cœur sur ma bouche. Je me demande comment je peux ressentir autant d’émotions pour les gens et aussi peu d’amour. Cousine me dit nous sommes pareils, identiques, nous n’avons aucun sentiment, aucun amour, nous n’avons que de l’émotion brute et fulgurante. Nous sommes comme ces feux de forêts qui jamais ne s’apaisent, qui brûlent et puis meurent, épuisés. Nous alignons les filles avec la constance qui sied à notre âme tourmentée, comme pour nous rassurer, mais nous n’avons aucune envie, aucun désir, nous ne voulons rien. Nous sommes deux solitaires qui ne supportent que la présence de l'autre. Je me lève, j'erre dans l’appartement. Caroline m'a dit avant de dormir qu'elle pensait à partir loin, fuir la ville, le souvenir de sa mère. Elle a rajouté aussitôt vivre sans toi ça va être terrible mais c’est peut-être un bien. Pour finir tu es la seule personne que j’aime comme ça, t’es le seul gars qui me fasse autant rire, pleurer, et t’es le seul type qui paraisse aussi normal et qui soit aussi cinglé. Je suis le seul mec que tu fréquentes j’ai dit, t’as pas de points de comparaisons. J’ai pris quelques siècles en quelques phrases et je me suis dit maintenant je vais me laisser vivre, errer, je vais me laisser dériver. Elle m'a dit je veux que tu apprennes à pleurer. C’est pas de ta faute si tu ne sais pas pleurer, on ne t’a jamais montré. C’était avant qu’elle s’endorme, on jacte allongés sur son lit, elle me dit reste dormir là, reste près de moi, je vais partir vite, dans l’urgence, je dois partir. Nous sommes ivres et défoncés. Elle pleure un peu avant de s’endormir, je ne la reconnais plus c’est comme si la mort de sa mère lui avait enlevé toute légèreté. Sa mort c'était un poids, c’était comme une épave, mais une épave triste, on était dans le dur, dans la chronique d’une mort annoncée. Je me demande si nous n'en faisons pas trop. Le problème elle me dit c’est que tu ne prends rien au sérieux, et que tu ne peux jamais rien prendre au sérieux. On est pas dans le pathos là je dis. C’est lequel des mousquetaires ça Pathos ?.elle demande. Et puis on s'esclaffe comme des enfants que nous ne sommes plus ou que nous serons toujours, c'est selon. Elle dort, je la regarde une dernière fois et je me dis je suis de plus en plus seul. Les absents dansent autour de moi, je ne sais pas si c’est ça la vie, errer avec des ombres, des morceaux d’images dans la tête, des bribes de voix dans les oreilles.

Nous sommes une petite trentaine de personnes chez ma mère pour la collation qui suit l'enterrement. C'est comme si on voulait se retirer une chape de plomb. L'armure du deuil. Je retrouve ma cousine devant un verre de vin et je lui tends le mien pour qu'elle le remplisse. Les gens mangent un peu, mes sœurs et ma mère sont dans la cuisine et moi j'erre un peu dans l'appartement. Je finis sur le balcon pour fumer une cigarette. Je retrouve Ely qui fume cigarette sur vin rouge.

 

- Tu m'as trouvé dure tout à l'heure ? Elle lâche comme si on continuait notre conversation d'après messe.

- Non, je réponds. C'est toujours fascinant dans les enterrements, chacun assène son point de vue. C'est étonnant cette propension à trouver la vérité dans la mort.

Elle me regarde un peu surprise par mon agressivité. Je suis fatigué, j'ai la gueule de bois, je viens d'enterrer ma tante, je crois que je n'ai plus la patience de recevoir les leçons de morale et les conseils de quiconque.

- Tu es la personne la plus proche de Caroline, constate Ely comme si c'était une catastrophe, je crois que tu peux l'aider. C'est tout ce que je voulais dire. Tu prends tout mal, elle dit fataliste avant de vider le contenu de son verre

- Tu es jalouse de moi, je réplique.

- Tu es jaloux de moi, elle répond.

Caroline arrive sur le balcon avec une bouteille de vin et en profite pour remplir nos verres.

- Alors les amoureux, elle dit en ricanant sachant bien les antagonismes crétins que nous ressentons l'un pour l'autre Ely et moi, vous discutez de quoi ?

- On ne discute pas, je lui explique pendant qu'elle me verse un verre de vin, on s'engueule.

 

Des litres de désespoir sur l’asphalte. Des kilomètres et des kilomètres de larmes… Regarder droit devant. Tenir le volant. Nuit noire sur l’autoroute endormie. Cousine givrée à côté de moi qui regarde la route comme si ces yeux pouvaient percer un je ne sais quoi de pathétique. Prends quelque chose... prends quelque chose. Tu crois que c’est grave un cancer du poumon ? Je ne sais pas ce qu’est grave. Tu crois que c’est grave un cancer des os ? Je ne sais pas ce qu’est grave. Tu crois que c’est grave les deux en même temps ? Je sais plus là, arrête tes questions. Rail de coke sur les toilettes des chiottes. On est là, on ne sait pas, on fait quoi, on ne sait plus. Tu vas lui parler, dis, tu vas lui parler. Plus vite, plus vite. 20 ans plus tôt les couloirs de l’hôpital, les lumières crues, sur les murs blancs sang. Mon père derrière moi. Mon père est mort et je suis vivant. Le silence de l’hôpital, assourdissant, je sais bien que frère connard est mort en marchant dans ces couloirs de mort. Je sais bien. Cousine givrée à genou sur le carrelage de la cuisine, qui vomit des larmes, de la merde, de la bouffe, de l’alcool. Famille de dépressif, famille de bistrologue, qu’est ce que tu veux, vos foies pourris, plus alcooliques et givrés. Toujours plus à chaque génération... La route, un peu de pluie, mon seul réconfort, ce temps un peu maussade. Les villes endormies qu’on traverse, on voudrait dans l’ivresse mais non à jeun. Saint-Malo enfin, pluie, vent, frisson. A peine un pied dans la baraque, on vous sert déjà à boire, cousine givrée qui ne veut plus picoler. Toi tu ne sais pas. Faut que tu parles, mais dire quoi bordel, crever le silence, expliquer l’absence, tu bois une gorgée d’eau de vie de cidre, ça te brûle de partout, ça te donne envie de rire et pleurer de partout. Tu regardes les gens qui te regardent, tu ne dis rien, tu ne sais pas parler, tu ne sais pas pleurer. Tu es hors de la vie, tellement, tu es tout de travers. Sans espoir de retour. Le lendemain, cousine givrée à côté, une galette saucisse dans le ventre, pluie, et brouillard, Quiberon, le bateau, belle-île. Brouillard, flotte, le bateau, cousine givrée qui dort sur l’épaule. Tu sais comment c’est après, on se demande ce qu’on fait là, on regarde le visage endormi, on regarde la nuit et les ténèbres lactées du roulis de la mer qui nous bercent. On regarde les vagues qui s’écrasent sur les côtes, on devine le sablier qui se vide. Retour sur la terre ferme, encore de la voiture. Boire elle dit, si tu bois plus, tu dors plus, si tu dors plus, tu deviens neurasthénique. Tu deviens chiant, pas drôle, pas fin, chiant et tout ça quoi. Ton corps de merde, qui s’écrase sur du goudron couleur mort. Elle mangeait sa merde, elle disait cela, elle mangeait sa merde. Miracle, tout le monde n’est pas mort. Avance, avance. Traîne ton corps, boire des verres, ne plus voir, ne plus sentir, ne plus gémir. Attendre, attendre. Tu t’écoutes pauvre con, tu marches dans la nuit noire, tu pleures, t’as mal au cœur, mais tu ne dis rien, les gens ne te parlent plus, tu n’es plus de ce monde, tu déposes ta gueule dans la balance. Tu ne sais plus. Des morts, des morts, tu veux traverser le brouillard. Des torrents de dégoûts, tu veux pas disparaître un peu, tu veux pas dis, que je t’entende plus. Ton foutu corps de mort, tes ivresses. Cousine givrée, à genou sur le carrelage, des larmes, des larmes. Courir, courir. Je veux plus mourir, elle dit, au moins tu ne fumes pas toi. Cancer du poumon tu devrais éviter. Ça te viendra par les intestins, toi, la tuyauterie, comme père, grand-père oncle et tout le tralala. Si tu t’en sors je boirais plus. On regarde la route, enfin moi je conduis c’est normal. Belle-île sous la pluie. Son visage fatigué dans le cercueil. Je sais plus quoi dire. On rentre, paris est au loin, faut que je parte, cousine qui dort allongée à l’arrière abrutie de fatigue et douleurs. Moi rien. Je sens plus rien. Je ne sais plus bien. On me secoue, j'ouvre les yeux et je vois Caroline qui me dit qu'il faut que nous nous levions rapidement, on enterre sa mère dans moins de deux heures.

 

L'ivresse m'est enfin tombée dessus, comme la nuit a recouvert le jour. Nous ne sommes plus qu'un petit noyau en ce jour de funérailles. Ma mère lave la vaisselle que mes sœurs essuient en discutant à voix basse dans la cuisine et de façon un peu mystérieuse comme si elles fomentaient un coup d'état. Je suis dans la salle à manger avec cousine, on regarde des conneries à la télé, en mangeant les restes et buvant les fonds de bouteilles. Elle a posé sa tête au creux de mon épaule.

- Je suis orpheline, elle constate d'une voix lasse et pathétique.

- Mais tu sais qui est ton père, je lui demande pour percer ce mystère qui me trotte dans la tête depuis que ma mère en parlé le midi. Et puis tu n'es pas qu'orpheline, je te rappelle que tu as un frère et deux sœurs dorénavant.

- J'ai même deux frères, elle souligne d'un air grinçant.

Je ne pense jamais à mon connard de frère mort, j'ai seulement pensé à lui quand le cercueil de ma tante est descendu dans le caveau, j'ai pensé qu'il aurait dit il fallait vraiment l'enterrer notre tante car avec une incinération on aurait risqué l'explosion. Caroline s'est un peu endormie contre moi sur ce canapé pendant que le robinet à images diffusait des choses indigentes et crétines. La nuit tombe sur la ville.

Nous avons enterré la mère de cousine givrée ce matin. Je ne sais pas si ma cousine se remettra de la mort de sa mère. Nous sommes tous les cinq, ma mère, mes sœurs, cousine et moi. Il est tard, nous devons tous aller nous coucher. Un jour de funérailles, on dirait qu'on ne veut pas que la journée se termine. C'est comme si en ce jour unique, nous étions enfin une famille. Comme si nous voulions que la journée ne se finisse jamais. Ma mère prend la parole.

- Vous êtes tous mes enfants, vous êtes tous autour de moi. C'est un jour d'une tristesse infinie pour moi, ma petite sœur est morte. Mais nous sommes tous ensemble et nous sommes une famille.

Caroline a toujours sa tête contre mon épaule. La nuit a recouvert la ville. Je regarde chacun des membres de ma famille. Et puis je ferme les yeux.

 

 

 

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238 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 238 de la rue des pyrénées, un homme attends devant l'immeuble. Il ne connait plus son nom, il ne sait plus ou il vit, il ne se souvient de rien. Il regarde l'immeuble du 238 de la rue des pyrénées mais il ne se souvient de rien. Il boit une gorgée de rosé mais il ne se souvient de rien, il regarde l'agence immobilière mais il ne se souvient de rien, il regarde la boutique qui vend des bagues et des boucles d'oreilles qui semblent d'inspiration bretonne mais il ne souvient de rien. Il regarde les piétons qui viennent d'une direction, mais il ne sait pas d'où ils viennent, il regarde les piétons qui viennent de l'autre direction, mais il ne sait pas d'où ils viennent. Et ou ils vont ?  Il boit un verre de rosé. Un vin dégueulasse qui fait mal au ventre, un rosé qui fait des trous dans tout l'estomac. Il ne se souvient de rien sauf de ce jour ou son téléphone a sonné pour annoncer que la femme qu'il devait épouser était morte, il ne se souvient de rien sauf de ce téléphone qui sonne. Il ne se souvient de rien. Sauf de cette femme qui est morte, tellement plus jeune que lui et pourtant elle est morte. On dirait que le ciel gronde, on dirait que la nuit tombe, on dirait qu'il ne se souvient de rien. Sauf de sa future femme qui est morte.

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240 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 240 de la rue des pyrénées, un homme assis sur le bras de son canapé dans une pose de sculpteur, lit cette phrase d'emil-michel cioran, philosophe roumain rigolo et optimiste: Il est incompréhensible, il est insensé qu'on puisse montrer un bébé, qu'on exhibe ce désastre virtuel et qu'on s'en réjouisse. Nous sommes le 23 novembre 1998, quand une femme qui vit au premier étage du 240 de la rue des pyrénées, ouvre pour la première fois un livre de kinky friedman, ce chanteur de country iconoclaste qui se présente avec régularité aux élections présidentielles américaines, qui fume des gros cigares et qui est publié chez rivages-noirs, la première phrase qu'elle lit de kinstah pour les intimes est la première ligne de "quand le chat n'est pas la" : "Le cours de danse pour lesbiennes de winnie katz est semblable à Dieu." Une jeune fille aux yeux noisettes qui lit des livres pour oublier que son père est mort, qui lit des livres pour oublier que sa mère est toujours triste, qui lit des livres au 240 de la rue des pyrénées dans le petit appartement du quatrième étage qui donne sur la cour arrière pour oublier que la vie est moins passionnante que la littérature, lit un livre de colas gutman qui s'appelle "les vingt-cinq vies de sandra bullot" et voici la phrase qu'elle est en train de lire :"les plantes ne parlent pas mais il faut leur parler". Dans son journal, a la date du 11 décembre 1905, voici ce que jules renard écrit : "Barrès, sa moelle sous une croûte de pédantisme", et c'est 110 ans plus tard le 8 octobre 2015 qu'une jeune fille de 23 ans qui étudie le théatre dans une faculté quelconque  lit cette phrase allongée dans le lit de sa chambre de bonne du 240 de la rue des pyrénées. Je m'appelle jérome kudra, je suis d'origine tchèque, mon père est né a zizkov un quartier populaire de prague qui ressemble a ménilmontant avec ses rues en pente, je suis assis dans mon petit canapé au 240 de la rue des pyrénées et voici la phrase que je lis, extraite d'un livre de mark haskell smith "je ne supporte plus la vue de ton pénis".

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242 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 242 de la rue des pyrénées, un homme réfléchit. Il est très maigre, il fume pétard sur pétard, sans que l'on puisse y trouver un rapport de cause a effet. Il rédige l'édito de son fanzine. Le numéro dix-huit du 12 pages qui s'appelle, oh je ne sais plus comment il s'appelle et ça me fait chier. Voici l'édito. "Consacré aux ratés, aux projets avortés et aux mauvaises idées qui justifient la vie de ceux qui n'avaient rien à perdre d'autre que leurs chaînes, J'étais un raté est un journal-zine composé de textes improbables farcis des remugles d'une époque révolue pour laquelle notre présent était de la SF qui allait faire de nous de précoces mutants.feuille de route,une démarche éthique, une expérimentation esthétique. Le besoin de réagir devant le déni de nos vies, nos inexistences appréhendéespar des outils statistiques ou nos vécus disséqués par des spécialistes patentés.Nous n’existons plus que sur les modes du miraculeux, du dangereux et dumonstrueux. Nos vies sont pourtant bien souvent ordinaires, et cet ordinaire a finalement quelque chose de plus dérangeant, avec son lot d’ennui, de solitude, de manque de perspective, et du jamais loin du suicide... Des réalités qui ne cadrent pas vraiment avec l’idéologie de la réalisation de soi et de l’adaptation raisonnée aux règles de la société libérale qui nous ferait presque regretter le temps des invasions barbares. Coincés entre les impératifs liés à la survie et les nuances d’une vie au conditionnel, l’envie d’expérimenter de nouvelles formes inacceptables afin d’arracher les concepts à l’œuvre dans la mise à sac de nos vies. Lutter contre toute simplification, tout message trop évident, se garder des discours appris et de ce qu’on entend habituellement, prendre le large au risque de s’égarer. Il n'y a pas d’espoir à commercialiser ni de paumé à convertir, c’est du western, on tire à vue."

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244 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Je suis assis dans un fauteuil un peu défoncé chez mon copain qui habite au 244 de la rue des pyrénées, juste avant le passage des soupirs. Il dépose le disque et dépose le diamant sur le microsillon. 20 avant après, il dit, ça ressort en vinyle. Je reconnais la voix de karine qui sort des baffles et la basse très lourde. Bordel, je dis, tu as acheté be a vegetable ? Il me tend la pochette. Drive blind. L'album "be a vegetable" enregistré par david weber au studio des forces motrices. Un des meilleurs albums français de tout les temps je dis. Il me tend une bière, ça n'a pas tant vieillit il me dit. Je sais je réponds, je l'écoute encore très souvent. Je lui demande de me faire écouter le second vinyle avec les inédits et le fameux morceau fantôme. Tu te rends compte de ce que ce groupe serait devenu, comme ils auraient été énorme ! s'emballe rico. Je hausse les épaules. Je ne crois pas que les portobello bones soient devenus énorme et pour moi c'était les meilleurs. Il hausse les épaules a son tour, mais toi drinky tu es un sentimental avec eux, je vénère portobello bones, comme je vénérais forget mi note mais je te jure que les drive blind allaient devenir énorme. D'ailleurs la fameuse tournée ou ils ont splités, ils allaient jouer aux eurockéennes. Je les ai vu peu de temps avant, j'explique, tu sentais la tension dans le groupe. D'ailleurs je les ai interviewés après, pierre s'est désisté, et je me suis retrouvé avec karine et rémi. Tu m'étonne, dit rico,  Il a refait un groupe, rémi, avec les deux de sloy, dit-il très encyclopédique, je sais plus le nom du groupe, sabo, je crois. Jamais aimé sloy je dis, la voix du mec m'énervait. Sabo ça me parle pas, sabot oui, un groupe de jazz-core monté par deux américains qui vivaient en république tchèque, la batteuse était très grande et incroyable. Bordel tu me parle de quoi me dit rico ? Un peu comme la batteuse des décibelles, j'ajoute. Alors que la voix de pierre, retentit rico dit qu'il aimait bien tantrum. Je les ai vu au find fond de la banlieue française je dis mais je ne sais plus ou. D'ailleurs c'était avec portobello bones et leur nouveau bassiste, quand l'ancien est parti jouer avec no one is innocent. Rico se tape sur le front. Tu veux une autre bière.? me demande rico. D'ailleurs, je ne sais pas si je t'ai dis, mais j'ai dormi chez l'ancien bassiste des portobello bones alors que je ne le connaissais même pas, il était pas là, je sais plus pourquoi j'étais a tours. Peut-être pour aucard de tours. Rico me ramène une bière. C'était pas les tongz qui venaient de tours, je lui demande alors qu'il se met a hocher la tête de dépit d'un air épuisé.

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246 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 246 de la rue des pyrénées, une femme descend les escaliers entre le second et le premier étage, des larmes coulent sur ses joues, elle sort dehors pour essayer de se sentir mieux mais elle sent bien que ce ne sera pas le cas. Un homme ouvre un livre qu'il vient de prendre dans la bibliothèque de son appartement du troisième étage du 246 de la rue des pyrénées. La première phrase du livre est : "je m'appelle clémence picot". Une femme se verse un kir dans un appartement du 246 de la rue des pyrénées, il est 10 heures du matin, c'est le premier de la journée, la femme est alcoolique, elle ne sait pas si elle veut que ça change, elle boit pour se donner le courage chaque jour d'aller travailler. Une femme demande a son mari, alors qu'ils sont assis dans un canapé de leur salon de leur appartement du 246 de la rue des pyrénées, si celui-ci aimerait baiser maintenant, la prendre tout de suite, sur ce canapé, l'homme lève les yeux de ses journaux et s'interroge sur la démence de sa femme. Au 246 de la rue des pyrénées, une femme descend les escaliers entre le premier étage et le rez de chaussée, elle pleure quelques larmes de pluie, elle ne s'appelle pas clémence picot, elle va prendre l'air en espérant se sentir mieux si elle marche, elle pourra peut-être aller jusqu'au buttes chaumont. Une jeune fille se verse des pétales de blés dans un bol puis elle ajoute un peu de sucre, quelques fruits rouges et du yaourt, elle est jolie la jeune enfant, autour de quatorze ou quinze ans, son père lui a laissé un mot sur le rebord de la cuisine, il lui dit qu'il l'aime, il lui écrit qu'elle est la femme de sa vie. Une femme arrose ses plantes de manière méticuleuse et organisé dans un appartement du dernier étage du 246 de la rue des pyrénées, le lieu sent le vieux et la mort, la femme n'a sans doute plus que quelques années a vivre, a peine quelques mois. Au 246 de la rue des pyrénées, la femme renifle alors qu'elle ouvre la porte de l'immeuble, elle aimerait se sentir mieux. Elle va marcher. Elle espère se sentir un peu mieux.

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248 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Un homme est assis devant la petite porte du 248 de la rue des pyrénées, il boit une canette de bière. La porte ne s'ouvre jamais, il semblerait que ce soit une entrée de la poste du 250 de la rue des pyrénées. Cet homme assis sur les marches c'est toi dans quelques années, quand tu n'auras plus rien, quand tu ne seras plus rien. Un homme est assis, il vieillit, il commence a sentir mauvais, il a un peu de barbe, ses vêtements sont fatigués. Il attends un peu de rien, beaucoup de tout. Boire quelques gorgées de bière, c'est toi qui te voit, en train de boire une canette de mauvaise bière, c'est toi qui te voit assis sur une marche de la poste de la rue des pyrénées. C'est arrivé, soudain, ou petit a petit, c'est arrivé. Un jour ce ne sont plus des lettres, un jour ce ne sont plus des menaces, un jour on te dit qu'il faut partir, un jour on te met, un jour tu es dehors. Errance sans alibi, assis sur les marches du 248 rue des pyrénées, il ne te reste plus qu'a boire quelques bières, il ne te reste plus qu'a rester assis, ainsi, parmi les vivants et les morts, il ne te reste plus qu'a rester assis. Boire des bières et attendre le néant, même pas la mort, juste le néant. Il ne reste plus qu'a rester assis.

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250 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 250 de la rue des pyrénées, une femme entre dans la poste et se dirige vers les machines qui servent a oblitérer soi-même son courrier. Un homme fait la queue avec son recommandé a la main et il regarde la plaque sur lequel est inscrit le nom d'une femme qui est morte. Une employée de la poste du 250 de la rue des pyrénées, attends que l'homme qui vient d'envoyer de l'argent dans un pays d'afrique range ses affaires et que la personne suivante se présente au guichet, elle se demande ce qu'elle va préparer a manger en rentrant pour ses enfants. Une femme ouvre le courrier recommandé avec accusé de réception a la poste du 250 rue des pyrénées, elle extrait la lettre et lit la prose d'un huissier de justice qui lui réclame de l'argent, elle froisse la lettre et la jette dans une poubelle avant de sortir de l'édifice années 30. Un homme introduit sa carte de retrait dans le distributeur d'argent, il vient ici car on peut retirer dix euros et il lui semble qu'il lui reste douze ou treize euros sur son compte ce lui permettrait de faire quelques courses au lidl de la place des fêtes pour finir le mois, il tape son code en priant, la vie est devenue beaucoup plus difficile depuis que lidl refuse les chèques, la dernière semaine devient de plus en plus difficile, surtout quand le mois compte cinq semaines pleines. Un conseiller clientèle surfe sur internet en attendant son prochain rendez-vous, il sent l'appel du sexe, l'envie de s'accoupler sauvagement, alors il va sur un des sites sur lequel il rencontre des femmes, si on réfléchit bien c'est comme au supermarché, sauf que le fruit choisit sur l'étal doit accepter d'être cueilli, se dit-il en rigolant. Un enfant regarde les téléphones portables exposés sur les présentoirs a droite quand on entre dans la poste du 250 rue des pyrénées, sa mère le surveille de loin en faisant la queue pour retirer de l'argent sur son livret d'épargne. Au 250 de la rue des pyrénées, les gens vont et viennent, absorbés par des pensées futiles, des plaintes infantiles. Une femme déclenche l'alarme en sortant de la poste, mais personne ne fait attention, les employés sont absorbés par autre chose ou peut-être sont ils blasés de cette alarme qui se déclenche inopinément. Un homme entre et se demande ce qu'il fait là, pourquoi est-il soudain venu a la poste ? Son regard erre et il essaie de se remémorer la raison pour laquelle il est ici ?

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