Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #pair tag

220 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 220 de la rue des pyrénées, un homme est assis a son bureau devant son ordinateur,  l'homme essaie de travailler sur un livre, qui serait un panorama du rock français de la fin des années 80 et du début 90. C'est encore en projet et il sait bien qu'il ne trouvera aucun éditeur pour lui faire une avance et le journal pour lequel il travaille ne voudra pas publier un pensum aussi long. C'est la veille alors qu'il errait au 104, ce lieu totalement hallucinant, ou il se sent toujours un peu ailleurs, comme dans une sorte de lieu de recueillement, une cathédrale d'un autre temps, au 104 donc, alors qu'il traînait un peu au merle moqueur pour regarder les nouveaux livres qui sortaient, son regard était resté plusieurs minutes sur le  programme a venir du 104 qui était scotché un peu partout. Il était indiqué qu'au cours de la saison, claire diterzi donnait un spectacle. Diterzi et julie bonnie avec trois autres types dont j'avais un peu oublié les noms, avait formé un groupe les plus fascinants de la fin des années 80 début 90. Forget mi notte. Il avait le tee-shirt avec une corde a linge ou reposait des sous vêtements masculins. Forget mi notte venaient de tours, c'est fou a l'époque mais un paquet de groupe venaient de la région, élargi certes, forget mi notte, un des meilleurs groupes en concert de cette époque. il n'avait jamais accroché avec claire dit terzi, lui il était amoureux de julie bonnie, plus tard elle formera cornu avec les garçons de forget, et puis elle deviendra sage femme, et écrira des bouquins, le premier avait eu pas mal de succès, ça ne l'avait pas beaucoup intéressé. Il se souvenait d'un des derniers concerts du groupe, ou l'on sentait que les deux filles étaient proches de se foutre sur la gueule. Il semble se rappeler qu'un des percus de forget mi notte avait formé un groupe avec le batteur de portobello, kpitain kavern ça s'appelait mais il n'était pas très sur. Portobello bones c'était vraiment le groupe de cette époque, eux aussi de tours, le premier album "nu" un de ceux qu'il avait le plus écouté a l'époque, et puis portobello amigos, un album avec plein de reprise joués avec d'autres groupes. C'était la grande époque du festival aucard de tours. Il avait croisé souvent le chanteur de portello bones, l'avait hébergé a bruxelles,  il était devenu tatoueur, mais il lui semble qu'il avait rejoué dans un groupe avec une fille, copenhagen, un nom dans le genre, l'ancien bassiste était parti jouer avec avec les no one is innocent, il avait dormi chez lui une fois a tours, sans que le gars se trouve la d'ailleurs. Le batteur des portobellos avaient joués avec les seven hate de poitiers pour leur dernière tournée en remplacement du chanteur batteur qui n'arrivait plus a tenir les deux rôles. Les seven hate s'étaient reformés il y a quelques temps mais il les avait raté. Il adorait seven hate, penser a reécouter leurs vinyls. Il avait hébergé les seven hate a paris et ils avaient fait le forcing pour regarder téléfoot le dimanche matin. C'était quoi leur bled déjàa, chasseneuil du poitou. A l'époque les papes du rock français étaient bien surs les thugs d'angers, il y a avait un autre groupe aussi d'angers, casbah club il lui semble. Et puis bien sur, les spicy box de saumur. Un des plus gros chocs sur scène qu'il ait jamais ressenti. Les spicy box, il se souvient bien, comme il s'était battu pour les faire tourner, pour qu'ils perçent, ils avaient obtenu un passage a nulle part ailleurs en live. A la même époque que les burning heads d'orléans.  Baffie était devenu sourd. Les burning qui tournaient encore pour leur 30 ans de carrière. Penser a tout ces groupes, bordel la nostalgie qu'il ressentait. Tout a coup il se souvenait des tongz de tours, il était sur de les avoir vu, de les avoir fait jouer, il était pote avec leur manager. Les tongz, c'était du flycore, il lui semblait. Bordel se dit le gars assis a son bureau devant son ordinateur dans son appartement du 220 de la rue des pyrénées, c'était quoi déjà du flycore ?

Voir les commentaires

222 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Une jeune fille attend son père devant le 222 de la rue des Pyrénées, ils doivent visiter un appartement. Les prix des loyers sont tellement dingue dans cette ville que son père lui a proposé d'acheter un appartement, la moitié de son héritage va y passer mais elle sera propriétaire. Ils doivent visiter cette appartement de 25 mètres qui coûte 220 000 euros, son père lui a dit que ça semblait une bonne affaire. Ville de dingue, prix de dingue. Elle va rester 10 ans elle se dit, et puis elle vendra l'appartement et elle retournera a nantes. Elle ne veut pas se brûler ici, passer toute sa vie a trimer pour survivre. L'homme fume une cigarette accoudé a son minuscule balcon de son appartement du second étage du 222 de la rue des pyrénées, il zoome sur la jeune fille qui semble attendre quelqu'un devant l'immeuble, scrutant le court horizon vers gambetta. Elle est jolie il se dit. C'est curieux comme en vieillissant, il se sent de moins en attiré par femmes jeune, il préfère les femmes qui semblent avoir vécues, deux hommes arrivent a la hauteur de la jeune fille, l'un assez vieux l'embrasse, l'autre en costard lui serre la main. Au quatrième étage du 222 de la rue des pyrénées, un homme écoute l'album d'archet cassé, le split avec lovataraxx, il feuillette le journal america, qu'il a acheté pour l'interview de james ellroy et qui publie aussi une nouvelle de jim harrison, la dernière il est dit en couverture, et c'est peut-être vrai, la dernière nouvelle de jim harrison. Une femme sort de son appartement du 222 de la rue des pyrénées, elle ferme la porte a clé, elle se demande pourquoi elle continue chaque samedi matin d'aller a nager a la piscine pailleron. Elle descend les marches et croise trois personnes qui montent dans les étages et qu'elle n'a jamais vu dans l'immeuble, elle pense a sa vie, si réglée, le boulot toute la semaine, la piscine le samedi, un cinéma, un théâtre un sortie le samedi soir et le dimanche midi le repas chez ses parents. Tout est réglé, tout est huilé, elle restera seule toute sa vie, par peur et parce qu'elle aime que tout soit en ordre. Alors, elle va nager, comme tout les samedis. Un homme fume une cigarette devant le 222 de la rue des pyrénées, il regarde la femme qui sort de l'immeuble. Elle semble soucieuse. L'homme tire une dernière bouffée et jette la cigarette a terre. Il se demande combien de temps il doit attendre. Et d'ailleurs il se demande ce qu'il fait la. Il se demande vraiment ce qu'il fait la.

Voir les commentaires

224 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

L'homme est entré dans l'immeuble qui se trouve au 224 de la rue des pyrénées et qui fait presque l'angle avec la rue orfila, il regarde les boîtes aux lettres et les noms qui  sont inscrits dessus, il va juste aller sonner chez la femme qu'il doit saisir et si elle n'est pas là, il va lui laisser un courrier pour dire qu'il reviendra avec un serrurier, l'homme est huissier de justice, il voudrait convaincre la femme de le payer un peu. Elle doit beaucoup d'argent a un organisme de crédit, Dans un appartement du 224 de la rue des pyrénées, un jeune homme essaie de préparer un tiramisu de betteraves, avec application, l'important est l'équilibre entre le mascarpone et le sucre de la betterave, l'équilibre, le secret de la cuisine, l'équilibre. Une jeune fille sort du 224 de la rue des pyrénées en direction de la place gambetta, elle sourit au vent, elle écoute "j'irai pas a versailles" d'archet cassé dans les écouteurs, elle va prendre le métro et rejoindre sa copine place de la république, elle aimerait bien lui rouler une pelle quand elle la verra, elle se demande si en pleine journée deux jeunes filles peuvent se galocher  place de la république sans être emmerdée. Au 224 de la rue des pyrénées, un homme pose le vinyl "be a begetable" de drive blind qui vient d'être réédité pour les 20 ans de sa sortie, la voix de karine puissante, sort des enceintes, comme un retour en arrière, il se souvient qu'il l'avait interviewé pour un fanzine, après un concert, a la mjc de saint denis. Une femme regarde la pluie qui s'écrase sur ses fenêtres, elle se sent las, de plus en plus las, ce soir il faut qu'elle parle a son mari, qu'elle lui dise qu'elle veut le quitter, elle boira un verre pour se donner du courage, elle se demande comment ils vont faire pour l'appartement, paris est cette ville formidable ou les gens continuent de vivre sous le même toit même quand ils sont séparés tellement les loyers sont chers. Au 224 de la rue des pyrénées, un homme boit un verre d'alcool en se disant que c'est le dernier, il sait que ce sera difficile, il sait qu'il va souffrir, il se demande ce qu'il va faire pour remplacer l'alcool, pas seulement l'alcool en lui-même, mais aussi tout ce qu'il y autour, les rencontres, les bars, les soirées sans fin. Il se demande vraiment ce qu'on peut quand on ne boit plus. Du sport peut-être ?

Voir les commentaires

226 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 226 de la rue des pyrénées, dans un appartement, on s'en fout lequel, une femme pleure, assise sur le lit de son petit appartement, elle prend un stylo, il faut qu'elle évacue, voici ce qu'elle écrit. " Les mots existent-ils pour exprimer la douleur que je ressens ? Je ne le crois pas, et d’ailleurs, même si je les trouvais et leur donnais un sens, même si l’innommable parvenait à prendre forme sur la seule foi de mes descriptions, cela n’aurait aucun sens. C’est comme si, tout à coup, les mots ne devenaient qu’illusions, comme s’il ne restait que de la fumée de mes paroles et de la cendre de mes écrits. Mon traumatisme est profond, une partie de moi-même est perdue à tout jamais, je me regarde m’enfoncer dans les ténèbres. Je me croyais forte et cet acte vient de me réduire en bouillie. Un malaise gluant me colle à la peau. Un peu comme de la moisissure qui pénètre mon corps et ne peut s’enlever. J’ai le dégoût aux lèvres, une douleur qui me ronge, et, comme l’impression que mes dernières ressources de vie se sont épuisées ce soir. Ce qui restait de beau et de vivant s’est éteint. Je ne peux repartir, je le sens, je n’ai pas assez de force pour tout recommencer, tout est déjà fini....Il est impossible que leurs esprits réalisent ce qu’ils m’ont fait subir, il est impensable qu’ils comprennent la douleur infligée, comme si le bourreau ne pouvait ressentir de compassion pour sa victime. J’essaie de canaliser la haine qui traverse mon corps. Celui-ci prend plus rapidement conscience que mon esprit de ce qu’il a subi, le dégoût me remonte, broie toute lumière, dégénère mon âme. Je m’enfonce dans un tunnel où la moindre clarté n’a plus sa place, je deviens folle et le râle de douleur qui sort du fond de ma gorge ne semble jamais devoir s'épuiser. J’ai envie de vomir, de hurler aussi...S’ils savaient comme j’ai envie de déchirer mon âme, fracasser mon corps. Je voudrais annihiler tout ce que reste de vivant en moi et le barbouiller sur des murs d’un rouge vif couleur sang. Des pas résonnent dans ma tête. Je me demande pendant combien de temps je fuirais le corps des hommes. Je voudrais m’allonger à même le sol...Mes larmes n’ont plus le moindre goût...D’avoir si mal, je pense à rester là, sans bouger pendant des jours et des semaines...Ainsi allongée sur la terre, oublier l’inoubliable, vaincre l’invisible, le mal sans visage...Mon esprit tout entier prend conscience de ce qui m’arrive...les corps de ces hommes...Leurs bites, leurs queues bien raides dans mon cul, dans mon sexe...Leur va et vient insupportable...L’agression constante de leurs mots, dits et redits...Ces paroles répétées comme une litanie sans fin...Leur fierté de mâle, leur lourdeur, leur lâcheté...Pourquoi ai-je l’impression d’acquiescer à leurs gestes, les yeux baissés ? La nuit se dresse devant moi, m’envahit totalement...Des heures et des heures plus tard, je presse le temps...l’étreinte de la nuit m’enserre, m’empêche de respirer, comme si elle voulait que je sois consciente de l’emprise qu’elle a sur moi...Je veux que le temps défile à toute vitesse comme un film qu’on ne pourrait empêcher de se dérouler...Je ne bouge plus...Je tremble...Personne ne vient ici...Non personne....Je vomis à l’aube, alors que le jour se lève. Toute cette gerbe qui sort de ma bouche, s’étale à mes pieds... je regarde cette partie de moi-même qui se trouve là, hors de moi...Le jour apparaît, je dois me lever, revenir à la vie...Je reste allongée, ressentant encore leur présence, leur sperme...Et j’imagine pouvoir m’échapper mais je ne ressens plus la moindre parcelle d’énergie, je suis lasse de la vie, l’impression d’une ivresse non-maîtrisée, d’une liqueur trop forte, la certitude que la vie m’a abandonnée...J’ai envie de me fracasser, d’éclater leurs corps comme ils ont éclaté le mien, j’ai envie de saigner des visages, de hurler, comme une hyène, j’ai envie de savoir pourquoi la vie m’a abandonnée... La jeune fille essuie les larmes qui coulent sur ses joues, la jeune fille essuie ses larmes...

Voir les commentaires

228 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Un homme ouvre déchire l'opercule de la lettre qui lui est adressé au 228 de la rue des pyrénées. Voici ce qu'il est écrit : "Les mensonges des gens qui nous aiment sont les plus belles déclarations d'amour...Je viens d'entendre ça dans un film que j'ai aimé...On fait comme on peut tu sais...tu vois tu es vivant, je suis vivante...je ne t'ai jamais montré qui j'étais vraiment...Je savais trop que ça ne t'aurait pas intéressé, pas vraiment plu et moi ça m'aurait trop déplu que ça ne te plaise pas...j'ai toujours un coup d'avance tu sais bien...je pense à toi."  L'homme ne tient pas debout, l'homme est épuisé...C'est bien de lire cette femme...C'est bien...Il termine le cubitainer de vin blanc qui s'ennuie dans son frigo et il tombe épuisé dans son lit...Comme s'il était mort...Comme si...

 

Voir les commentaires

230 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 230 de la rue des pyrénées, un homme entre dans l'immeuble qui se trouve a mi-chemin entre la rue villiers de l'isle adam et la rue orfila, il monte rapidement les marches des escaliers du 230 de la rue des pyrénées et après avoir introduit la clé dans la porte de son appartement du 230 de la rue des pyrénées, il pénètre chez lui. Il se précipite sur son ordinateur, ouvre un dossier qui s'appelle "liège" et se met a écrire frénétiquement assis a son bureau de son appartement du 230 de la rue des pyrénées. Voici ce qu'il écrit : "Le type avec les dreadlocks n'en peut plus de rire, la fille alcoolique sourit, l'australien rit de bon encore, le sicilien se marre aussi. Garçon tout maigre est ivre mort. Je ne le suis pas du tout. Ivre. Je paie ma tournée pendant qu'ils n'en peuvent plus de rire. Je suis levé depuis l'aube. La veille pas vraiment remis de la soirée de l'avant-veille, ne réussissant à faire une sieste, je me suis couché très tôt. Depuis je me réveille il fait à peine jour. On boit le café avec garçon tout maigre, on écoute l'hilarante chronique de thomas gunzig sur la radio francophone, et puis on sort s'en boire un autre en terrasse au bord de la meuse pendant que son linge tourne à la wassorette du coin. Le café est a un septante et puis je le laisse sêcher son linge et utiliser mon ordinateur pour des recherches administratives et je me dirige vers le centre. Je vais a cette chouette librairie qui se trouve en face de l'université, j'y erre pendant une bonne heure, je discute avec les vendeuses, j'achète quelques livres. Je reviens avec mes bières, tout le monde rigole encore du sobriquet dont m'affuble mon plus vieil ami. Ben quoi dis garçon tout maigre, il est roux, il est doux, c'est roudoudou. Pour ma dernière soirée a liège, on avait prévu de sortir. On était parti outremeuse, et dans le quartier roture on voulait aller dans ce café ou il y a parfois des concerts. Sauf que c'était soirée blues, et que la perspective de voir un groupe poussif jouer devant dix gugusses semblant déjà déprimé à l'idée d'écouter du blues ne nous avaient pas semblé le truc le plus bidonnant qui soit. On avait décidé d'aller vers le carré, en passant rue roture, une fille derrière une petite table d'écolier semblait répéter un texte dramatique. J'avais reconnu la place ou la fête de maty l'ohé battait son plein l'été précèdent. On avait décidé de repartir vers le carré et puis en longeant l'université on s'était rendu compte qu'il y avait un concert à l'île aux pirates. Et nous étions rentrés dans le rade. Je sors de la librairie allégé d'un peu d'argent, alourdi d'un peu de culture, je traîne un peu dans le coin. Une flamande me demande ou se trouve  l'université et je lui montre le bâtiment. Curieux on dirait une flamande sympa, c'est peut-être une néerlandaise je me dis. Elle rigole et s'excuse et je lui montre mon  plus beau sourire sous le ciel gris. Ensuite je retourne errer outremeuse. Je vais au bout de la rue puits en sock et je me paie un café au randaxhe. Même si c'est plus cher qu'une bière. Je suis un garçon très raisonnable. On se prend deux bières au comptoir, c'est du grind core me demande garçon tout maigre entre deux morceaux. Plutôt du death métal je dirais et même vu que le groupe est suisse du death emmental je rajoute. Il en revient pas de ma connerie. En fait le groupe termine son set. La fille finlandaise qui parle pas finlandais mais allemand vient nous dire bonjour, ils se tournent depuis deux ans autour avec garçon tout maigre, je me sens d'humeur badine pour accélérer le mouvement. Je reconnais aussi la fille dont j'avais été au mariage dans un café du centre, une fille dont la gueule est recouverte de piercing, quand elle enlève tout, sa gueule doit ressembler à du gruyère je me dis pris dans ma fixette suisse. Bordel je dis la serveuse a grossi depuis le mois d'aout j'en reviens pas je dis à garçon tout maigre. Oui il réplique ça s'appelle être enceinte, je t'expliquerais un jour il me dit en haussant les épaules. Il y a aussi le garçon australien qui porte fièrement sa chemise hawaïenne alors que tout le monde rivalise de tee-shirt noirs. Comme souvent dans les concerts de métal, vu que tout le monde est recouvert de tatouages, hormis mézigue, une des principales activités une fois le concert terminé est de montrer ses derniers tattoos voir ses derniers piercings. On s'occupe comme on peut. Je termine de me balader dans le quartier, dans ses petites ruelles ou se trouve parfois des autels un peu à la manière des bouddhistes et puis je retraverse la meuse et je rejoinds garçon tout maigre place du marché. On se met en terrasse, et on regarde le défilé des classes d'enfants devant le monument liègeois. Bien sur apparait charlemagne qui comme toutes les célébrités françaises, johnny hallyday, salvatore adamo, claude barzotti, est né en belgique. Ce qui est assez drôle c'est que le monument de bois menace de s'effondrer et qu'on l'a ceinturé avec des espèces de tendeurs de porte bagage pour qu'il tienne encore debout. Architecture baraki. On reste là un bout de temps a regarder, a parler de tout et de rien, sirotant nos jupiler. Le type sympa d'origine sicilienne prend le relais pour mixer après le concert une alternance de morceau disco et métal et punk du plus bel effet. Pantera succède aux bee gees, sépultura a yazoo. Je dis bonjour a ce type qui porte ses lunettes de soleil sur le front ce qui me laisse perplexe. Chez les femmes j'ai fini par comprendre ou on a fini par m'expliquer que ça servait a tenir les cheveux mais ce qui me laisse rêveur c'est que le type est chauve. Absolument chauve. Et je pense qu' a dix heures du soir dans la nuit liègeoise ses lunettes ne servent pas a grand chose. Un type porte une casquette sylvester staline. Il y a la conne a goitre aussi qui nous tourne autour et je retiens garçon tout maigre qui semble excédé par son attitude, ne rentre pas dans son jeu je lui dis, elle veut juste que tu pêtes les plombs. Des histoires de bruxelles vieilles de dix ans qui traîinent encore je me dis. Tout le monde est bourré vers les une heure du matin, sauf moi curieusement, je dois me lever tellement tôt c'est peut-être pour ça, le français qui tient le café fait des photos de chacun d'entre nous avec une bouteille de bière derrière notre tête. Je laisse garçon tout maigre discuter avec la finlandaise qui ne parle pas finlandais mais allemand et je danse un peu avec les suisses. Je regarde admiratif ce type habillé comme l'inspecteur gadget chapeau et imper gris et qui n'a pas bougé de la soirée. Assis sur le canapé. Un type dort ivre mort sur le bar. Je commande une dernière bière. Et puis je pense a toi. Rien qu'a toi. L'homme suspend ses gestes, sauvegarde son texte et éteint son ordinateur. Les yeux dans le vide, il écoute le silence au 230 de la rue des pyrénées.

Voir les commentaires

232 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 232 de la rue des pyrénées, un homme pose le pistolet qui tout à l'heure lui permettra d'en finir avec la vie. Il s'installe devant son ordinateur dans son petit appartement. Il ouvre sa boite mail et inscrit trois noms de destinataires, les deux salariées et la trésorière de l'association dont il était président. Il lance son regard sur le courrier du tribunal qu'il a punaisé au mur comme une explication pour ceux qui trouveront son corps. Un courrier qui indique qu'il doit des dizaines de milliers d'euros. L'homme commence la rédaction de son mail. " Mes très chères (oh combien) salariées, ma chère trésorière, j'essaie de me souvenir comment je suis devenu président, et pour quelles raisons. Je me souviens, mes chères, oh combien très chères salariées, comme vous êtes venues me supplier de devenir président, puis comme vous m'avez demandé de le rester quand les finances de la structure et l'ambiance délétère entre vous, me poussait a rendre mon tablier. Je suis donc rester pour gérer la merde, puis je suis allé seul au tribunal pour liquider cette association que nous avions tous portés ensembles, et puis j'ai liquidé les biens avec le commissaire priseur et maintenant je suis seul, comme depuis que tout est fini, depuis que je vous ai vu une dernière fois pour vous aider dans vos démarches afin d'obtenir vos indemnités et les meilleures conditions pour votre chômage. J'ai su depuis que l'une avait obtenu son diplôme puisqu'un aménagement de travail lui avait permis d'étudier la dernière année (payée temps plein en  travaillant a mi-temps, merci patron), et que l'autre a reprit certains contrats et s'est mise a son compte pour travailler avec nos anciens prestataires. Du matériel a disparu entre l'inventaire que j'avais réalisé et la saisie du commissaire priseur, et je n'ai eu aucune nouvelle de vous trois. Ce que je peux comprendre, c'est pas très marrant de gérer la merde. Aujourd'hui je vous écris juste pour vous apprendre mon décès puisque après la rédaction de ce mail je mettrais fin a mes jours, et je voulais vous remercier de m'avoir donné le courage d'en finir. Si je vous écris ce n'est pas pour solder une quelconque dette mais pour dire que quelque soit la façon dont je vais finir, que ce soit dans un cercueil sous terre ou tas de cendre dans une urne, je vous intime de ne pas vous rendre a une quelconque cérémonie. Je ne veux pas de votre pitié et de votre présence. Je ne peux accepter de vivre comme un clochard pour le reste de mes jours, c'est pour cela que je vais en finir, je n'aurais pas assez du peu qu'il me reste a vivre pour payer les dettes, vous savez ces dettes que vous avez continuée de creuser en voyageant a travers le monde aux frais de l'association alors que vous saviez pertinemment que la situation ne le permettait pas et sans me le signaler. Je ne veux pas de votre pitié et je vous envoie ce mail pour vous assurer de tout mon mépris. A toutes les trois. Mon plus profond mépris. " L'homme appuie sur envoyer. Il prend le pistolet. Il est un peu plus lourd qu'il ne le pensait, un tout petit plus lourd qu'il ne le pensait.

Voir les commentaires

234 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 234 de la rue des pyrénées, une femme entre dans l'immeuble qui se trouve a côté d'une pharmacie et a mi-chemin entre les intersections avec la rue villiers de l'isle adam et la rue orfila. Au 234 de la rue des pyrénées, un homme exécute quelques pas de danse dans son appartement du second étage, il répète comme s'il s'échauffait, tout d'abord pointe, demi-pointe, et puis il repasse dans sa tête le début de la chorégraphie, il a envie d'espace et pour l'instant il est dans son petit appartement, alors dans son esprit il mime les gestes. C'est un rêve, l'homme est en chaise roulante. Au 234 de la rue des pyrénées, une femme entre dans la pharmacie qui est a côté de l'entrée de l'immeuble, elle vient chercher ses doses d'epo pour son cancer, il va falloir accepter la commisération de la pharmacienne, et elle n'a pas envie de sa pitié. Elle voudrait se cacher comme elle cache son crâne chauve sous un foulard.  Au 234 de la rue des pyrénées, un homme regarde ce qui lui reste a manger, presque rien, demain il n'aura plus rien, la paye est dans 4 jours. Il coupe les courgettes et les tomates qu'il a récupéré dans les cagettes que les maraîchers abandonnent a la fin du marché. Il coupe les tomates en petit morceau et puis il coupe les courgettes en petit morceau, les jette dans un poêle dans un fond d'huile, il attends que ça crépite un peu et puis il rajoute un fond d'eau, ensuite il sale fortement, il recouvre de curry et de paprika, puis il rajoute le riz qu'il a déjà fait cuire et il couvre en baissant a feu doux. Au 234 de la rue des pyrénées, une femme lit et relit les lettres d'amour que lui écrivait un homme, cela semble d'un autre temps, des lettres, ce genre de gestes d'amour que l'on recevait au siècle dernier. La femme lit et relit les lettres d'un homme qu'elle ne reverra plus et dont il ne lui reste que les mots, et dont il ne lui reste que le souvenir. Au 234 de la rue des pyrénées, une jeune fille cherche dans la bibliothèque un livre de bukowsky. Au quatrième étage de l'appartement ou la jeune fille vit avec son père, elle cherche un livre du vieux charles. Pour voir ce que ça raconte. Un homme sort de l'immeuble situé au 234 de la rue des pyrénées, il va vers le bureau de poste qui se trouve près de l'immeuble. Il va voir s'il peut prendre un peu d'argent dans un distributeur. Il sait qu'il ne pourra pas retirer mais il va quand même vers le distributeur. AU cas ou. Même s'il ne pourra pas retirer d'argent, il veut essayer.

Voir les commentaires

236 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

 

Au 236 de la rue des pyrénées, un homme relit une nouvelle qu'il vient d'écrire. Il est descendu en terrasse du café qui s'appelle "les ours" et dont la terrasse est toujours blindé, la nourriture est quelconque pourtant, peut-être est-ce la taille de la terrasse qui fait cela, très grande, elle fait un arrondi autour du rade le long du 236 de la rue des pyrénées et du bas des escaliers qui prolonge la rue villiers de l'isle adam. L'homme relit une dernière fois sa nouvelle, elle s'appelle funérailles. 

Nous avons enterré la mère de cousine givrée ce matin. Le soleil respirait une certaine joie de vivre, inondant de lumière le cercueil dans le petit cimetière de Gentilly, à la lisière du treizième arrondissement. Le soleil recouvrait une dernière fois le corps d'une femme qui ne l’a jamais beaucoup vue, même en rêve, la lumière. La mère de cousine givrée était ma tante. La sœur de ma mère. Elle est morte comme Maryline m'avait dit une de mes sœurs la veille, on ne sait pas si elle s'est suicidée ou si c'est un accident. Trop de médicaments, trop d'alcools. La mère de cousine givrée était alcoolique, dépressive, droguée. C'était comme la version négative de ma mère. Elle était aussi triste que ma mère était gaie, aussi pessimiste que ma mère était optimiste. Cousine givrée, ma cousine, ma sœur, ma meilleure amie, mon autre moi, me tenait la main. Une larme gelait sur le bord de sa joue. La neige à nos pieds, dans le cœur de l'hiver, nous regardions le cercueil descendre dans le caveau familial. Ma tante rejoignait ses parents. Le soleil commençait à décliner, le temps était légèrement plus sombre quand nous sommes partis du cimetière.

Il y eut un beau moment ridicule, en fin de matinée, avant la messe. Cousine buvait un café, assise sur un tabouret dans la cuisine aux cotés de ma mère, qui sirotait un thé. Je m'enfilais la cafetière pour me réveiller debout contre l’évier. Le tic-tac de l’horloge qui n’est jamais à l’heure mais qui fait un bruit à vous hérisser les taches de rousseur sous les poils résonnait imperturbable dans la cuisine immaculée et baignée de soleil. Dehors le givre fondait légèrement sur le balcon et se transformait en eau qui goutait vers le sol. Nous étions tous les trois, ainsi, perdus dans nos tasses et nos pensées quand ma mère a pris la parole.

- Caroline, – oui cousine givrée s'appelle caroline même si pour moi ce sera toujours cousine givrée - je t’ai toujours considérée et aimée comme mes propres enfants. Aujourd’hui je veux te dire que tu es ma fille. Tu seras comme ma troisième fille, comme mon cinquième enfant. Tu n’es pas orpheline. Ton pauvre père nous a quittés il y a bien longtemps et maintenant que ta mère est partie à son tour, tu n'as plus tes parents. Mais désormais nous sommes ta famille Tu as deux sœurs, deux frères, et tu peux me considérer comme ta mère même si je ne la remplacerai jamais bien entendu.

J 'ai attendu la nuée de violon, le « coupez » du réalisateur mais non elles sont restés figées comme des figurantes du musée Grévin. Du coup j'ai ouvert mon bec pour briser le silence monacal de la cuisine.

- Oh c'est cool tu es ma sœur, j'ai dit à cousine d’un ton guilleret pour détendre l’atmosphère, les deux autres ne faisaient pas l'affaire il m'en fallait une troisième.

J'ai trouvé que ma mère abusait de compter mon frère dans la famille. Il était mort depuis plus de dix ans et elle en parlait toujours comme s’il était vivant. Il faudrait que j'ai une conversation avec ma mère, j'ai pensé, il faudrait sans doute qu'un jour, elle accepte la mort de mon frère. J'entendais ces mots, tu as deux frères, j'entendais cette manière de considérer mon frère comme un être parmi nous. Pour moi, mon frère était un tas de cendres dans une boîte dont j'ignorais même la localisation. Pendant que mon cerveau turbinait dans la rancœur contre un être mort, pendant que je me demandais si je n'étais pas un peu jaloux, ce qui me semblait crétin, pendant que je me posais toutes ces questions vaguement existentielles, cousine s’est levé en même temps que ma mère et elles se sont tombées dans les bras dans une scène d'un kitsch lacrymal absolu. Alors que ma mère pleurait et que cousine lâchait le débit du Nil en cascades de larmes, j'ai tout à coup repensé a quelques mots de ma mère. Le père de cousine était mort. Je n’avais jamais entendu que quiconque l’ai connu. Je croyais que tante cinglée s’était retrouvé enceinte après une nuit de cuite suivie d’un coït et qu’elle gardait un souvenir pour le moins brumeux voire fumeux du gugusse en question ce à quoi personnellement je ne pouvais lui tenir rigueur étant moi même assez limité en souvenir de visages féminins suite à des cuites carabinées. Ma sœur ainée est arrivée dans la cuisine avec un sourire figé comme si elle avait pris une infusion de cœur de palmier un peu trop relevé. On aurait dit qu’elle planait, elle avait peut-être sniffé un peu de boulghour pour se donner du courage, vu qu'elle ne picolait pas et ne prenait aucune drogue, je la soupçonnais de se shooter à diverses plantes et infusions. Et pour faire bonne figure, ma seconde sœur a suivi derrière, pleurant elle aussi. Je suis resté interdit, regardant d'un air ahuri les 4 femmes pleurant dans les bras les unes des autres, en me demandant s'il ne restait pas une petite goutte de calva dans le placard à alcool pour agrémenter mon café. Je me sentais las et fatigué. J'avais besoin d'un remontant Je suis sorti de la cuisine avec l'impression que la journée serait longue et déprimante.

Pendant la messe d'enterrement, je me suis demandé si j’avais jamais eu une conversation à peu près cohérente avec la mère de cousine ces dernières années. Mon père, je me souviens, toujours caustique, m'avait dit un jour : « tu dois faire attention fiston quand elle allume une clope ta tante, mets toi un peu à l’abri, elle a tellement d’alcool dans le sang qu’un jour elle va s’enflammer comme un pipeline ». Je l’ai toujours connue entre deux cuites, entre deux gueules de bois, entre deux traitements, entre deux, toujours entre, jamais dans la vie, jamais dans le futur, jamais tournée vers l'avenir. Il fallait la voir à 10 heures du matin s’enfiler un blanc sec avec deux Prozac et tituber de son lit à la salle de bains avec la démarche chaloupée et improbable que l'on a parfois au petit matin quand on sort d'un bar où on vient de picoler toute la nuit. La famille fermait les yeux, toujours, c'est comme ça qu’ils sont tous morts, la famille souriait, rigolait, planait, vivait. Ma mère ne disait jamais rien à sa petite sœur, acceptait tout, allait la récupérer dans tous les états, dans tous les endroits, sans jamais lui faire la morale. Le soir de sa mort, cousine m'a dit qu'elle trouvait que c'était mieux ainsi, que sa mère avait assez souffert dans sa vie. Je crois que j'ai compris. Ma tante était un être qu'on ne pouvait sauver. Je l'avais toujours considérée comme une femme à la mer, et on pouvait lui lancer une bouée de sauvetage, on aurait dit qu'elle trouvait un malin plaisir à ne pas l’attraper, et à se laisser couler à pic.

La veille des funérailles, nous avons pas mal picolé et fumé avec cousine. Je restais avec elle depuis l'annonce de la mort de ma tante. Nous avions quitté chacun nos minuscules placards à balais qui nous servaient d'appartement pour nous retrouver dans la petite maison de banlieue de ma tante. Cousine était son seul enfant. Elle m'avait dit qu'on pourrait habiter tous les deux dans cette baraque en colocation comme des frères et sœurs que nous étions. J'étais un peu réticent à l'idée de vivre en banlieue, j'ai toujours vécu à paris, je ne franchis que rarement le périphérique. Il y a le métro avait souligné cousine, c'est pas tout à fait Paris mais c'est plus vraiment la banlieue, elle avait ajouté. Nous avions pas mal bu, comme d'habitude, Caroline avait fumé quelques joints. Pour ma part je ne fumais pas. Je n'avais aucune appétence pour les drogues. L'alcool me suffisait bien. Un peu ivres, nous avons ouverts quelques boites de photos, retrouvant des images de nous dans une autre vie, une autre dimension. Ma tante avait toujours son visage un peu triste, ou totalement exalté sans doute sous l'effet d'un médicament, d'un peu de drogue ou de quelques alcools. A moins que ce ne soit un mélange de tout ça. Caroline s'est mise à pleurer en souriant, jetant des larmes sur les photos. Nous regardions défiler la vie de sa mère, notre propre enfance, ne sachant trop comment réagir, ne sachant trop comment nous soutenir. Je crois qu'elle s'est mise à pleurer après que j'ai dit quelque chose qui se voulait optimiste. J'étais bien incapable de m'en souvenir, la seule chose dont j'avais l'absolue certitude quant à cette soirée, c'est que j'avais un mal de crâne carabiné.

Cousine monte dans le fourgon avec ma mère et une de mes sœurs, je descends vers le cimetière qui se trouve a une dizaine de minutes à pied accompagné d'Ely une des amantes régulières de ma cousine.

- Tu crois que c'est un suicide ? elle me demande alors que nous passons devant le centre d'hébergement de la mie de pain ou quelques dizaines de types font déjà la queue pour obtenir une place pour la nuit. 

- On ne sait pas trop, on l'a retrouvé avec une bouteille de vodka et des médicaments au pied de son lit, mais qu'est ce que ça prouve. Je crois qu'elle essayait de se tuer depuis des décennies.

On débouche place de l'abbé Georges Hénocque. A l'endroit où Pierre Goldman fut assassiné par le groupe honneur de la police, Ely se demande tout haut comment Caroline va s'en remettre. On continue de descendre vers Gentilly.

- Ta tante s'est toujours prise pour un être tourmenté, il aurait peut-être fallu que quelqu'un lui explique la vie, elle souligne avec son délicieux accent. Au lieu de la regarder s'enfoncer comme des spectateurs, il fallait lui mettre deux baffes dans la tronche. Mais vous ne savez pas faire ça dans votre famille, vous respectez tellement la vie des autres, que vous laissez les gens mourir.

Je la regarde, surpris, alors qu'on passe sous le pont du boulevard extérieur et qu'on débouche poterne des peupliers.

-  C'est comme toi elle reprend, tu trinquais toujours avec elle, tu n'as jamais essayé de l'aider. Tu devrais faire attention à Caroline au lieu de picoler avec elle, n'oublie pas que ce n'est qu'une enfant. Ne fais pas comme ta mère avec ta tante, ne lui passe pas tout.

-  Elle est majeure, Caroline. Vous la prenez toutes pour ce qu'elle n'est pas.

Nous entrons dans le petit cimetière de Gentilly ce qui met fin à la conversation. Je reste à l'entrée, attendant le fourgon, et je regarde la jolie géorgienne qui continue d'avancer au milieu des tombes. Mon regard se perd dans le ciel anthracite alors que les questions se bousculent et restent sans réponses.

La veille, déjà, ma sœur est venue me parler . Nous étions sortis de la chambre funéraire et fumions une cigarette dehors. Le vent nous ramenait à la réalité après la froid et le silence de la pièce où, allongée dans un cercueil, ma tante attendait la nuit. Mon autre sœur et ma mère étaient restées avec Caroline, qui semblait vouloir camper là. J'avais taxé une cigarette à ma sœur qui m'avait demandé surprise si je fumais à nouveau. Seulement, pour les grandes occasions, je lui ai expliqué.

- Tu dois t'occuper de Caroline, m'a dit ma sœur. Tu es la personne la plus proche d'elle. C'est une orpheline. Sa mère était malade et Caroline aussi est malade.

J'ai haussé les épaules en tirant sur ma clope.

- Tu ne veux pas l'accepter mais elle souffre des mêmes symptômes que sa mère.

- Qui sont ? J'ai demandé d'un air bonhomme en connaissant très bien la réponse.

- Elle est maniaco-dépressive, bipolaire, appelle ça comme tu veux, mais elle est malade, tu le sais. Tu n'es pas capable de t'occuper de toi, a soupiré ma sœur, mais j'ai comme l'impression que tu peux t'occuper de ta cousine.

Je voulais répliquer mais cousine givrée, mon autre sœur et ma mère sont sorties dans la cour à ce moment-là. Alors j'ai jeté ma clope a terre en souriant niaisement, j'ai fait un clin d'oeil à ma cousine qui pleurait à chaudes larmes, elle m'a prise par le bras et nous sommes sortis dans la rue glacée de la fin de l'hiver.

Comme ma mère et cousine me l'ont demandé, je lis un texte devant le cercueil de ma tante, avant la mise en terre, un truc qui parle de résurrection. De la buée sort de ma bouche dans le froid intense de la fin de la journée. Le jour se grise déjà. Quelques instants plus tard, le cercueil descend dans le caveau familial, j'ai une vision de ma tante, buvant un dernier verre avant la mise en bière. Nous sommes tous un peu engourdis par le froid, ma mère explique à la cantonade que tous ceux qui le désirent peuvent venir chez elle pour se réchauffer, manger un peu, boire une boisson chaude. Picoler oui, je me dis dans ma tête. Caroline me sourit, chacune de mes sœurs lui tient un bras, j'ai envie de boire un verre. Très envie.

La veille, nous finissons par nous coucher un peu avant l'aube. Nous savons déjà que le lendemain, nous tiendrons une bonne gueule de bois, sauf qu'au lieu d'aller bosser, il faudra enterrer ma tante. Caroline dort tout près de moi dans le lit, sa main posée sur mon bras, je prendrais bien un peu de lithium si je pouvais dormir, je prendrais bien un peu de son malheur si je pouvais l'absorber. Elle dort mais on dirait qu’elle a encore des traces de larmes sur le visage. Je ne parviens pas à dormir, j'ai l'énergie de l'alcool et ça me carbonise le peu de neurones qui me restent, je sens des petites particules de haine qui dégringolent le long de mon échine. La rue des Pyrénées résonne des bruits de la fin de nuit, des morsures de cuites qui ne veulent plus en finir, comme le dernier râle d’une génération à l’agonie. Je regarde Caroline, les soubresauts de son visage, sa respiration qui siffle dans mes oreilles, son cœur sur ma bouche. Je me demande comment je peux ressentir autant d’émotions pour les gens et aussi peu d’amour. Cousine me dit nous sommes pareils, identiques, nous n’avons aucun sentiment, aucun amour, nous n’avons que de l’émotion brute et fulgurante. Nous sommes comme ces feux de forêts qui jamais ne s’apaisent, qui brûlent et puis meurent, épuisés. Nous alignons les filles avec la constance qui sied à notre âme tourmentée, comme pour nous rassurer, mais nous n’avons aucune envie, aucun désir, nous ne voulons rien. Nous sommes deux solitaires qui ne supportent que la présence de l'autre. Je me lève, j'erre dans l’appartement. Caroline m'a dit avant de dormir qu'elle pensait à partir loin, fuir la ville, le souvenir de sa mère. Elle a rajouté aussitôt vivre sans toi ça va être terrible mais c’est peut-être un bien. Pour finir tu es la seule personne que j’aime comme ça, t’es le seul gars qui me fasse autant rire, pleurer, et t’es le seul type qui paraisse aussi normal et qui soit aussi cinglé. Je suis le seul mec que tu fréquentes j’ai dit, t’as pas de points de comparaisons. J’ai pris quelques siècles en quelques phrases et je me suis dit maintenant je vais me laisser vivre, errer, je vais me laisser dériver. Elle m'a dit je veux que tu apprennes à pleurer. C’est pas de ta faute si tu ne sais pas pleurer, on ne t’a jamais montré. C’était avant qu’elle s’endorme, on jacte allongés sur son lit, elle me dit reste dormir là, reste près de moi, je vais partir vite, dans l’urgence, je dois partir. Nous sommes ivres et défoncés. Elle pleure un peu avant de s’endormir, je ne la reconnais plus c’est comme si la mort de sa mère lui avait enlevé toute légèreté. Sa mort c'était un poids, c’était comme une épave, mais une épave triste, on était dans le dur, dans la chronique d’une mort annoncée. Je me demande si nous n'en faisons pas trop. Le problème elle me dit c’est que tu ne prends rien au sérieux, et que tu ne peux jamais rien prendre au sérieux. On est pas dans le pathos là je dis. C’est lequel des mousquetaires ça Pathos ?.elle demande. Et puis on s'esclaffe comme des enfants que nous ne sommes plus ou que nous serons toujours, c'est selon. Elle dort, je la regarde une dernière fois et je me dis je suis de plus en plus seul. Les absents dansent autour de moi, je ne sais pas si c’est ça la vie, errer avec des ombres, des morceaux d’images dans la tête, des bribes de voix dans les oreilles.

Nous sommes une petite trentaine de personnes chez ma mère pour la collation qui suit l'enterrement. C'est comme si on voulait se retirer une chape de plomb. L'armure du deuil. Je retrouve ma cousine devant un verre de vin et je lui tends le mien pour qu'elle le remplisse. Les gens mangent un peu, mes sœurs et ma mère sont dans la cuisine et moi j'erre un peu dans l'appartement. Je finis sur le balcon pour fumer une cigarette. Je retrouve Ely qui fume cigarette sur vin rouge.

 

- Tu m'as trouvé dure tout à l'heure ? Elle lâche comme si on continuait notre conversation d'après messe.

- Non, je réponds. C'est toujours fascinant dans les enterrements, chacun assène son point de vue. C'est étonnant cette propension à trouver la vérité dans la mort.

Elle me regarde un peu surprise par mon agressivité. Je suis fatigué, j'ai la gueule de bois, je viens d'enterrer ma tante, je crois que je n'ai plus la patience de recevoir les leçons de morale et les conseils de quiconque.

- Tu es la personne la plus proche de Caroline, constate Ely comme si c'était une catastrophe, je crois que tu peux l'aider. C'est tout ce que je voulais dire. Tu prends tout mal, elle dit fataliste avant de vider le contenu de son verre

- Tu es jalouse de moi, je réplique.

- Tu es jaloux de moi, elle répond.

Caroline arrive sur le balcon avec une bouteille de vin et en profite pour remplir nos verres.

- Alors les amoureux, elle dit en ricanant sachant bien les antagonismes crétins que nous ressentons l'un pour l'autre Ely et moi, vous discutez de quoi ?

- On ne discute pas, je lui explique pendant qu'elle me verse un verre de vin, on s'engueule.

 

Des litres de désespoir sur l’asphalte. Des kilomètres et des kilomètres de larmes… Regarder droit devant. Tenir le volant. Nuit noire sur l’autoroute endormie. Cousine givrée à côté de moi qui regarde la route comme si ces yeux pouvaient percer un je ne sais quoi de pathétique. Prends quelque chose... prends quelque chose. Tu crois que c’est grave un cancer du poumon ? Je ne sais pas ce qu’est grave. Tu crois que c’est grave un cancer des os ? Je ne sais pas ce qu’est grave. Tu crois que c’est grave les deux en même temps ? Je sais plus là, arrête tes questions. Rail de coke sur les toilettes des chiottes. On est là, on ne sait pas, on fait quoi, on ne sait plus. Tu vas lui parler, dis, tu vas lui parler. Plus vite, plus vite. 20 ans plus tôt les couloirs de l’hôpital, les lumières crues, sur les murs blancs sang. Mon père derrière moi. Mon père est mort et je suis vivant. Le silence de l’hôpital, assourdissant, je sais bien que frère connard est mort en marchant dans ces couloirs de mort. Je sais bien. Cousine givrée à genou sur le carrelage de la cuisine, qui vomit des larmes, de la merde, de la bouffe, de l’alcool. Famille de dépressif, famille de bistrologue, qu’est ce que tu veux, vos foies pourris, plus alcooliques et givrés. Toujours plus à chaque génération... La route, un peu de pluie, mon seul réconfort, ce temps un peu maussade. Les villes endormies qu’on traverse, on voudrait dans l’ivresse mais non à jeun. Saint-Malo enfin, pluie, vent, frisson. A peine un pied dans la baraque, on vous sert déjà à boire, cousine givrée qui ne veut plus picoler. Toi tu ne sais pas. Faut que tu parles, mais dire quoi bordel, crever le silence, expliquer l’absence, tu bois une gorgée d’eau de vie de cidre, ça te brûle de partout, ça te donne envie de rire et pleurer de partout. Tu regardes les gens qui te regardent, tu ne dis rien, tu ne sais pas parler, tu ne sais pas pleurer. Tu es hors de la vie, tellement, tu es tout de travers. Sans espoir de retour. Le lendemain, cousine givrée à côté, une galette saucisse dans le ventre, pluie, et brouillard, Quiberon, le bateau, belle-île. Brouillard, flotte, le bateau, cousine givrée qui dort sur l’épaule. Tu sais comment c’est après, on se demande ce qu’on fait là, on regarde le visage endormi, on regarde la nuit et les ténèbres lactées du roulis de la mer qui nous bercent. On regarde les vagues qui s’écrasent sur les côtes, on devine le sablier qui se vide. Retour sur la terre ferme, encore de la voiture. Boire elle dit, si tu bois plus, tu dors plus, si tu dors plus, tu deviens neurasthénique. Tu deviens chiant, pas drôle, pas fin, chiant et tout ça quoi. Ton corps de merde, qui s’écrase sur du goudron couleur mort. Elle mangeait sa merde, elle disait cela, elle mangeait sa merde. Miracle, tout le monde n’est pas mort. Avance, avance. Traîne ton corps, boire des verres, ne plus voir, ne plus sentir, ne plus gémir. Attendre, attendre. Tu t’écoutes pauvre con, tu marches dans la nuit noire, tu pleures, t’as mal au cœur, mais tu ne dis rien, les gens ne te parlent plus, tu n’es plus de ce monde, tu déposes ta gueule dans la balance. Tu ne sais plus. Des morts, des morts, tu veux traverser le brouillard. Des torrents de dégoûts, tu veux pas disparaître un peu, tu veux pas dis, que je t’entende plus. Ton foutu corps de mort, tes ivresses. Cousine givrée, à genou sur le carrelage, des larmes, des larmes. Courir, courir. Je veux plus mourir, elle dit, au moins tu ne fumes pas toi. Cancer du poumon tu devrais éviter. Ça te viendra par les intestins, toi, la tuyauterie, comme père, grand-père oncle et tout le tralala. Si tu t’en sors je boirais plus. On regarde la route, enfin moi je conduis c’est normal. Belle-île sous la pluie. Son visage fatigué dans le cercueil. Je sais plus quoi dire. On rentre, paris est au loin, faut que je parte, cousine qui dort allongée à l’arrière abrutie de fatigue et douleurs. Moi rien. Je sens plus rien. Je ne sais plus bien. On me secoue, j'ouvre les yeux et je vois Caroline qui me dit qu'il faut que nous nous levions rapidement, on enterre sa mère dans moins de deux heures.

 

L'ivresse m'est enfin tombée dessus, comme la nuit a recouvert le jour. Nous ne sommes plus qu'un petit noyau en ce jour de funérailles. Ma mère lave la vaisselle que mes sœurs essuient en discutant à voix basse dans la cuisine et de façon un peu mystérieuse comme si elles fomentaient un coup d'état. Je suis dans la salle à manger avec cousine, on regarde des conneries à la télé, en mangeant les restes et buvant les fonds de bouteilles. Elle a posé sa tête au creux de mon épaule.

- Je suis orpheline, elle constate d'une voix lasse et pathétique.

- Mais tu sais qui est ton père, je lui demande pour percer ce mystère qui me trotte dans la tête depuis que ma mère en parlé le midi. Et puis tu n'es pas qu'orpheline, je te rappelle que tu as un frère et deux sœurs dorénavant.

- J'ai même deux frères, elle souligne d'un air grinçant.

Je ne pense jamais à mon connard de frère mort, j'ai seulement pensé à lui quand le cercueil de ma tante est descendu dans le caveau, j'ai pensé qu'il aurait dit il fallait vraiment l'enterrer notre tante car avec une incinération on aurait risqué l'explosion. Caroline s'est un peu endormie contre moi sur ce canapé pendant que le robinet à images diffusait des choses indigentes et crétines. La nuit tombe sur la ville.

Nous avons enterré la mère de cousine givrée ce matin. Je ne sais pas si ma cousine se remettra de la mort de sa mère. Nous sommes tous les cinq, ma mère, mes sœurs, cousine et moi. Il est tard, nous devons tous aller nous coucher. Un jour de funérailles, on dirait qu'on ne veut pas que la journée se termine. C'est comme si en ce jour unique, nous étions enfin une famille. Comme si nous voulions que la journée ne se finisse jamais. Ma mère prend la parole.

- Vous êtes tous mes enfants, vous êtes tous autour de moi. C'est un jour d'une tristesse infinie pour moi, ma petite sœur est morte. Mais nous sommes tous ensemble et nous sommes une famille.

Caroline a toujours sa tête contre mon épaule. La nuit a recouvert la ville. Je regarde chacun des membres de ma famille. Et puis je ferme les yeux.

 

 

 

Voir les commentaires

238 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 238 de la rue des pyrénées, un homme attends devant l'immeuble. Il ne connait plus son nom, il ne sait plus ou il vit, il ne se souvient de rien. Il regarde l'immeuble du 238 de la rue des pyrénées mais il ne se souvient de rien. Il boit une gorgée de rosé mais il ne se souvient de rien, il regarde l'agence immobilière mais il ne se souvient de rien, il regarde la boutique qui vend des bagues et des boucles d'oreilles qui semblent d'inspiration bretonne mais il ne souvient de rien. Il regarde les piétons qui viennent d'une direction, mais il ne sait pas d'où ils viennent, il regarde les piétons qui viennent de l'autre direction, mais il ne sait pas d'où ils viennent. Et ou ils vont ?  Il boit un verre de rosé. Un vin dégueulasse qui fait mal au ventre, un rosé qui fait des trous dans tout l'estomac. Il ne se souvient de rien sauf de ce jour ou son téléphone a sonné pour annoncer que la femme qu'il devait épouser était morte, il ne se souvient de rien sauf de ce téléphone qui sonne. Il ne se souvient de rien. Sauf de cette femme qui est morte, tellement plus jeune que lui et pourtant elle est morte. On dirait que le ciel gronde, on dirait que la nuit tombe, on dirait qu'il ne se souvient de rien. Sauf de sa future femme qui est morte.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 > >>