Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

219 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Au 219 de la rue des pyrénées, dans l'immeuble qui jouxte le 221, un homme est assis, les yeux dans le vide, il pense a toute ses années, comme le quartier fut, il se souvient de ses jeunes années. La nostalgie le gagne, et il s'enfonce un peu plus dans son fauteuil dans l' appartement du 219 de la rue des pyrénées ou vit sa fille. Une jeune fille lit un livre de colas gutman dans la chambre de l'appartement du 219 de la rue des pyrénées ou elle vit avec ses parents, elle est allongée sur son lit, elle aime les livres de colas gutman, c'est de la littérature jeunesse mais ce n'est pas mièvre. Bientôt elle aura 10 ans, elle se demande comment ça fait d'avoir dix ans. L'homme assis dans son fauteuil, pense à la conversation qu'il a eu avec son médecin, il se demande quand donc les souvenirs vont s'effacer. Un jour il ne se souviendra plus de son enfance, de la rue vilin, un jour il ne se souviendra plus, du quartier de son enfance, de cette période ou ils ont tout rasés, du parc de belleville qui a tout recouvert. Un jour il ne se souviendra plus. L'enfant repose le livre. Ou est-ce qu'elle sera dans 10 ans, quand elle fêtera ses 20 ans. Et dans 20 ans, quand elle fêtera ses 30 ans. L'avenir la fascine. Elle aimera que le temps passe, grandir, partir de cette maison, vivre a l'abri du monde et lire tout les livres qui existent et qui paraissent. L'homme se lève de son fauteuil, il se dirige vers la chambre de sa petite fille. Il se demande pendant combien de temps il va se souvenir que c'est sa petite-fille en la voyant ? Il faudra qu'il s'occupe des papiers pour que son appartement de la rue de la mare soit la propriété de sa fille. Ainsi quand il mettra fin a ses jours, quand il sera devenu poussière dans une petite boîte sis au père lachaise, tout sera en ordre. On toque a la porte, et l'enfant dit entrer. Son grand-père lui sourit pourtant il semble ailleurs, un peu comme elle. On y va il demande. Il y a 10 minutes a pied pour aller a tenon, voir sa petite soeur qui vient de naître, voir sa mère qui vient d'accoucher. Voir connard de beau-père aussi. Elle sourit. Essaie de garder le sourire de ta petite-fille de 10 ans, il se dit, en lui disant de se préparer. Garde le sourire de l'enfant jusqu'a la fin. Ou presque.

Voir les commentaires

220 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 220 de la rue des pyrénées, un homme est assis a son bureau devant son ordinateur,  l'homme essaie de travailler sur un livre, qui serait un panorama du rock français de la fin des années 80 et du début 90. C'est encore en projet et il sait bien qu'il ne trouvera aucun éditeur pour lui faire une avance et le journal pour lequel il travaille ne voudra pas publier un pensum aussi long. C'est la veille alors qu'il errait au 104, ce lieu totalement hallucinant, ou il se sent toujours un peu ailleurs, comme dans une sorte de lieu de recueillement, une cathédrale d'un autre temps, au 104 donc, alors qu'il traînait un peu au merle moqueur pour regarder les nouveaux livres qui sortaient, son regard était resté plusieurs minutes sur le  programme a venir du 104 qui était scotché un peu partout. Il était indiqué qu'au cours de la saison, claire diterzi donnait un spectacle. Diterzi et julie bonnie avec trois autres types dont j'avais un peu oublié les noms, avait formé un groupe les plus fascinants de la fin des années 80 début 90. Forget mi notte. Il avait le tee-shirt avec une corde a linge ou reposait des sous vêtements masculins. Forget mi notte venaient de tours, c'est fou a l'époque mais un paquet de groupe venaient de la région, élargi certes, forget mi notte, un des meilleurs groupes en concert de cette époque. il n'avait jamais accroché avec claire dit terzi, lui il était amoureux de julie bonnie, plus tard elle formera cornu avec les garçons de forget, et puis elle deviendra sage femme, et écrira des bouquins, le premier avait eu pas mal de succès, ça ne l'avait pas beaucoup intéressé. Il se souvenait d'un des derniers concerts du groupe, ou l'on sentait que les deux filles étaient proches de se foutre sur la gueule. Il semble se rappeler qu'un des percus de forget mi notte avait formé un groupe avec le batteur de portobello, kpitain kavern ça s'appelait mais il n'était pas très sur. Portobello bones c'était vraiment le groupe de cette époque, eux aussi de tours, le premier album "nu" un de ceux qu'il avait le plus écouté a l'époque, et puis portobello amigos, un album avec plein de reprise joués avec d'autres groupes. C'était la grande époque du festival aucard de tours. Il avait croisé souvent le chanteur de portello bones, l'avait hébergé a bruxelles,  il était devenu tatoueur, mais il lui semble qu'il avait rejoué dans un groupe avec une fille, copenhagen, un nom dans le genre, l'ancien bassiste était parti jouer avec avec les no one is innocent, il avait dormi chez lui une fois a tours, sans que le gars se trouve la d'ailleurs. Le batteur des portobellos avaient joués avec les seven hate de poitiers pour leur dernière tournée en remplacement du chanteur batteur qui n'arrivait plus a tenir les deux rôles. Les seven hate s'étaient reformés il y a quelques temps mais il les avait raté. Il adorait seven hate, penser a reécouter leurs vinyls. Il avait hébergé les seven hate a paris et ils avaient fait le forcing pour regarder téléfoot le dimanche matin. C'était quoi leur bled déjàa, chasseneuil du poitou. A l'époque les papes du rock français étaient bien surs les thugs d'angers, il y a avait un autre groupe aussi d'angers, casbah club il lui semble. Et puis bien sur, les spicy box de saumur. Un des plus gros chocs sur scène qu'il ait jamais ressenti. Les spicy box, il se souvient bien, comme il s'était battu pour les faire tourner, pour qu'ils perçent, ils avaient obtenu un passage a nulle part ailleurs en live. A la même époque que les burning heads d'orléans.  Baffie était devenu sourd. Les burning qui tournaient encore pour leur 30 ans de carrière. Penser a tout ces groupes, bordel la nostalgie qu'il ressentait. Tout a coup il se souvenait des tongz de tours, il était sur de les avoir vu, de les avoir fait jouer, il était pote avec leur manager. Les tongz, c'était du flycore, il lui semblait. Bordel se dit le gars assis a son bureau devant son ordinateur dans son appartement du 220 de la rue des pyrénées, c'était quoi déjà du flycore ?

Voir les commentaires

221 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 221 de la rue des pyrénées, un homme assis a son table, prend un stylo et voici ce qu'il rédige : "Couloir d'hôpital. Je me souviens. Je me suis dit peut-être que John Fante est mort là 5 ans auparavant. Sans jambes. Sous sol. Lumière crue. Ça pue le cadavre et la javel. Ton père. Je peux plus avancer. Il s'assoit sur un banc. Le black s'assoit près de lui. Lui parle doucement. Moustachu m'embarque, il ignore pourquoi mais je semble sans réaction. Anesthésie. On rentre. Personne. Le vide. On soulève un drap. C'est lui. Il sourit. Connard man sourit. C'est mon frère je dis. Moustache donne prénom et nom. J'acquiesce. Date et lieu de naissance. Surdose. Flic et médecin qui me scrutent. Cherchent des traces de drogues dans mes pupilles. Regardent mes bras. Frère de camé. Couloir. Mon père boit un verre d'eau. C'est lui je dis. Fini. Il a repris le dessus. Tu vas prévenir tes sœurs et ta mère il me dit. Ce sera mieux. Tu trouveras les mots. Tu es doué pour ça. Je le regarde. Sa lâcheté me fait de la peine mais il a sans doute raison. Ça passera mieux. Mes sœurs et ma mère ne parlent plus à mon père depuis des années. Il dit j'ai perdu mon fils. Comme il dira plus tard, je vais retrouver mon fils. Je ne pense rien. Son fils. Ton fils. Les flics nous ramènent. Toujours nuit. Un peu frais. Je m'assois sur le canapé. J'attrape le téléphone. Mon frère est mort je pense. Mon putain de connard de frère est mort. Je regarde le téléphone. Va falloir le décrocher. Putain de téléphone. La cité des anges. Tu parles. Rarement vu un nom qui colle aussi mal à une ville. Le cauchemar climatisé. C'est henry miller qui avait raison. J'ai mes doc aux pieds. Ambiance de la fin des années 80. J'ai un peu plus de 18 ans presque 20. Deux jours que je suis là et déjà "I love L.A" de Randy Newman cinquante fois par jour à la radio, je ne peux plus. Une heure de retard, je comprends rien aux directions dans cette ville. T'es tout content de trouver la bonne rue sauf que la rue elle fait 20 bornes de long. Mon frère m'attend, pantalon en cuir bill tornade, chemise branchée. Gueule de con. Une fille à chaque bras. Blondes, gaufrées, cheveux en pétard, fringues flashy. On dirait des figurantes de desesperately seeking susan. Putain, il gueule, une plombe que j'attends, t'as aucun putain de sens de l'orientation. Sait pas dire grand chose à part putain ce connard. Présentations. Sheila et Tori. Je vous présente mon petit frère. Squirrell. Je prends le volant dit mon frère, tu m'en veux pas, mais je voudrais arriver avant demain matin. Moue de la fille à côté de moi à l'arrière. Rires des connasses. Squirell c'est un prénom me demande t'elle en anglais. Bien sûr dit mon frère. Squirell. Pauvre connard. Tout ça en anglais. Pour que les deux greluches comprennent son humour foireux. Direction Pasadena. Tu as de la chance me dit la fille à côté de moi, Sheila ou Tori je sais plus, tout le monde adore ton frère. Il est génial. Tu m'étonnes je réponds en français. Elle comprend rien. Plus tard à la station service. Je fais le plein, mon frère me tend deux billets de 20 dollars. Tu prends quelques bières il dit. Et puis il me reprend les billets et se tape sur le front. Mais putaiiiin, j'avais oublié que t'as pas tes putains de 21 ans, tu peux pas acheter de bières. Les filles qui rigolent. Il a raison ce connard. Faut avoir 21 ans pour acheter de l'alcool ici. Une des greluches qui se met à faire de l'humour. Hey les gars achetez aussi des escargots. Ah ah, dit mon frère des putains d'escargot hein, mon frère est un putain de mangeur d'escargot, hein squirrell, et de grenouilles aussi. A la caisse pendant qu'on fait la queue, il m'attrape la joue et la serre entre le pouce et le majeur. Enculé. C'est cool là où on va, mais si je te voie prendre de la coke ou du crack tu es dans l'avion dès demain matin pour paris. Connard je pense, Crève. Plus tard la baraque. Piscine. 'tain on se croirait dans less than zero. Qu'est-ce que je fous là. Je me pinte la gueule. Facile avec cette chaleur, une bière et tu pars en piqué. On est chez une des filles. Alors ton frère aussi il est français ? demande un type aux cheveux en brosse à mon frère. Ben non, putain, qu'est ce tu crois, tu vois bien que c'est un putain de chicanos ! Tout le monde qui rigole. Le type qui me demande. Alors toi aussi, tu es comme tous les français tu aimes bien Jerry Lewis ? Plus tard, je m'endors dans un vieux canapé. Je me réveille. Fait nuit. En sueur. Mal au crâne. Des rires en haut. Grande gueule de connard de frère qui ramène sa fraise. Je sors dehors. Il fait frais. Une fille assise au bord de la piscine, les genoux ramenés sous son menton. Elle est un peu ronde, on dirait siouxsie. Habillée en noire, très maquillée. Une radio à côté d'elle crachote du cure. L'album pornography. Je sens qu'on va se marrer. Je m'assois à côté d'elle. Chouette soirée hein je dis. Elle me regarde. T'as un putain d'accent, mais tu t'appelles pas squirell hein, et ton frère est un putain de connard. Putain oui je réponds. Dans 2 mois il sera mort. Chaleur écrasante. Limite insolation. Venice. Terrasse. Connard de frère avec une fille. La fille là, Carol. Alors elle me demande ce que j'ai fait ces derniers jours. Elle est pas avec toi Morticia me demande mon frère. Je fais la gueule. Je fais tout le temps la gueule. J'ai pas cette légèreté de maintenant. April je réponds. Elle s'appelle April. Vous êtes vraiment des putains de crétins de donner des putains de prénoms qui sont aussi des mois du calendrier dit mon frère à Carol. T'imagines si mon frère s'appelait décembre. Putain ce connard est né à Noël. On a eu nos cadeaux en retard une année à noël parce que le putain de chiard voulait pas sortir de ma mère. Enfant gâté. Je suis canadienne répond Carol pas américaine. C'est pareil dit mon frère. Pupilles dilatées. Héroïne. Je crâne avec Carol je fais le malin. Je suis allé sur Big Sur hier, je dis, je voulais voir où avait vécu henry miller. Frérot qui hausse un sourcil. J'apprécie ce moment. Lui je sais pas. Carol qui soulève a fourchette. Ah oui, henry miller, le dernier mari de Marylin Monroe. Voilà je réponds. Œil de mon frère qui pétille. Communion de quelques secondes. Ça ne va pas durer. Ce connard me déteste autant que je le déteste. Pas pour les mêmes raisons. C'est quoi le prochain pèlerinage me demande mon frère, tu vas aller aux  champs de courses de la San Fernando valley voir si tu trouve Hank ? On dit qu'il y est  tous les jours. Essaie de ramener une photo de toi avec Bukowsky, tu vas impressionner toutes les zombies habillés en cadavres qu'écoutent la même musique de mort-vivants à Paris. Fourchette de Carol. Bukowsky ? Un putain de polak qui a joué au base-ball non ? Mon frère qui rigole. Moi interloqué. Connard. Juste me montrer qu'il a aussi de la culture. Il n'est pas comme tous ces gens qu'il fréquente. Trop de bruits à Venice. Trop de tout. De rollers, de culturistes, de filles babas cool. Trop d'énergie. Trop chaud. Gauche-droite. Carol. Mon frère. Hey dit mon frère, on va à Santa Barbara ce week-end ? On restera deux ou trois jours. Profite mon gars. Profite connard. Il t'en reste moins de 60 à vivre. Des jours. 30 Août 1990. Défonce à tous les étages, défonce à tous les naseaux et les nazes en premier. Pas encore les cauchemars, les cygnes crucifiés dans le Yorkshire, ni Laura Dern un couteau dans le cœur sur Hollywood boulevard. Pas encore les bras à la recherche des corps ni les hurlements dans la nuit. Août 90, il ne reste rien, des tonnes de poudre et des lignes sans fin sur le carrelage de la cuisine, et puis des corps de filles aux visages angéliques et crétins et du vomi sur la cuvette des chiottes. 30 août 90, le farmer’s market au matin, enfin à l’aube pour nous, à midi pour les autres, la sueur sous le soleil brûlant, la sueur sous la coke, un pied dans la tombe. Août 90. Rêves et cauchemars. La mort de connard, de frère connard. Le visage incrédule de mon père je sais que ça n’arrivera pas. La voix de ma mère au téléphone, je savais que ça finirait comme ça. Août 90, April qui n’avait rien à dire, mais déjà chez ces gens-là, une propension à remplacer la conversation par j’ai des tatouages et j’ai des piercings tu veux les voir? Août 90, l’entrée dans la vie d’adulte. 30 Août 90, game over. Un drap qui se soulève. Avant tout le reste. Avant j’étais dora suarez, avant la bouillie de sentiments fracassés. Comment s’appelaient-ils? Comment s’appelaient-elles? Et Randy Newman tous les matins dans le poste de radio. I love L.A. 30 Août 90, une soirée comme une autre, une défonce comme les autres. Un couloir sans fin, une vie sans fond. Août 90 c’est la fin d’une histoire, c’est la meute qui se disperse quand ce flic moustachu soulève le drap. C’est des couloirs sans fin, c’est l’aube pas radieuse sur la ville déjà speed. I hate L.A. Toutes ces filles les jours suivants qui se jettent dans mes bras en pleurant, et leurs seuls mots de français, oh ton frère ! quoi mon frère? Il est mort et c’était un connard. 30 Août 90. Tu te souviens, tu n’y étais pas. Les derniers pas sur le goudron brûlant. Et puis c’est tout. Couloir sans fin. Flic. Moustache. Drap. Père qui pleure. Mère qui hurle. Téléphone. Et puis ça recommence. Une dernière ligne. Sans se retourner." L'homme pose son stylo au 221 de la rue des pyrénées. Il faut qu'il relise.

Voir les commentaires

222 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Une jeune fille attend son père devant le 222 de la rue des Pyrénées, ils doivent visiter un appartement. Les prix des loyers sont tellement dingue dans cette ville que son père lui a proposé d'acheter un appartement, la moitié de son héritage va y passer mais elle sera propriétaire. Ils doivent visiter cette appartement de 25 mètres qui coûte 220 000 euros, son père lui a dit que ça semblait une bonne affaire. Ville de dingue, prix de dingue. Elle va rester 10 ans elle se dit, et puis elle vendra l'appartement et elle retournera a nantes. Elle ne veut pas se brûler ici, passer toute sa vie a trimer pour survivre. L'homme fume une cigarette accoudé a son minuscule balcon de son appartement du second étage du 222 de la rue des pyrénées, il zoome sur la jeune fille qui semble attendre quelqu'un devant l'immeuble, scrutant le court horizon vers gambetta. Elle est jolie il se dit. C'est curieux comme en vieillissant, il se sent de moins en attiré par femmes jeune, il préfère les femmes qui semblent avoir vécues, deux hommes arrivent a la hauteur de la jeune fille, l'un assez vieux l'embrasse, l'autre en costard lui serre la main. Au quatrième étage du 222 de la rue des pyrénées, un homme écoute l'album d'archet cassé, le split avec lovataraxx, il feuillette le journal america, qu'il a acheté pour l'interview de james ellroy et qui publie aussi une nouvelle de jim harrison, la dernière il est dit en couverture, et c'est peut-être vrai, la dernière nouvelle de jim harrison. Une femme sort de son appartement du 222 de la rue des pyrénées, elle ferme la porte a clé, elle se demande pourquoi elle continue chaque samedi matin d'aller a nager a la piscine pailleron. Elle descend les marches et croise trois personnes qui montent dans les étages et qu'elle n'a jamais vu dans l'immeuble, elle pense a sa vie, si réglée, le boulot toute la semaine, la piscine le samedi, un cinéma, un théâtre un sortie le samedi soir et le dimanche midi le repas chez ses parents. Tout est réglé, tout est huilé, elle restera seule toute sa vie, par peur et parce qu'elle aime que tout soit en ordre. Alors, elle va nager, comme tout les samedis. Un homme fume une cigarette devant le 222 de la rue des pyrénées, il regarde la femme qui sort de l'immeuble. Elle semble soucieuse. L'homme tire une dernière bouffée et jette la cigarette a terre. Il se demande combien de temps il doit attendre. Et d'ailleurs il se demande ce qu'il fait la. Il se demande vraiment ce qu'il fait la.

Voir les commentaires

223 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 223 de la rue des pyrénées, un homme dort allongé sur le trottoir. Non il somnole. C'est le matin, il est allongé sur un amas de carton. Il écrit une lettre dans sa tête a sa fille qu'il ne reverra sans doute jamais. "Je dois te parler mon enfant. Essayer d'expliquer. Te dire comme nous t'avons souhaitée avec ta mère. Te raconter comme nous nous sommes battus, déchirés, interrogés, comme nous t'avons physiquement désirée. Je veux que tu saches. Je veux que tu comprennes. Tu sais, aujourd'hui encore, quand je pense à ta mère, je pense à toi. A moi aussi parfois, au bonheur de tous les instants. A celui que j'ai failli être, à celui que je ne serai jamais. Ta mère avait attendu 40 ans pour être enceinte. Arrêter de boire, arrêter de fumer, arrêter de sortir, d'errer dans la nuit. Je veux que tu saches ma petite, ma toute petite enfant, ta mère a fait tellement d'efforts. C'était comme si toutes ces années de grisailles, d'esprits qui se dévorent, comme si toute la douleur empilée, comme si le malheur se dissipait. Je me souviens comme tu bougeais dans le ventre de ta mère, et parfois dans la nuit, pendant que ta mère dormait d'un sommeil agité, je me souviens avec précision que je me penchais et que je te murmurais des paroles apaisantes à travers son ventre. Je me souviens de la fatigue de ta mère quand il fallait monter les escaliers pour remonter à notre appartement, je me souviens quand elle s'asseyait sur les bancs dans la rue, et comme elle caressait son ventre, comme elle te berçait pour que tu t'endormes. J'ai le souvenir aussi de ses colères, aussi soudaines que courtes, je me souviens de ces moments où elle se tournait vers moi et me disait sa fatigue et sa peur en l'avenir. Je la prenais dans mes bras et parfois elle pleurait. Je caressais son beau visage et je lui disais que tout irait bien, que nous serions heureux tous les trois. Nous avons acheté une voiture, juste avant que ta mère accouche, pour le présent et pour l'avenir. Je me fichais de cette voiture, c'est juste ce qu'elle représentait qui me fascinait, l'avenir, nous trois, notre vie. Je me souviens j'étais heureux de cela, ne sachant rien de l'avenir pourtant, n'ayant aucune certitude. Mais je tenais les clés à la main et je les regardais, comme on regarde un trésor. Je t'ai imaginée à l'arrière, riant, pleurant, chantant. Je t'ai imaginée ma toute petite. Et j'ai versé une larme. Tu seras une fille au prénom impossible. Je n'ai pas voulu contrarier ta mère, elle avait de drôles d'idées sur les prénoms, mais je m'en fichais un peu. Tout à la joie de ton arrivée. Je ne sais où elle avait déniché ce prénom totalement saugrenu. Ma toute petite, ma toute belle enfant, toute de sucre et d'orge, de cannelles et de couleurs, mon enfant je t'appelais différemment. Je ne parvenais pas à prononcer, ingérer, comprendre ce prénom. Je dirais ma toute belle, ma toute petite, mon bel amour, je t'appellerai autrement. Tu me souriras. Je te parlerai de tes grands-parents, de mes parents, ils ne seront plus là pour t'admirer, alors je te parlerai d'eux. Te montrerai des photos. Tes autres grands-parents seront encore là, pour te raconter  leur histoire, pour te raconter ton histoire. Le pays d'où ils viennent. La chaleur de leur voix et de leur accent te réchauffera le cœur. Mon amour. Tu seras comme un lien entre ta mère et moi, comme un pont pour relier nos deux solitudes antagonistes. Ma toute petite, mon bel amour, mon adorée je cherche encore les mots pour exprimer l'amour que j'ai eu pour toi. Que j'ai eu ? Que j'ai ? Cet amour oh mon amour, cet amour tu ne peux pas le deviner. Tu ne le connaitras jamais. Ce n'était que toi, que ta mère et que moi. Juste nous. Elle et moi. Et toi ou étais-tu ? Je t'ai cherchée longtemps, si longtemps, au bout du monde, au bout du vide. Je me penche par la fenêtre du train, je m'immerge dans la langueur automnale, dans le mi-froid du début de la matinée. Je regarde les enfants qui se vont à l'école. Je me demande où tu vas à l'école, à quelle heure tu te prépares, comment tu t'éveilles, comment tu t'endors la nuit. Ou es tu ? As-tu seulement existé mon enfant, as-tu seulement vécu, es-tu seulement sortie du ventre de ta mère. Je me noie quand je pense à toi tu sais. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je ne parviens pas à vivre. Loin de toi, je suis loin de moi tu sais. Loin de tout. Je veux vivre pour toi, pour moi, pour tous les autres. Pour ce que nous sommes et ce que nous ne serons pas. Je veux m'immerger dans la vie, je veux te prendre pas la main et t'emmener, loin de toute cette civilisation. Un petit sourire sur tes lèvres, un cœur qui bat un peu plus fort. Je veux t'emmener sur la grande roue à Pokhara, voir le manège de petit pierre. Je veux, que tu ris, que tu pleures, que tu t'émeuves. Je veux que tu sois vivante ma toute petite. Je veux que tu sois encore parmi nous, je veux que ta mère soit en face de moi et me regarde amoureusement. Je veux que tu prennes ton rond de serviette à table. Je veux tout cela. Pourquoi tu n'es plus la ? Pourquoi ta mère n'est plus ici ? Je t'aurai emmenée parfois, tu aurais mis ta main dans la mienne, nous serions allés au jardin de Belleville, tu aurais sauté dans l'eau de la fontaine, ou alors nous aurions fait le tour du lac au parc Montsouris, ou alors nous aurions couru dans le parc des Buttes-Chaumont en tombant et roulant dans l'herbe. Nous aurions mangé une glace au printemps, je me souviens, nous aurions un peu marché et tu aurais râlé car tu aurais eu mal aux pieds et tu aurais commencé à chouiner pour que nous prenions le métro. Tu aurais dit papa, sois raisonnable, je marche déjà assez avec maman. Alors comme tu étais mon enfant unique, et peut-être parce que tu étais la seule, je t'aurais prise dans mes bras, et j'aurais dit d'accord on prend le métro. Dans le wagon, tu tournerais autour de la barre, tu danserais autour en riant, et les autres passagers te regarderaient, admiratifs de ton bonheur et ta joie de vivre, de ton corps souple et gracile. Puis fatiguée, tu t'assoirais sur mes genoux et me demandant ce qu'on ferait à la maison. Si maman nous rejoindrait. Tu sais bien qu'elle est en voyage je dirais. Le soir avec la fatigue, tu pleurerais un peu en disant pourquoi ma mère est toujours en voyage, pourquoi elle m'abandonne. Je te regarderais un peu désemparé. Sans savoir que te dire. Tu t'endormirais ta main dans la mienne. Je serais un peu triste aussi, de l'absence de ta mère. Ma toute petite, ma tout petite enfant...Mon petit morceau de moi, d'elle aussi...Ou est ta mère ? Je ne sais plus vraiment, loin si loin, si loin elle est partie, si loin, elle ne reviendra pas, tu le sais je crois, je le sais aussi, et même, même si elle revenait, elle ne serait plus là. Parmi nous. Parmi toi et moi. Elle ne serait plus telle que nous l'avons connue, telle que nous l'avons aimée, telle que nous avons cru qu'elle serait. Nous ne l'avons qu'imaginée je crois ta mère, nous ne l'avons que devinée, qu’espérée. Je me demande parfois si je l'ai vraiment connue, si ce n'est pas une chimère à laquelle je m'accroche. Je me demande tu sais. Mais non, puisque tu m'en parles, ma tout petite, mon adorée. Ta mère a réellement existé puisque tu me demandes souvent de ses nouvelles. Ou est-elle me demandes tu ? Ou est ma mère ? Je te regarde ma toute petite, mon adorée, je te regarde, je ne sais si j'existe, si tu existes, si ta mère existe, je ne sais pas si nous sommes encore une famille. Si nous sommes dans le champs des possibles, si nous sommes une illusion, si nous existons réellement. Tu ne sais pas toi si ta mère existe ma toute petite, je te regarde qui cours de ton pas mal assuré, je te regarde et je me demande aussi si ta mère existe réellement. Je me demande, souvent, parfois, ce qui nous a réunis un jour, ce que nous sommes encore et toujours, si nous nous sommes même connus. L'homme essuie les larmes qui coulent sur ses joues, il renifle, puis enfonce son visage dans un carton, comme pour disparaître.

Voir les commentaires

224 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

L'homme est entré dans l'immeuble qui se trouve au 224 de la rue des pyrénées et qui fait presque l'angle avec la rue orfila, il regarde les boîtes aux lettres et les noms qui  sont inscrits dessus, il va juste aller sonner chez la femme qu'il doit saisir et si elle n'est pas là, il va lui laisser un courrier pour dire qu'il reviendra avec un serrurier, l'homme est huissier de justice, il voudrait convaincre la femme de le payer un peu. Elle doit beaucoup d'argent a un organisme de crédit, Dans un appartement du 224 de la rue des pyrénées, un jeune homme essaie de préparer un tiramisu de betteraves, avec application, l'important est l'équilibre entre le mascarpone et le sucre de la betterave, l'équilibre, le secret de la cuisine, l'équilibre. Une jeune fille sort du 224 de la rue des pyrénées en direction de la place gambetta, elle sourit au vent, elle écoute "j'irai pas a versailles" d'archet cassé dans les écouteurs, elle va prendre le métro et rejoindre sa copine place de la république, elle aimerait bien lui rouler une pelle quand elle la verra, elle se demande si en pleine journée deux jeunes filles peuvent se galocher  place de la république sans être emmerdée. Au 224 de la rue des pyrénées, un homme pose le vinyl "be a begetable" de drive blind qui vient d'être réédité pour les 20 ans de sa sortie, la voix de karine puissante, sort des enceintes, comme un retour en arrière, il se souvient qu'il l'avait interviewé pour un fanzine, après un concert, a la mjc de saint denis. Une femme regarde la pluie qui s'écrase sur ses fenêtres, elle se sent las, de plus en plus las, ce soir il faut qu'elle parle a son mari, qu'elle lui dise qu'elle veut le quitter, elle boira un verre pour se donner du courage, elle se demande comment ils vont faire pour l'appartement, paris est cette ville formidable ou les gens continuent de vivre sous le même toit même quand ils sont séparés tellement les loyers sont chers. Au 224 de la rue des pyrénées, un homme boit un verre d'alcool en se disant que c'est le dernier, il sait que ce sera difficile, il sait qu'il va souffrir, il se demande ce qu'il va faire pour remplacer l'alcool, pas seulement l'alcool en lui-même, mais aussi tout ce qu'il y autour, les rencontres, les bars, les soirées sans fin. Il se demande vraiment ce qu'on peut quand on ne boit plus. Du sport peut-être ?

Voir les commentaires

225 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 225 de la rue des pyrénées, un homme regarde les photos qu'il vient de trouver dans une boite de biscuits saint michel. Il se trouve dans l'appartement de sa mère, morte il y a quelques jours, l'homme regarde les photos de ses parents, celle de son frère et de lui, enfants, les détails d'une vie. Un sentiment de banalité l'envahit. Il a vécu ici, a quelques encablures de la place gambetta, il se souvient avec nostalgie, c'est tout ce qui reste, non, ces visages sur de la paraffine, comme une impression de déjà vécu. Au 225 de la rue des pyrénées, une jeune fille dépose le dernier 33 tours des vampires, un groupe punk qu'elle a vu en concert quelques semaines auparavant. C'est le milieu des années 80, le premier morceau s'appelle fort poétiquement "jésus christ était pédé". En concert, alors que le groupe entame la première chanson, le chanteur sort d'un cercueil posé sur la scène. Elle aime bien ce groupe, et puis un groupe qui a une chanson qui s'appelle "sauvez les carottes râpées" ne peut pas être complétement mauvais. Elle se sent presque fière d'être rouquine. Au 225 de la rue des pyrénées, une enfant dessine, elle essaie de se souvenir du visage de son père, c'est difficile, elle était si jeune quand il est mort, elle se souvient chaque jour de ce sourire, même juste avant qu'il meurt, elle se souvient encore et toujours de se sourire qui ne l'a jamais quitté. Elle s'est juré de le dessiner, jusqu’à le retrouver, pour qu'il vive encore. Comme avant. Pour qu'il vive encore auprès d'elle. Au 225 de la rue des pyrénées, un jeune garçon recommence a lire "la salle de bains" de jean philippe toussaint. C'est michel polac qui en a recommandé la lecture a droit de réponse, l'émission qu'il regarde souvent les samedis soirs ou il ne sort pas, ses parents sont accros, le vendredi soir apostrophe et le samedi soir droit de réponse. Il a acheté le livre avec ses économies, comme il vient de sortir, il a payé plein pot, 39 francs au gibert du boulevard saint michel qui se trouve juste a côté du cinéma porno. L'hiver arrive, le jeune garçon est content. C'est un enfant de l'hiver. Nous sommes a la fin de 1985, le garçon va avoir dix huit ans. Il se demande ce que ça fait d'avoir 18 ans. Au 225 de la rue des pyrénées, un vieil homme regarde ce monde qu'il va bientôt quitter, sans trop savoir, ce qu'il était venu faire là, et pourquoi, les regrets, les espoirs non validés, les impressions diffuses, la vie qui trépasse. L'homme se sent comme apaisé, comme libéré d'un poids, d'un secret trop bien gardé. Il baisse le rideau de sa fenêtre du 225 de la rue des pyrénées.

Voir les commentaires

226 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

Au 226 de la rue des pyrénées, dans un appartement, on s'en fout lequel, une femme pleure, assise sur le lit de son petit appartement, elle prend un stylo, il faut qu'elle évacue, voici ce qu'elle écrit. " Les mots existent-ils pour exprimer la douleur que je ressens ? Je ne le crois pas, et d’ailleurs, même si je les trouvais et leur donnais un sens, même si l’innommable parvenait à prendre forme sur la seule foi de mes descriptions, cela n’aurait aucun sens. C’est comme si, tout à coup, les mots ne devenaient qu’illusions, comme s’il ne restait que de la fumée de mes paroles et de la cendre de mes écrits. Mon traumatisme est profond, une partie de moi-même est perdue à tout jamais, je me regarde m’enfoncer dans les ténèbres. Je me croyais forte et cet acte vient de me réduire en bouillie. Un malaise gluant me colle à la peau. Un peu comme de la moisissure qui pénètre mon corps et ne peut s’enlever. J’ai le dégoût aux lèvres, une douleur qui me ronge, et, comme l’impression que mes dernières ressources de vie se sont épuisées ce soir. Ce qui restait de beau et de vivant s’est éteint. Je ne peux repartir, je le sens, je n’ai pas assez de force pour tout recommencer, tout est déjà fini....Il est impossible que leurs esprits réalisent ce qu’ils m’ont fait subir, il est impensable qu’ils comprennent la douleur infligée, comme si le bourreau ne pouvait ressentir de compassion pour sa victime. J’essaie de canaliser la haine qui traverse mon corps. Celui-ci prend plus rapidement conscience que mon esprit de ce qu’il a subi, le dégoût me remonte, broie toute lumière, dégénère mon âme. Je m’enfonce dans un tunnel où la moindre clarté n’a plus sa place, je deviens folle et le râle de douleur qui sort du fond de ma gorge ne semble jamais devoir s'épuiser. J’ai envie de vomir, de hurler aussi...S’ils savaient comme j’ai envie de déchirer mon âme, fracasser mon corps. Je voudrais annihiler tout ce que reste de vivant en moi et le barbouiller sur des murs d’un rouge vif couleur sang. Des pas résonnent dans ma tête. Je me demande pendant combien de temps je fuirais le corps des hommes. Je voudrais m’allonger à même le sol...Mes larmes n’ont plus le moindre goût...D’avoir si mal, je pense à rester là, sans bouger pendant des jours et des semaines...Ainsi allongée sur la terre, oublier l’inoubliable, vaincre l’invisible, le mal sans visage...Mon esprit tout entier prend conscience de ce qui m’arrive...les corps de ces hommes...Leurs bites, leurs queues bien raides dans mon cul, dans mon sexe...Leur va et vient insupportable...L’agression constante de leurs mots, dits et redits...Ces paroles répétées comme une litanie sans fin...Leur fierté de mâle, leur lourdeur, leur lâcheté...Pourquoi ai-je l’impression d’acquiescer à leurs gestes, les yeux baissés ? La nuit se dresse devant moi, m’envahit totalement...Des heures et des heures plus tard, je presse le temps...l’étreinte de la nuit m’enserre, m’empêche de respirer, comme si elle voulait que je sois consciente de l’emprise qu’elle a sur moi...Je veux que le temps défile à toute vitesse comme un film qu’on ne pourrait empêcher de se dérouler...Je ne bouge plus...Je tremble...Personne ne vient ici...Non personne....Je vomis à l’aube, alors que le jour se lève. Toute cette gerbe qui sort de ma bouche, s’étale à mes pieds... je regarde cette partie de moi-même qui se trouve là, hors de moi...Le jour apparaît, je dois me lever, revenir à la vie...Je reste allongée, ressentant encore leur présence, leur sperme...Et j’imagine pouvoir m’échapper mais je ne ressens plus la moindre parcelle d’énergie, je suis lasse de la vie, l’impression d’une ivresse non-maîtrisée, d’une liqueur trop forte, la certitude que la vie m’a abandonnée...J’ai envie de me fracasser, d’éclater leurs corps comme ils ont éclaté le mien, j’ai envie de saigner des visages, de hurler, comme une hyène, j’ai envie de savoir pourquoi la vie m’a abandonnée... La jeune fille essuie les larmes qui coulent sur ses joues, la jeune fille essuie ses larmes...

Voir les commentaires

227 rue des pyrénées

Publié le par drink 75

 

 

Au 227 de la rue des pyrénées, un homme écrit ceci avec un beau stylo a plume sur un cahier qui semble d'une autre époque et qu'on pourrait presque appeler grimoire  : "J’ai quitté Benoît un peu avant l’aube, à l’heure de la fuite des illusions, à l’heure ou l’ivresse se transforme en sommeil. Il me dit ne cherche pas trop, ne cherche pas des raisons, tu étais parti depuis quelques années, je ne comprends pas ce que tu veux. Moi non plus j’ai pensé je ne sais pas vraiment ce que je veux. Peut-être revoir Chloé, maintenant que Miguel est mort, la voie est libre. C’est l’aube. Je m’assoie sur un banc du port de la bastille en me demandant si je ne suis pas en train de suivre le chemin de Miguel. C’est donc cela mon but. Finir en me balançant au bout d’une corde. Le réveil, là, savoir que ce n’est rien, rien d’autre qu’une vie qui avance, pas plus vaillante, pas moins glorieuse, une vie de plus c’est tout, une vie de plus c’est rien. Et je voudrais réellement continuer ainsi, ne plus savoir ce que je suis, pourquoi je voudrais boire ou ne plus boire, pourquoi je voudrais vivre ou ne plus vivre, pourquoi je m’asphyxie dans l’alcool et je m’épuise dans les nuits. Je désire comprendre ce qui m’arrive mais c’est impossible si j’arrête de boire, j’aime la vaillance de notre désespoir, la perte de nos repères, et le sentiment que nous allions vers la déroute. Je ne sentais pas une réelle gloriole à me maintenir dans cet état de complète déchéance, de destin qui partait en piquer. Curieux ce sentiment d’immortalité, l’émotion qui affleure du zinc. Le ballon à moitié rempli de vin rouge, ce désir, ardent et brutal de vider le verre comme on rend les armes. Je sais la douleur de boire, de trop boire, de trop se laisser aller, de s’immerger dans la douleur. Boire est douloureux, trop de bonheurs, trop d’émotions, d’illusions, la vie qui se fane, comme en sommeil. On ne vît jamais la béatitude, on ne recommence rien, on s’émeut sur soi-même. On comprend son propre désir, sans maîtrise, trop de désir, trop d’envie. Pourquoi ne peut-on jamais s’arrêter de boire, on s’éprouve dans l’ivresse. Forcément, l’envie de boire, un besoin animal, comme le cochon à besoin de la boue, comme le mélomane de la musique. Forcément boire, je ne sais rien faire d’autre, je ne suis pas préparé à vivre, inapte au quotidien, incapable de gérer le moindre des éléments qui rythme les semaines et les mois. Boire permet de s’appesantir sur son malheur, se complaire dans l’indolence, continuer à ne rien faire pour que rien ne se passe. On s’essouffle ne plus courir, à ne plus se battre, on se fatigue à se laisser aller, à ne rien désirer, à ne plus vouloir. Baigné dans ce nuage, noyé dans une flaque d’eau, juste lever son verre et aligner les gorgées, continuer le rien et boire encore et toujours. Dans ses cahiers, Miguel dit quelque chose sur la cale sèche, sur l’illusion de l’ivresse sans l’ivresse. Sur l’idée de vivre sans vivre. Sur l’impression du voyage sans voyage. Il dit que l’illusion de vivre, l’impression de regarder tout cela d’un œil torve est bien supérieur à la vie elle-même.". L'homme pose son stylo, referme le cahier. Se lève, allume une cigarette et s'accoude a son minuscule balcon qui donne sur la rue des pyrénées. La rue stendhal qui démarre en face. Au 227 de la rue des pyrénées.

 

Voir les commentaires

228 Rue des pyrénées

Publié le par drink 75

Un homme ouvre déchire l'opercule de la lettre qui lui est adressé au 228 de la rue des pyrénées. Voici ce qu'il est écrit : "Les mensonges des gens qui nous aiment sont les plus belles déclarations d'amour...Je viens d'entendre ça dans un film que j'ai aimé...On fait comme on peut tu sais...tu vois tu es vivant, je suis vivante...je ne t'ai jamais montré qui j'étais vraiment...Je savais trop que ça ne t'aurait pas intéressé, pas vraiment plu et moi ça m'aurait trop déplu que ça ne te plaise pas...j'ai toujours un coup d'avance tu sais bien...je pense à toi."  L'homme ne tient pas debout, l'homme est épuisé...C'est bien de lire cette femme...C'est bien...Il termine le cubitainer de vin blanc qui s'ennuie dans son frigo et il tombe épuisé dans son lit...Comme s'il était mort...Comme si...

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>